‹ OEconomiques, 1745. Pub. avec introduction et table analytiqueChapitre 40 sur 168 · Esprit des Lois^ livre XX, chap. iv · texte numérisé non relu

Esprit des Lois^ livre XX, chap. iv

5. Esprit des Lois^ Id., ibid. Cf. : « On a fait dans certaines monarchies des lois très propres a abaisser les états qui font le commerce d'économie. On leur a défendu d'apporter d'autres marchandises que celles du crû de leur pays ; on ne leur a permis de venir trafiquer qu'avec des navires de la fabrique du pays où ils viennent. 11 faut que l'Etat qui impose ces lois puisse aisément faire luimême le commerce, saus cela il se fera pourle moins un tort égal. Il vaut mieux avoir à faire à une nation qui exige peu et que les besoins du commerce rendent »*n quelque façon dépendante » Esp. des Lois, 1. XV, chap. xviii).

la colonisation française depuis Richelieu, lorsqu^il prend souci de montrer que « les rentes sur la poste, les tontines, les actions de la Compagnie des Indes ont circulé dans notre pays avec autant de facilité que les billets de banque dans la République de Venise » n*ait en vue les accusations de Montesquieu. Quand il s'efforce de triompher des préventions accumulées en France, par Téchec d^i système de Law, contre l'organisation d'une banque d'état et l'émission de monnaie de papier, il songe vraisemblablement au plaisir avec lequel on lisait l'histoire allégorique du système, telle que la raconte, dans une lettre délicieuse, RicaàUsbeck K II réfute d'avance, et peut-être inconsidérément, ce passage de Y Esprit des Lois : « les compagnies et les banques, que plusieurs nations établirent, achevèrent d'avilir l'or et l'argent dans leur qualité de signe ; car, par de nouvelles fictions, elles multiplièrent tellement les signes des denrées que l'or et largent ne firent plus cet office qu*en partie et devinrent moins précieux'. >» De plus, Montesquieu représentait, selon les expressions de M. Faguet ^, le libéralisme, le pacifisme, peut-être Tégalitarisme, et l'esprit réaliste de Dupin ne concevait pas ces abstractions. 11 témoignait en même temps de l'hostilité la plus sarcastique à l'égard des financiers et des traitants. Dans un chapitre intitulé : « Ce qui détruit la liberté », Montesquieu écrit : « La finance détruit le commerce parsesinjus-

1. Histoire allégorique du système : Lettres persanes, Lettre CXIII. Toute la lettre est merveilleuse d'esprit. « Il apprit dans ses voyajçes que dans la Bétique, l'or reluisait de toute part, cela fit qu'il y précipita ses pas. Uy fut fort mal reçu de Saturne qui régnait pour lors; mais ce dieu ayant quitl^f la terre, il s'avisa d'aller dans tous les carrefours où il criait sans cesse d'une voix rauque : peuple de Bétique, vous croyez être riche parce que vous avez de l'or et do Targent: votre erreur méfait pitié. Croyez-moi, quittez le pays des vils métaux, venez dans l'empire de l'imagination et je vous promets des richesses qui vous étonneront vous-même. Aussitôt il ouvrit une grande partie des outres qu'il avait apportées et il distribua de sa marchandise à qui en voulut... »• etc.

2. Esprit des Lois, livre XXI, chap. xxni. Cf. Montesquieu, contre les banquiers. Esprit des Lois, I. XXII, chap. xvi.

3. Faguet, Politique comparée de Montesquieu, J.-J, Rousseau, Vottaire,

tices, par ses vexations, par Texcès de ce qu'elle impose ; mais elle le détruit encore, indépendamment de cela, par les difficultés qu elle fait naître et les formalités qu'elle exige. En Angleterre où les douanes sont en régie, il y a une facilité de négocier singulière. 11 ne faut point que le marchand perde un temps infini et qu'il ait des commis exprès pour faire lever toutes les difficultés avec les fermiers*. » Il déclare dans le même chapitre que : a Thistoire des monarchies est pleine des maux faits par les traitants », et que : « par la régie, au contraire, le prince épargne au peuple une infinité de mauvaises lois qu'exige toujours de lui l'avarice importune des fermiers '^ ».

Dupin pouvait, en sefforçant de faire rendre meilleure justice aux financiers, dont il était, éprouver la solidarité qui l'unissait, dans l'esprit des détracteurs, à la cause monarchique elle-même. Il défendit ses intérêts et ceux du roi, et il convient de le reconnaître, il le fit avec bonne foi, avec conviction, avec passion, avec le sentiment de maintenir une tradition éprouvée, et excellente dans la plupart de ses effets.

En matière de politique agraire; Dupin ne nous est pas apparu davantage comme un réformateur résolu. Son projet de circulation des grains avait été exposé déjà par Boisguillebert et en définitive le système auquel il s'arrête est une imitation étroite et illogique de la police anglaise. Du moins trouvons-nous, à propos de ce projet, l'occasion de reconnaître un des mérites essentiels de l'œuvre de Dupin, par lequel il s'oppose encore à Montesquieu et avec avantage: sa méthode. Cette méthode est d'un observateur et d'un réaliste ; elle I éloigne de toute abstraction, de toute généralisation. Ce que Dupin reproche à Montesquieu, dès la préface des Observa-

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