‹ Odilon RedonChapitre 4 sur 88 · PRES TS · texte numérisé non relu

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Mais deux personnalités entrèrent alors dans son cercle intime, que nous devons tout particulièrement signaler. C’est que, à des titres différents, elles exercèrent sur la formation générale de Redon, aussi bien comme homme que comme artiste, une réelle influence.

La première, celle qui peut-être eut la part la plus grande sous ce rapport, fut le botaniste Armand Clavaud. D'une complexion originale et vive, 1l appartenait à la catégorie rare des esprits qu’on peut dire complets, lesquels ne se contentent point — ce qui pourtant est beaucoup déjà, de se montrer instruits et actifs dans leur spécialité, mais s'ouvrent encore largement à toutes les vues humaines.

De semblables intellectualités, visant à l'encyclopédie synthétique se retrouvent surtout au Moyen-Age et à la Renaissance.

C'est la tendance qui permet d'agrandir et de mieux faire fructiñer le champ d'un labeur particulier. Ces hommes, égaux à Le bouquet blanc.

leurs pairs dans le cercle donné des mêmes observations, leur deviennent supérieurs, parce qu'ils peuvent et savent s'éclairer de la comparaison

avec d’autres domaines. Ainsi s’enchaînent mutuellement par relation

Coll, J. Quinn, New-York.

ces éléments si variés constituant le grand tout qu'on appelle l'Univers.

« Clavaud était extraordinairement doué. Nature de savant autant qu'artiste (ce qui est rare), toujours apitoyé sur les révélations du microscope, toujours à ses collections d’herbiers qu'il visitait, soignait et classait sans cesse, il s’adonnait encore avec passion à la lecture et à des recherches littéraires, avec une érudition éclairée. Ainsi 1l avait pu former dans le silence, les difficultés et l'isolement de la vie de province, une bibliothèque qui ne comptait que les chefs-d'œuvre, ceux des littérateurs de tous les temps. Il me parlait des poèmes indous, qu'il admirait et adorait par-dessus tout, et qu'il se procurait onéreusement, en s'imposant des privations dans sa pauvreté. Très avisé, 1l était au courant de tout. Lorsque parurent les premiers livres de Flaubert, 1] me les désignait déjà avec clairvoyance. Il me fit lire Edgar Poe et Baudelaire, Les Fleurs du Mal, à l'heure même de leur émission. Il professait pour Spinoza une admiration quasi-religieuse. Il avait une manière de prononcer ce nom avec une sensibilité et une douceur dans la voix qu'on ne pouvait entendre sans émotion (1). » À tant de points de vue, pour Redon prédisposé à la pensée, mais de ‘culture restreinte et si mal ordonnée dans le passé, Clavaud était un véritable révélateur.

Avec une incomparable aisance, ce maître vivant et passionné évoluait à travers les âges littéraires, depuis les chefs-d'œuvre des primitives civilisations, en passant par l'antiquité classique et l’époque médiévale, jusqu'au Romantisme moderne. Il appréciait les manifestations les plus variées, montrant un attrait de prédilection pour Shakespeare, cet esprit lui aussi tellement universel. Plus haut dans les siècles, les recherches sur le sanscrit, les Védas, la religion bouddhique, retenaient sa curiosité et l'émouvaient ardemment. De tous ces enthousiasmes partagés l'aspiration de Redon se formait, et plus tard il devait en retrouver l'élan dans le domaine d'art qui fut sien.

Mais la littérature n’était point le seul mode d'esthétisme dont se préoccupa Clavaud. « Dans les arts plastiques, il goûtait la vision sereine de la Grèce autant que le rêve expressif du Moyen-Age. Delacroix, dont la peinture rencontrait encore beaucoup de réfractaires, était

(D On. R. À S. M. p. 19.

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