JEconomiqne*, t. I, p
XLVl INTRODUCTION
que Dupin a été donné comme un précurseur de la réaction libérale. Voyons exactement quelle fut, sur ces deux matières, Toriginalité réelle de Dupin.
« Le commerce, la navigation et Témulation qui excite Tindus trie, l'industrie excitée qui produit la nouveauté dans les fabriques et dans les arts, sans le crédit public, resteront éternellement dans une médiocrité pernicieuse. » Cette formule exprime Tordre même des préférences de Dupin et la nature des préoccupations auxquelles il obéissait en s'efTorçant de mettre à la disposition du commerce, objet essentiel de ses soins, un bon instrument de circulation : « Le crédit public, écrit-il, est le tronc sans le secours duquel les branches ne peuvent recevoir de nourriture ou du moins porter leurs fruits. » Il ajoute, par ailleurs, que : « la France est un Etat puissant par son étendue, par Tunion et la contiguïté de ses parties, par sa position, par sa fertilité, par l'industrie de ses habitants, elle rassemble en elle tous les avantages des. autres pays ; cependant ces autres pays paraissent plus riches, et en Angleterre l'impôt rend davantage » ^ La cause en est l'infériorité profonde [de notre technique de circulation.
Cette infériorité par rapport aux pays étrangers parait à Dupin aussi désastreuse que le serait la connaissance et l'utilisation par un seul pays de la poudre à canon ; le ralentissement de toute activité en dérive. Elle a pour cause lusage exclusif de Tor et de l'argent comme instruments monétaires. Le monopole dont ces métaux sont pourvus est Vorigine d'abus intolérables qui détournent le producteur de
1 . OEcononUqaes, t. 1, p. [183] 130. Même phrase, I, p. 136 [193].
INTRODUCTION XLVII
reffort. Entre les mains de ceux qui les possèdent, ils deviennent un instrument d'oppression et d'usure ; ïe gain qu'ils procurent et la sujétion qu'ils entretiennent affaiblissent également l'activité du prêteur et celle de l'emprunteur ^ Il serait donc utile de supprimer ce monopole ou, du moins, d'en diminuer l'effet en augmentant le stock monétaire, en ajoutant aux espèces métalliques une sorte de succédané qui remplisse la fonction pour laquelle ils sont insuffisants . Ainsi disparaitrait le préteur d'argent que Dupin assimile à un péager, prélevant sur le producteur un droit d'autant plus élevé que Targent est ou paraît être moins abondant, et qui s'efforce, comme le monopoleur de blé, d'alarmer l'opinion pour faire croire à la pénurie de numéraire et accroître, d'autant, ses profits. Ces ruses deviendraient inutiles 2 : le débiteur, le propriétaire foncier respireraient, le contribuable paierait exactement et facilement l'impôt.
M Je ne vois, écrit Dupin, que le crédit et les valeurs représentatives qui puissent nous mettre au même niveau que les antres pays w^... Ces valeurs représentatives, il appartient au Souverain d'en doter le commerce. Par cette maxime, il convient de rappeler que Dupin ne tombe point dans l'illusion des anciens buUionistes qui, pour augmenter le stock monétaire du pays, s'efforçaient, par-dessus tout, d'immobiliser en France les espèces métalliques. Si Dupin ne cesse point, par Tobjet des préoccupations qui dominent sa pensée en cette
1. OEconomiqaes, l. I, p. [171] 122 : « Nous l'avons dit : lorsque l'argent produit plus que les fonds de terre et Tindustrie, ceux qui possèdent Tardent abandonnent Tun et l'autre, et ceux qui n'en ont point négligent les arts et Ta^culture, parce que le fruit de leur travail suffirait à peine au paiement des intérêts ». La même phrase se trouve exactement reproduite à la page 135 [196].
2. Il est curieux de trouver chez Dupin quelques-uns des accents avec lesquels, cent ans plus tard, Proudhon flétrira ces « vampires » privilégiés que !(ont les maîtres de Targent.