Id., ibid
tique de Sully et de Golbert, déjà systématisée par Melon, Dupîn a du moins le mérite d'avoir appliqué, avec une précision particulière, ces principes aux questions qu'il connaissait. Il présente mieux que Melon, sinon le corps de la doctrine, du moins les questions spéciales, il en coordonne les parties, il j ajoute une description historique ou administrative précise, il raffermit les conclusions, à Taide de l'histoire et de la législation comparée. Mais il procède entièrement de ces devanciers..
Cependant Dupin, dès l'avertissement qui précède les Œconomiques, se flatte d'être à la fois un traditionaliste et un réformateur. Il déclare qu'il a puisé nombre de ses idées dans ses lectures et, en même temps, il a la conviction de proposer des « réformations » nécessaires et de combattre des opinions établies. En plusieurs passages, il exprime, non sans amertume, la crainte de ne pas être écouté, suivi. Georges Sand donne son œuvre comme l'expression « d'idées et de tendances avancées ^ » et le soin même avec lequel Dupin dissimula ses œuvres a fait croire qu'elles étaient de nature à alarmer par leur hardiesse.
L'analyse des idées directrices de Dupin aura sans doute suffi à rectifier ce préjugé. Elle nous le fait apparaître sous un tout autre aspect. Nul n'était moins révolutionnaire, nul n'était attaché avec une confiance plus obstinée au maintien et à l'accentuation des pratiques économiques en usage. Le
1. « Leur critique étendue de VEsprit des Lois est un très bon ouvrage peu connu et peu apprécié, inférieur par la forme à celui de Montesquieu, mais supérieur dans le fond à beaucoup d'égards, et par cela même qu'il émettait dans le monde des idées plus avancées, il dut passer inaperçu à côté du génie de Montesquieu qui répondait à toutes les tendances et à toutes les aspirations politiques du moment «(Georges SsLXid, Histoire de ma rie, édii. Lecou, p. 116).
XUV INTRODUCTION
réformateur qu'il prétendait être n'est pas apparu jusque là comme un révolutionnaire, il s'en faut, et nous l'avons vu fréquemment se prononcer, au contraire, pour l'application rigoureuse des règles anciennes mal observées ou tombées en désuétude dans la pratique.
Aucune des idées de Dupin n'est un progrès original.
Bien avant lui, Boisguillebert ^ avait combattu pour la constitution de l'unité française et la suppression des barrières de douane à l'intérieur. Cette suppression avait d'ailleurs été discutée et finalement adoptée en conseil du roi, et si elle n*avait pas été réalisée c'est que les provinces récemment réunies à la couronne s'étaient, sauf l'Aunis, refusées à entrer dans l'unité douanière.
De même aussi, avant Dupin, Law et Melon avaient mis en relief la dépendance étroite de la finance et de l'intérêt national. En ce qui concerne spécialement les impôts, les chapitres des Œconomiques qui en traitent sont plus intéressants par la précision historique que par l'étendue et la netteté des intentions réformatrices de Tauteur. Il se borne fréquemment à signaler, de façon objective, l'organisation d'un impôt et les projets de réforme qui ont été présentés, sans donner toujours une opinion personnelle. Ainsi fait-il pour les Décimes du clergé, à l'occasion desquels il renvoie à un projet de l'abbé de Saint-Pierre 2. Bien loin de demander, comme l'avait fait Boisguillebert '^, la suppression de l'impôt des Aydes, il propose, qu'après en avoir uniformisé le taux, on introduise cet impôt dans les provinces qui ne l'ont pas encore connu *. En
1 . Détail de la France^ Économisles financiers du xviii* siècle, collection Daire, t. I, cliap. iv et suivants.
3. Détail de la France (coUect. Daire), chap. iv et suivants.
4. (Economiques, t. I, p. 245. Il faut : c Assujettira ce nouveau droit les Provinces où les Aydes n'ont point eu coursjusqu'à présent nonobstant leurs privilèges etTusagc »,p. [343] 245.
i:<TRODUCTION XLV
ce qui concerne le monopole de la vente du tabac, il déclare que « l'intérêt, la vigilance et l'expérience des fermiers généraux vont certainement plus loin que. toutes les réflexions que pourraient faire ceux à qui cette matière est étrangère». Pour la Gabelle, Tordonnance de mai 1680 « a rassemblé selon lui tout ce que la prudence et une expérience de plusieurs siècles ont pu suggérer pour l'ordre, la police et la juridiction de cette partie » ^ Enfin, Tétude historique de la taille, qui remplit presque exclusivement le tome III de Fédition originale, se termine sans que Dupin ait précisé les abus qui rendaient peu équitable son assiette et intolérable son recouvrement, par l'exposé sommaire des projets de réforme de Vauban et de Tabbé de Saint-Pierre et Tannonce d'un projet personnel qui n'est pas donné, en définitive. Ses maximes, en matières fiscales, sont pleines de justesse et de bon sens, mais elles paraissent froides et réservées, après les études de Vauban et de Boisguillebert.
Le réformateur audacieux n'est point là ; le trouverons-nous à l'occasion de deux études dont la première a été abordée par Dupin avec une circonspection particulière, et dont Tautre lui a valu la réputation d'un précurseur de la physiocratie et du libéralisme économique ?
C'est à propos de son chapitre sur la Banque deLaw et sur le crédit public, que Dupin semble éprouver le sentiment amer de s'attacher à une cause compromise et qu'il écrit : « Il faut un génie supérieur et des forces au-dessus du commun pour guérir une nation de ses préjugés » -, et de même : M Dans Tétat de prévention où sont les esprits, nous risquons de n'être pas écouté. »
C'est à propos de son Mémoire sur la circulation des blés