‹ Ödön von Horvath - Allers-RetoursChapitre 3 sur 4 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

SZAMER, la suivant des yeux. — Brrr ! Un préposé au service des douanes, ça n’a pas toujours la vie facile. Mais Thomas Szamek veille, et ne connaît pas la peur ! Constant et solide, honnête, incorruptible, le regard franc mais pénétrant... un préposé au service des douanes, un modèle de préposé, sur qui les douanes peuvent compter, un modèle exemplaire... ‘Tiens, voilà mademoiselle ma fille qui s’amène ! La mauvaise tête qu’elle fait encore, rien que par amour !

SCÈNE 3 ÊVE, entrant avec un gros récipient. — Bonjour papa. Je t’'apporte ton café. SZAMEK. — Combien de litres ?

Êve. — Deux et demi.

SZAMEK. — Deux et demi ! Combien de fois faudra-t-il que je te le répète encore : j'ai besoin d’au moins quatre litres quand je suis de service de nuit ! Sinon je m’endors, et qu’arrive-t-il ? La contrebande, et massivement ! D'ailleurs, le strudel hier était infect, et pourquoi était-il mfect ? Ce n’était pas le strudel que mademoiselle Eve avait

en tête, mais monsieur Constantin, là-bas, rien d’autre, jusqu’au jour où elle sera grosse d’amour et de rien d’autre !

EVE. — Tu ne vas pas toujours me le reprocher !

SZAMEK, criant. — Ne crie pas avec moi ! Je les connais, ceux de là-bas, depuis cinquante-six ans ! Ils sont tous faux de caractère, tous autant qu’ils sont !

Eve. — Non ! Il n’y a pas plus franc que Constantin —

SZAMER, l’interrompant. — La voilà sa fausseté, justement, d’être si franc ! Ils sont tous fourbes, là-bas, et hypocrites, ils te l’enfoncent dans le dos, le couteau, le poignard, le sabre, que sais-je encore !

EVE. — Laisse-moi rire.

SZAMEK. — Ris, vas-y ! Combien de fois ne nous ont-ils pas trahis, ces six derniers siècles ? Sale peuple !

ÊvE. — Constantin est toujours bien propre, et rasé de près.

SZAMEK. — Epargne-moi tes allusions ! Je suis encore ton propre père, tout de même !

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