OEcon., I,p
b. • C'est le prix capable de procurer un gain suffisant pour excitera entretenir ou à augmenter la production » (Quesnay, art. Hommes, 1757, Revue d'hisi. des Doct. écon. et «oc, année 1908, iV 1).
il conviendroit d'assurer la vente des denrées n'est pas seulement déterminé par la considération des intérêts de l'agriculteur, mais aussi par la considération du consommateur, qui, s'il est trop durement frappé dans la satisfaction des besoins nécessaires, deviendra lui-même incapable de contribuer à la force de l'Etat. Il faut admirer à quel point l'intérêt royal ou national bien entendu s'efforce, naturellement, d'équilibrer et d'harmoniser les intérêts contradictoires en présence.
Pour obtenir le résultat cherché, il est indispensable d'agir sur l'un ou à l'autre des deux seuls facteurs possibles de cet avilissement des grains : il faut agir sur la quantité, pour la diminuer, ou bien assurer des débouchés à ce produit naturellement surabondant en France.
Dupin ne songe pas à prévenir la trop grande quantité de grains ; c'eût été une façon singulière « d'animer » l'agriculture, mais il pense qu'il convient de favoriser et d'élai^ir leur débouché, et, dans ce but, il se proclame l'adversaire déterminé des entraves à la circulation intérieure des grains. Avec plus de réserve et certaines contradictions *, il se montre également l'adversaire du monopole du commerce des grains, tel qu'il résulterait de l'organisation de magasins publics. Ce sont là deux articles de son programme qui lui sont communs avec les physiocrates.
A la vérité, ces idées n'avaient rien d'absolument original. Boisguillebert avait déjà réclamé cette liberté intérieure ; et il avait de plus demandé la liberté d'exporter hors du royaume -.
1. Dupin qui n*c9t point partisan des magasins de bled, dans le chapitre sur les Bleds (p. Ii5), avait au contraire déclaré {Œcon.^ i, [179] 17'2): « Les magasins de bled et les fonds publics peuvent seuls entretenir cette valeur fixe et constante. -
2. « La liberté de l'exportation des grains, moyen unique de balancer équitablcment les intérêts des producteur et des consommateurs » (Boisguillebert, Traité des grains, 2* p., chap. x, collect. Daire). Cf. tout le chap. m de la 2* partie, intitulé : Ridicule des préjugés populaires contre l'exportation des grains.
INTHODUCTION
Les constatations de Dupin semblaient exiger logiquement la même solution . Un pays dans lequel a neuf années de culture produisent du blé pour dix-huit » doit pouvoir exporter ses grains, en surabondance constante, hors du territoire national. Cependant, le projet d'Edit préparé par Dupin est bien loin d'introduire cette liberté, inconditionnellement. « Lorsque le beaubled froment sera, dans les marchés, à 12 1. le sac de 200 poids de marc,... la sortie est permise sans autorisation ^ » C'est le seul cas dans lequel l'exportation pourra se faire sans restriction, sinon sans de nombreuses gènes dérivant de la nécessité de faire constater le prix du blé. Au prix de 18 livres, hypothèse que les prémisses du raisonnement rendent irréalisable, il s'agit de prévenir la cherté et c'est alors l'importation qui est permise. Une gratification à l'entrée est même accordée, si le blé atteint 24 livres.
C'était là une- imitation servile de la politique suivie en Angleterre . Mais son introduction en France était un contresens, si l'on songe aux idées que Dupin vient de développer. L'Angleterre avait introduit ce régime chez elle, pour y soutenir une agriculture péniblement acclimatée et naturellement déficitaire. On y interdisait l'importation, on y encourageait l'exportation, conformément à la politique suivie en matière industrielle. En France, où Dupin déclare que le grain surabonde et que son avilissement est la source même des maux dont on se plaint, comment concevoir, sans la taxer d'inconséquence, cette pratique d'une liberté d'exporter aussi limitée et réglementée. On ne peut le faire, semble-t-il, qu'en appliquant à ce projet de Dupin le témoignage de prudence dont il s'est fréquemment flatté à l'occasion de ses projets : « Quand un préjugé a été adopté par une nation entière, on ne doit pas le heurter de front ; la prudence exige
LXII INTRODUCTION
que Ton passe insensiblement d un terme à l'autre et que l'on ménage jusqu'aux erreurs de la multitude. » Qu'il ait, ou non, voulu faire au préjugé sa part, Dupin n'apparaît pas comme un partisan de l'entière liberté de circulation des céréales.
Cependant, il semble parfois s'être rendu compte que ce qui est nécessaire à la consommation ne saurait sortir d'un Etat libre et que l'intérêt du consommateur, mieux que toute réglementation, suffît à y retenir le produit. Mais que l'on examine la série des vérifications, visas, certifications, contrôles auxquels le système de Dupin donne lieu et Ton nous dira ce qui restait de liberté dans un pareil régime. Ce que les physiocrates demandèrent était bien différent : c'était, suivant la formule d'Abeille, « une liberté d'exporter entière, perpétuelle, indépendante des bonnes et des mauvaises récoltes ». Ce que Dupin propose, c'est une imitation à contresens de la police anglaise.
On reconnaîtra, après cet examen, qu'il ne convient sans doute pas d'attribuer une portée catégorique à des formules fugitives, comme les suivantes, que l'on trouve dans divers chapitres des OEconomiques, « Le commerce doit être libre, sans égard, sans considération, sans préférence * »; la maxime n'est d'ailleurs formulée qu'à propos du commerce à l'intérieur. Dupin déclare aussi qu'il compte sur les bons négociants^ pour mettre en circulation le blé, conformément aux besoins, et il a confiance, dit-il, dans leur libre concurrence poiu* obtenir ce résultat, mais la Déclaration est toute platonique, puisqu'elle aboutit à une réglementation.
Il écrit encore cette phrase bien curieuse sous sa plume, car elle est le démenti de tous les principes qu'il a posés :
« L'esprit de l'homme a plus de ressource, quand il est