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SA PLACE DANS L'ART CONTEMPORAIN L'AVENIR DE. SON ŒUVRE

« Odilon Redon occupe dans l'art contemporain une place à part. »

Telle est l'affirmation par laquelle nous ouvrions la préface de sa première Exposition d'ensemble, en 1894. Elle se vérifie, pensonsnous, si l'on veut bien prendre la peine d'examiner les mouvements variés qu 1l a pu voir se succéder au cours d’une vie qui fut longue.

Certainement, nous n'avons point à faire ici une histoire esthétique de la fin du xIx® siècle et du commencement du xx°. Toutefois, une vue générale et quelques notions sommaires sont indispensables pour situer exactement Redon, et comprendre la portée de son œuvre.

«On peut dire qu'en France, depuis Louis XIV, secondé par Lebrun, et la fondation de l'Ecole de Rome, il y a tendance à une centrahsation officielle directrice, à un art d'Etat. Le xvirI® siècle semble y échapper un moment avec Watteau, Boucher, Chardin. Mais sur la fin, le retour préconisé vers l'antiquité (la copiant sans en comprendre l'esprit, la faussant même) ramène le dogmatisme (1). Il devient tyrannie avec David, sous l’Empire qui, renouvelant Louis XIV, introduit en peinture l’autoritarisme administratif. Et tout le xIX° siècle est l’histoire de l'indépendance artistique sans cesse revendiquée par des générations nouvelles. C’est le Romantisme et Delacroix, ce sont les Paysagistes de 1830. La lutte se continue avec Courbet, Millet, Manet, qui

(1) En adjoignant à ce pseudo gréco-romamisme des recettes empruntées aux maîtres italiens: : mais sans conserver la flamme qui les animait, on forgea la doctrine factice que l'on dénomme souvent ,

Académisme.

engendrent dans une suite ininterrompue de talents divers et de combats identiques : Monet, Pissarro, Renoir, Degas, etc. (1). Lorsque Redon, né en 1840, arrivait à ses vingt ans, le Romantisme, commencé sous la Restauration, avait complètement achevé sa carrière.

Delacroix, son plus illustre protagoniste, allait mourir en 1863.

Nous avons dit que notre artiste l’admirait passionnément et l’étudiait avec conscience.

Même, en ses œuvres de début, on perçoitune part d'influence éprouvée. Mais aussi, déjà sa personnalité naissante montrait d'autres ten- Le Diable (Lithographie). dances, et qui devaient Pluchotiende un La re San) de plus en plus s’accentuer. On s'en rendra compte précisément lorsque certains personnages chers aux romantiques, tels : Méphistophélès, Caliban, Ophélie, apparaissent — et le fait est fréquent, parmi les sujets qu'affectionne Redon. Il les traite d’une façon tellement différente, qu'on peut affirmer que chez lui ceux-ci n'ont vraiment de commun que le nom. Au Romantisme avait succédé l'école dite des Paysagistes de 1830. Avec ceux-là il semblait que Redon fût susceptible d’avoir des liens plus étroits. N'aimaient-ils point la nature, ne s’attachant presque

(1) AnDRÉ MELLERIO. L'Exposition de 1900 et l'Impressionnisme. (Couverture de Ranson), Paris, H. Floury, 1900, p. 13.

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iraudon.

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exclusivement qu'à elle? De plus, notre artiste ( approcha l'un de ses maîtres les plus justement réputés et reçut même de lui quelques conseils (1). » Nous avons signalé certaines similitudes de métier entre les premières toiles de Redon et les paysages faits par Corot en Italie. «Enfin une amitié sincère l’unissait avec Chintreuil, esprit distingué et technicien de fines valeurs. Pourtant, si Redon goûtait en eux, comme chez Rousseau, Daubigny, Dupré, le simple et grand Millet, un amour loyal et vif pour la nature, il ne pouvait partager leur état d'âme non plus que leur vision, dans la façon de la comprendre et de l'exprimer (2).»

Mais où le divorce apparaît absolu, c'est avec le Réalisme. Redon connut personnellement « Courbet, duquel le séparait d’ailleurs un véritable abîme intellectuel (3) ». Il eut avec lui des conversations où s’avivait l’antithèse radicale de leurs principes. Non pas que l'artiste, jeune alors, ne rendit justice à la saine et forte peinture, à la plénitude de métier du Maître d'Ornans. Mais, quelle liaison d'idées pouvait s'établir entre le pontife du dogme réaliste si borné en des limites étroites, et l'ardent défenseur du rêve, le protagoniste de la fantaisie imaginative pour laquelle était réclamée la souveraine prépondérance ? Car telle est bien la théorie essentielle soutenue par Redon, en ses articles de critique publiés de 1868 à 1870.

Non plus, ne s’indiquera une emprise sur lui, quand, après Manet Cs’instaurèrent les recherches d'intensité lumineuse qui sont à la base même du groupement de beaux peintres qu'on a qualifiés d’ « impressionnistes ». Et le fait apparaîtra d'autant plus frappant que Redon se trouvait être de leur génération — bien plus : qu'il prit part matériellement à leurs premières manifestations collectives (4). Toutefois c'était l'indépendance révoltée contre le joug oppresseur de l’académisme qui le joignait à eux, plutôt que les tendances admises et la poursuite d’un

(1) A. M. Gaz. des B.-A., p. 154.

(2) À. M. Gaz. des B.-A., p. 154.

(3) À. M. Gaz. des B.-A., p. 154.

(4) En 1886, du 1% mai au 15 juin : 8° Exposition. — Ce fut la dernière d'ailleurs où s'affirmèrent ensemble, sinon tous, au moins un bon nombre des artistes Impressionnistes.

Nous rappelierons également un fait. — En 1884, Redon prit une part assez active à la formation de la Société des Artistes Indépendants. Mais le principe d'absolue liberté, base de cette

association, n'impliquait aucune théorie d'esthétique, ni adhésion quelconque à des tendances déterminées.

COLLEC. À. PARENT

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