SUR LE CÉLIBAT
im^mEPuis le régne de Charlemagne, jusques au tems de Hugues 2bI£ Capet, personne ne pou voit prendre Thabit monastique, SsP^Ql faire son noviciat, ni ses vœux, sans en avoir obtenu la permission du Roy ; et il n'étoit pas permis aux serfs de se faire d'L^glise sans le consentement de leurs maîtres, ni aux hommes libres, obligés au service militaire, d'embrasser la Profession Ecclésiastique ou Monastique, sans le congé du Souverain : cap, de Charleni. de lib. hom. qui ad servit, Dei, etc. Lih, /. cap. 20.
\éO\\ sages, justes, nécessaires, importantes, dictées par le droit de la nature et des gens. Kn effet, tous les Sujets de la République appartiennent à la République ; leur travail, leur vie, leur postérité, sont le patrimoine de l'Etat ; ils ne peuvent Ten frustrer, ils ne peuvent disposer d'eux; ils ne peuvent se soustraire du corps politique, dont ils sont membres, sans donner atteinte au pacte civil, auquel leur naissance les a soumis.
Le Roy étant Tanie de la République, c'est une maxime générale qu'il ne doit être établi dans TElat, sans 292^ sa permission, ni Congrégations, ni Collèges, soit pour la Religion, soit pour la police ; Les Loix Romaines, et particulièrement celle appelée Licinia, Denis d'Halicarnasse, et autres Auteurs, nous apprennent que tous les Collèges des Prêtres furent établis de la seule autorité des Rois, ou du Peuple, après Texpulsion des Rois.
Les Lacédémoniens, au rapport de Pollux, punissoient le Célibat comme un crime qui va à la destruction des Républiques. Suivant V'alere Maxime, Liv. 1 1 .chap. 9, la même peine étoit établie chez les Romains; et nous voyons àdin^ Juste Lipse^ sur les Annales de Tite- Live, que la Loi Papia Poppœia étoit fameuse et sévère à ce sujet ; elle futabolie par les Constitutions d'Honorius et de Justinien; elle fut cause en partie de la décadence de l'Empire Romain, comme l'assure Procope ; parce que le Célibat se trouvant permis, les Villes dépeuplées cédèrent plus facilement à l'invasion des Barbares. Collection des ÉconomUtes. — Oupin. 14
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Justinien crut remédier à une partie du mal qu'il avoit fait, en limitant le nombre des Clercs et des Prêtres des Eglises, et en défendant par sa Constitution 67. d'édifier de nouveaux monastères, sans grande connoissance de cause, parce qu'ils dévoient être moins regardés, dit cette Constitution, comme des maisons de prières et d'oraison, que comme la retraite de la fainéantise et de Poisiveté. S'il le pensoit ainsi, pourquoi ne les détruisoil-il pas entièrement ?
Ce qui a le plus contribué à empêcher TefTetde ces sages Réglemens, c'est que depuis Charles le Chauve jusques à Hugues Capel, ce ne fut plus que désordre et confusion : Les Papes usurpèrent des parties de police et d'autorité, que le Souverain avoit confiées à l'Kglise el [293] aux Prélats; et profitant de la foiblesse du Gouvernement, ils se firent reconnoître Supérieurs immédiats de plusieurs Ordres, qui furent fondés dans cet intervalle; et à qui le zélé et la piété mal-entendue du Souverain, des Seigneurs et des Particuliers, prodigua des richesses immenses.
Les Prêtres et les Moines sçûrent si bien mettre à profit l'ignorance et la crédulité du peuple de ces tems,que, suivant Gerson, ils parvinrent jusqu'à lui persuader, qu'en leur donnant une partie des biens el des terres acquises par dol, fraude, ou violence, il pouvoit conserver l'autre sans scrupule et sans crainte des peines prononcées parla Religion, dont ils renfermoient toutes les pratiques dans ces actes utiles et généreux.
En ôtant du commerce les biens de la dotation des Eglises et Monastères, on prive aussi l'Etat de Tassistance et du service de ceux qui s'y retirent, souvent par poltronnerie, dit Mézeray, pour se soustraire au service de la guerre, ou par foiblesse d'esprit, en se laissant séduire par ceux qui ont intérêt d'avoir leur bien.
« L'esprit du treizième siècle, continue le même Auteur, se trouva « tellement tourné à la besace, et à croire que la plus grande per- « fection consistoit dans cette pauvreté volontaire, que l'on vil « fourmiller de tous côtés grand nombre de ces sectes de mandians « de l'un et de l'autre sexe ; mais l'Eglise se sentant, dit-il, sur- « chargée de ces nouvelles bandes de fainéans, qui d'ailleurs s'enor- '« gueillissoient de leur fastueuse pauvreté, et donnoient l'essort à «< leurs fantaisies pour semer de nouveaux dogmes; elle les sup- « prima tous, et réserva seulement les quatre qui restent aujour- « d'hui : réserve dont on ignore les motifs, [294' mais dont on sent « parfaitement les inconvéniens.
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Il y a trois sortes de Moines en France: La première, sont les Ordres de S. Augustin, de S. Benoît, de S. Bernard et Prémontré, qui possèdent les grandes richesses de l'Eglise, c'est-à-dire, les Abbayes et les Prieurés.
La seconde comprend les Chartreux, les Minimes, les Célestins, les Feuillans, les Jésuites et quelques autres qui possèdent des biens en propriété, et ne sont mandiansque par tolérance.
I^a troisième sont les Mandians qui subsistent par aumône, comme les Jacobins, Cordeliers, Augustins, Carmes, et les réformes qui en sont sorties ; ceux-ci ne laissent pas de jouir de quelques fondations, nonobstant le nom de pauvreté monastique; mais ils disent qu'ils ne sont qu'usufruitiers, et que les Papes sont les véritables propriétaires de ces biens; subtilité ridicule, vaine et frivole.
Toutes les Religieuses sont comprises sous les trois espèces cidessus, et l'on prétend qu'il y a en France trois cens mille Prêtres ou gens dans les Ordres séculiers, Moines ou Religieuses, dont un» tiers de filles, y compris les Sœurs grises, Sœurs du pot, sœurs de charité, et autres espèces de dévotes, ou esprits foibles, qui croyent comme dit PuflTendorff, dans son Traité des Devoirs de l'Homme, que la Divinité prend plaisir à des inventions humaines, et à des genres de vie, qui ne s'accordent point avec la constitution d'une société réglée sur les maximes de la droite raison, et de la loi naturelle. •
Nous lisons dans le Concile de Trente de Fra-Paolo, lom. 2. pag. 516. que les Ecclésiastiques avoient anciennement la liberté de se marier, qu'il fut proposé de [295] la leur rendre, et de les délivrer de la contrainte du Célibat; que la demande en fut faite au nom de l'Empereur Charles-Quint, et du Duc de Bavière, mais que les Légats furent blâmés d'avoir laissé mettre en question un article si dangereux, étant évident, disoit la Cour de Home, que V introduction du mariage dans le Clergé, en tournant toute r affection des Prêtres vers leurs femmes et leurs enfans^ et par conséquent vers leurs familles et leur patrie, les détachera en même le ms de la dépendance étroite où ils sont du Saint Siège ; raison qui fit rejetter cette proposition et qui auroit dû animer les Souverains à la faire passer.
Les Prêtres, les Moines et les Religieuses vivant dans le Célibat, ne font ni famille ni enfans, ce sont des terres stériles qui ne rapportent aucun fruit, d'où il résulte quatre sortes de perles pour
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l'Ktat : La première, celle des individus ; la seconde, celle de la consommation qu'ils occasionneroient ; la troisième, les grands biens qu'ils acquièrent sans espoir de retour dans le commerce de la société civile ; et la quatrième, les suites dangereuses de leur aveugle soumission aux volontés du Pape, de laquelle naît un Souverain, des Sujets, et une Monarchie étrangère dans le sein même de TKtat.
Il n'est pas nécessaire de rapporter des preuves de ce dernier inconvénient; mais pour établir le préjudice des trois autres, je mettrai sous les yeux un fait d'expérience, d'après lequel on pourra faire des calculs qui ne ressentiront ni la chimère ni l'imagination: j'entens parler de la Table des probabilités de la vie, dressée surles registres mortuaires de Breslaw en Silèsie par le Docteur Haliei de la Société Royale de Londres, publiée dans les Transactions philosophiques de Tannée 1693. Il choisit cette [296] ville de préférence à toute autre, parce qu'il y a un assez grand nombre d'habitant pour établir ses opérations, qu'il en sort peu, et qu'il y arrive peu d'étrangers, circonstances nécessaires pour agir avec certitude.
En 1691. les hahitans de ladite ville montoient à trente-quatre mille, dont on fit cent classes : la première, des enfans depuis un jour jusqu'à un an; la seconde, depuis un an jusqu'à deux, et ainsi de suite jusqu'à cent ans.
L'année commune des naissances fut trouvée être de 121^ et des morts de 1174. ainsi il restoit en augmentation et bénéfice pour la peuplade 64. individus, ce qui revient à peu près au vingtième, duquel vingtième il faut ôter la moitié pour les mâles, attendu qu'il ne sort point de lignée de leur corps, ainsi il ne faut plus considérer ce vingtième que comme un quarantième.
C'est ce quarantième qui, à la suite des générations, augmente si considérablement le nombre des individus, quand ils ne sont exposés qu'à la destruction ordonnée par la nature, que Ton a vu des essains formidables se répandre en différentes partiesde la terre, pour y chercher des habitations et une subsistance que leur pays, trop chargé de son propre poids, ne pouvoit plus leur fournir.
Il fût encore observé que de ces 1238. enfans il en mouroit 348. dans l'année de leur naissance, et que la moitié des 1238. n'ariveroitpas à vingt ans, d'où il est résulté un calcul vérifié par ceux qui se sont faits depuis à Londres, qui est que la vie des hommes n'étoit au plus que de 20. ans ; c'est-à-dire, que si on ôtoit à ceux qui
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vivent le plus, pour donner à ceux qui vivent le moins, le total réparti sur chacun ne seroii que de 20. ans.
Si les cent mille filles qui se sont faites Religieuses, ou [297] vouées au Célibat, s^étoienl mariées, elles auroient donné au moins Tune pour l'autre, chacune deux enFans pendant le cours de leur vie, et ce n*est pas pousser la production trop haut ; car il est à remarquer qu'elles sont toutes entrées dans les Couvens en âge nubile, et toutes d'une bonne complexion, étant de régie de n'en point recevoir d'infirmes, à moins que Ton augmente la dote, ou qu'on ne donne une pension extraordinaire ; c'est donc deux cens mille enfans qui auroient dû exister.
Il faut supposer que de ces deux cens mille enfans, il y en auroit eu la moitié mâles et la moitié femelles, et que suivant le calcul ci-devant rapporté, il en seroit mort les trois quarts des uns et des autres avant l'âge nubile: ainsi reste seulement pour la première année, vingt-cinq mille filles nubiles, et ainsi tous les ans par une progression successive et non interrompue, dont le premier quarantième qui reste en augmentation et bénéfice pour la peuplade, est de 625.
D'où il résultera que depuis que la Religion prétendue réformée a été reçue et établie sans contradiction dans les Pais protestans, c'est-à-dire, à compter seulement depuis le Traité de Munster de Tan 1648. jusqu'en la présente année 1743. ce qui fait 95. ans, une étendue de Pais égale à la France, et toutes choses égales d'ailleurs, doit posséder plus que la France en cette dite présente année 1743. d'une part 60800. individus provenans des 625. ci-dessus dits, lesquels ayant aussi contribué au profit de la peuplade d'un 40'' qui est 15. non-compris la fraction, vient le nombre de 640. lequel par multiplication progressive pendant 95. ans, donne au total celui dit de 60800. à quoi ajoutant d'autre [2981 pour 50000, tant garçons que filles, restans vivans des 10(X)00. religieuses ou autres béguines, suivant l'évaluation ci-dessus, qui doit avoir lieu dans toutes les années, il en résulte un total de 110800. sujets de l'un et de l'autre sexe.
Il est démontré par plusieurs calculs faits tant en France qu'en -Angleterre, que dans un grand Etat, à compter depuis le Souverain jusqu'au plus vil des sujets, chaque individu dépense le fort pour le foibJe au moins 150. liv. par an, pour nourriture, logement, vêtement el autres besoins généralement quelconques.
Il est démontré aussi que dans un Etat policé, il n'y a d'autres richesses que la consommation ; car sans elle à quoi serviroient les productions de la terre, si ce n'est à embarrasser ceux qui en seroient propriétaires.
Or, chaque individu consommant 150. livres par an, il doit donc être regardé comme un immeuble appartenant à TEtat, valant 3000 liv. qui est le capital de 150 liv. je dis comme un immeuble, parce que quoique cet individu soit périssable, il a la faculté de se reproduire, et de perpétuer son espèce.
Ainsi la France étant moins peuplée de 110800. individus, à cause du Célibat observé par les cent mille religieuses, béguines et dévoles, et chacun de ces individus étant pour TEtat de la valeur de 3000. liv. il s'ensuit que la France est moins riche qu*elle ne devroit être dans cette présente année, de la somme de trois cent trente-deux millions quatre cens .mille livres, et ce indépendamment de ce que l'on pourroit tirer de ces individus pour le service militaire, les corvées et autres travaux nécessaires à la défense et à l'amélioration du corps de l'Empire, et [299] de toutes les consommations qu'ils auroient occasionnées à raison de 150. liv. chacun, ce qui fait par an, seize millions six cens vingt mille livres; et pour 95. ans, quinze cens soixante dix-huit millions neuf cens mille livres, dont les bénéfices pour chaque propriétaire des denrées recueillies et marchandises fabriquées et ensuite vendues, auroient augmenté (au moins d'un dixième, qui est le tau du commerce,) la masse générale des produits, revenus et richesses de la Nation ; en ce, non compris les bénéfices des bénéfices qui monteroient encore à des sommes très-considérables.
Rien ne seroit plus utile à l'Etat que de supprimer le Monachisnie ; c'est une de ces vérités frapantes dont personne ne peut disconvenir, mais aussi rien ne seroit plus dangereux que cette entreprise. Comment ramener à la raison un peuple séduit de longue main par les Moines et les Prêtres, et enyvré de leurs préjugés? Comment éviter leur vengeance, et les subtilités dont ils sont capables ? Comment parer au pouvoir et aux intrigues de la Cour de Rome ? Il faut donc marcher avec de grandes précautions dans un sentier aussi glissant, et voici ce que conseilloit un jour à ce sujet un homme fort raisonnable.
Envoyer des essains fréquens et nombreux de ces Moines aux missions les plus éloignées, sans leur y permettre aucunes sortes
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d'établissecnens: il y en périroit beaucoup; mais ce seroii le cas de l'application exacte du proverbe, qui dit, plus de morts moins d'ennemis.
Les empêcher de mener une vie errante et vagabonde, et de communiquer avec ce qu'ils appellent les gens du siècle, et surtout avec les femmes, qu'à travers une grille double et fort serrée, comme les Religieuses et les Chartreux. Ce n'est que par le jeûne et la prière que l'on pourra parvenir à détruire un Ordre institué pour jeûner et pour prier.
Supprimer ce que l'on appelle Congrégations et Provinces ; ces sortes d'associations sont dangereuses, contraires à la bonne police, et peuvent être préjudiciables à la sûreté publique.
Fixer les Moines pour la vie dans les maisons où ils auroient fait profession, comme les Chartreux et les Religieuses, c'est une loi presque déjà établie : nos Ordonnances veulent qu'après la profession, les Religieux et Religieuses ne puissent sortir de leurs Monastères pour quelque tems et cause que ce soit, sans la permission de l'Evêque ou du Supérieur, ovis quœ exil ovili^ slatim lupi morsibus palet.
Leurs courses perpétuelles sont indécentes, contraires aux principes de leur institution, et dangereuses pour le Gouvernement. Un Cordelier prêchant devant S. Louis, disoit que tout ainsi que le poisson ne sçauroit vivre hors de l'eau : ainsi le Religieux hors de son Monastère ne sçauroit vivre en vertu, ni selon son observation. S. de Joinv, chap. 70.
Le Père Mabillon a dit en quelque endroit que Toisiveté des Moines étoit un dangereux piège, et qu'elle les rendoit d'ordinaire ou vicieux, ou visionnaires. Je voudrois donc les obliger tous à sçavoir un métier, avant d'être admis au Noviciat, et qu'ils ne pussent vivre que de leur travail, du moins quant aux Mendians, sans qu'il leur fût permis de quêter, et d'enlever par leurs séductions et importunités, la subsistance des véritables Pauvres.
Défendre d'admettre des Novices avant l'âge de 23. fSOlj ans accomplis, et de faire des vœux avant 25. ans c'est-à-dire, que l'on ne pût aliéner sa liberté avant l'âge où l'on peut aliéner son bien. M. le Duc d'Orléans Régent, trop éclairé pour ignorer l'importance de cette police, avoit fait un Règlement à ce sujet, prêt à être publié, lorsque la mort le surprit.
Assujettir tous les Ordres monastiques à la juridiction des Tri-
bunaux ordinaires pour le civil et le criminel, et pour la discipline à TËvéque diocésain. La police extérieure de TËglise appartient au Souverain, au titre de sa Couronne ; le Pape ni les Conciles ne peuvent faire aucuns Rég^lemens sans sa permission, et s'ils en font, les sujets ne sont pas obligés d'y obéir : ce sont les privilèges incontestables de PEglise de France, et ces privilèges ne sont autre chose que le droit de la nature et des gens. Tous les Prélats assemblés par Philippes le Bel, au sujet de son différend avec le Pape Boniface, le reconnurent sans aucune difficulté, seul maître et soiira in absolu au temporel.
A l'égard des filles, régler le tems du noviciat et de la professimi comme celui des hommes.
Ordonner qu'elles ne pourroient jamais être professes dans les maisons où elles auroient été pensionnaires ou novices, étant convenable d'ôter toute induction humaine, et de laisser pleinement agir la grâce, la vocation et l'inspiration.
Que les dotes ne pussent être à l'avenir que de simples pensions viagères, sans pouvoir donner ni argent ni fonds sous quelque prétexte que ce fût, à peine d'application au fisc.
Qu'après le décès de ces Religieuses, la partie d'hérédité à elle compétente des biens paternels et maternels, [302' ou autrement successifs, qui auroient dû leur appartenir, si elles fussent restées dans le monde, appartiendroit au Koy, c'est-à-dire à FEtat auquel il seroit incorporé, pour les récompenser de la perte de sujets qu il auroit dû attendre d'elle. C'est ainsi qu'en usoient les anciens Comtes des Flandres ; ils appliquoient au fisc la moitié des successions de ceux qui avoient vécu dans le Célibat, sans, empêchement légitimes ou infirmités naturelles.
La richesse fondamentale de l'Etal sont les sujets, c'est par le mariage que les hommes naissent, qu'ils se multiplient, qu'ils se perpétuent ; providu ille maximum rnundi parens^ ut damna semper sohole repararet nova : les Princes ne sçauroienttrop favoriser C'^t Etat, ni s'opposer avec trop de vigueur à tout ce qui pourroit lui être contraire.
Les anciens Législateurs avoient ajouté, au désir naturel.de se multiplier, tous les secours que la politique, l'intérêt et le préjugé avoient pu leur suggérer. Chez les Hébreux, le nouveau marié étoit exempt de toutes charges publiques la première année de son mariage. Licurgue donna beaucoup de licence aux filles de Lacédé-
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mojie, pour attirer les jeunes gens au mariage, et outre cela ii nota d'infamie ceux qui ne voudroient pas se marier, et leur défendit de se trouver aux jeux publics des filles nues. Putarque, dans la vie de Lysander, fait mention des peines prononcées contre ceux qui ne se marioient pas, ou qui se mariroient trop tard.
L'Empereur Auguste établit un impôt sur tous ceux qui ne se mariroient pas après 25. ans, ou qui n'auroient point d'enfans, et il donna de grands privilèges à ceux qui en auroient le plus. Tous les Auteurs politiques qui ont paru depuis, ont donné de plus grandes louanges à la sage prévoyance de cet Empereur. Ils ont blâmé Jus[303]tinien de n'avoir pas tenu cette loi en vigueur, et ils ont chargé Constantin de reproches pour l'avoir abolie.
Presque toutes les Nations ont regardé comme affreux de mourir sans postérité, c'étoit la plus terrible imprécation qu'elles pussent faire contre leurs ennemis, ou contre les infractaires des Loix : nous en trouvons la preuve dans la coutume que les Romains observoient au sujet des bornes qu'ils plantoient pour la séparation de leurs héritages, sur lesquelles ils gravoient cette inscription : Qaisqais hoc sustuleril, aut sastuli jusaerity ultimns suorum moriatur.
Nos Rois avoient accordé par différens Edits, et notamment par celui de Nov. 1666. aux pères de familles ayant dix enfans vivans, nés en légitime mariage, non Prêtres, Religieux ni Religieuses, exemption de collecte, de toutes tailles, sel, subsides et autres impositions, tutelle, curatelle, logement de gens de guerre, contri bution aux ustenciles, guet, garde et autres charges publiques ; les mineurs taillables qui se marioient avant ou dans la vingtième année de leur âge, dévoient jouir des mêmes exemptions jusqu'à vingt-cinq ans. Les bourgeois et habitant des Villes franches, ayant dix enfans, de 500. 1. de pension, et de 1000. 1. s'ils en avoient douze, et les Gentilhommes et leurs femmes de 1000. l. avec dix enfans, et 2000. 1. avec douze ; mais sous prétexte que ces exemptions avoient donné lieu à quelques abus, et par d'autres motifs aussi peu solides et aussi peu réfléchis, elles furent toutes supprimées par Déclaration du 13. Janvier 1683. ensorte que la crainte des charges et de la miserç, ayant fermé la route de la multiplication légitime, la nature qui ne veut rien perdre de ses droits, '304] s'est tournée du côté d'un libertinage ou stérile, ou dont les productions périssent pre.sque toutes, faute de soins; autre vice ruineux de notre police.
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Jamais il ne fut plus nécessaire de faire revivre ces utiles maximes, et tous les privilèges qui peuvent, contribuer à la conservation et à la propagation de Tespece. C'est en elle que consiste la richesse et la force des Kmpires ; les sujets de celui-ci diminuent sensiblement, je ne dis pas par la guerre, ni par ces ravages épidéraiques, dont le genre humain est successivement, et, pour ainsi dire, périodiquement affligé : je ne remonte pas non-plus à l'expulsion des Religionnaires ; mais j'entens parler de cette diminution causée par Toubli des principes fondamentaux de notre constitution politique, et de laquelle on peut arrêter le progrès avec autant de facilité dans les moyens, que de certitude dans l'exécution.
« Favoriser les mariages, accorder du secours au père char^'ê « d'une nombreuse famille, veiller à Téducation des orphelins et « des enfans trouvés : c'est fortifier l'Etat bien plus que de faire <r des conquêtes. Melon, Essai sur le commerce.
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T\EPUis l'Impression de ce Mémoire, il nous est tombé entre les J^ F mains un livre qui a pour titre : Essay des probabilités de la. vie humaine, par M. de Parcibux de la Société Royale des Sciences de Montpellier, à Paris 1746. Comme il rapporte plusieurs traits singuliers, et nouveaux, nous avons extrait ceux qui nous ont parus les plus intéressans à l'humanité, et les plus convenables à notre Ecrit sur le Célibat ; auquel, si on le souhîiite, il sera facile d'appliquer les calculs de cet Auteur.
EXTRAIT DE L ESSAY DES PROBABILITES sur la durée de la vie humaine.
Suivant un recueil de 3700. enfans nés à Paris, fait par TAuteur dudit Essay, la vie moyenne de ces enfans a été de 21 . ans 4. mois, en y comprennant les fausses couches, et de 23. ans 6. mois en ne les comptant pas. page 70.
Selon cet Auteur, Paris est l'endroit de toute la France où la vie moyenne est la plus courte. Celle du côté de Laon est de plus de 37. ans, et de plus de 41. pour ceux qui naissent dans les Cévenes et le bas Languedoc, pages 7 L et 72,
Dans les petites Villes et Bourgades, les mères nourrissent leurs enfans, ou les font nourrir sous leurs yeux, ce qui fait qu'il en meurt beaucoup moins dans les campagnes que dans les grandes Villes où on ne les nourrit pas. page 95.
Les Religieux de tous les Ordres vivent à présent un peu plus qu'ils ne vivoient autrefois, ce que l'on peut attribuer au relâchement de leurs austérités, et aux petites [306] commodités que le luxe a introduites dans les Convents. page 83.
J-es Religieuses vivent plus que les Religieux suivant leur nécrologues, eC il en est de même des hommes et femmes du monde, suivant l'Etat de 30. années des naissances et des morts de la Paroisse de S. Sulpice, imprimé en 1745. ce qui est conforme aux observations de M. Kerseboom. /). 82.
Suivant cet Etal il est mort pendant 30. ans, 17. filles, femmes mariées, ou veuves, à l'âge de 100. ans, et seulement 5 hommes ;
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9. femmes de 99. ans, et 3. hommes; 10. femmes de 98. ans, et point d'hommes; enfin 126. femmes au-delà de 90. ans, et seulement 49. hommes. /7d^e 97.
Le nombre des garçons qui naissent dans un endroit, pendant un certain espace de tems, est au nombre de filles qui naissent dans le même endroit, à peu près comme 18. est à 17. et rassemblant tous les âges de la vie de ces hommes et de ces femmo. on trouve que le nombre appartenant aux femmes est égal à la totalité de Tâge des hommes : donc les femmes vivent plus longtems que les hommes d'un 18® ou environ, p. 83.
' Il parofl cependant, par VElat des naissances et morts de l» Paroisse de S. Sulpice, que ce rapport n'est que comme de 9i. H ^J3. au lieu de 18. à il. car il y est né en 30. ans 69600. enfans, dont 35531 . garçons, et 34069. filles, p. 100.
On prétend que Tâge de 40. à 50. ans est un lems critique pour les femmes ; cependant on ne s'est apperçu de rien de semblable par l'Etat de mortalité des Religieuses, page 83.
Ni par celui de la Paroisse de Saint Sulpice. page 98.
^307^ On a seulement remarqué qu'il est mort plus de femme? mariées avant Tâge de 20. ans que d'hommes mariés avant ce même âge, dont on apporte deux raisons ; la première, que l'on marie plus de filles que de garçons avant Tâge de 20. ans ; la deuxième, que les suites de couches sont souvent très-fâcheuses aux femmes qui ne nourissent pas leurs enfans, et ces deux causent subsistent jusqu'à 45. ans. p. 99 .
Les Religieux et Religieuses meurent moins <juc les gens <lu monde jusqu'à l'âge de 40. ans, mais quand ils sont parvenus à 1.'). ou 50. ans, ils meurent beucoup plus vite, ce que l'on doit attribuer aux abstinences forcées, au chant, aux veilles, aux austérité!^, à la malpropreté, et à la privation de quantité de petites commodités, page 81.
Il semble que tous les Religieux étant des hommes faits et choisis, ils devroient vivre plus long-lems que les gens du monde, Au même âge, pris au hasard : on le croit ainsi, et c'est une erreur. L'examen des nécrologues et des listes des Tontines, comparé^ ensemble, prouvent qu'en elFet les gens du monde vivent plu>. page 85.
Ce qui se rapporte à ce que l'on trouve dans l'Etat des morl>
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de la Paroisse de S. Sulpice, par lequel on voit que l'on vit plus l«»ng-tems dans l'état du mariage que dans le célibat. En effet, on remarque que pendant 30. ans il n*y a eu que 6. garçons et 14. filles qui ayent passé Tâge de 90. ans, et qu'il y a eu 4.3. hommes et 1 1:2. femmes, mariés ou veufs, page iOO.
S'il y a 38. à 40. personnes dans une maison, depuis Tâge de 20. ans et au-dessus, il en doit mourir une lous les ans. page 87, 308] Si ce même nombre de personnes étoit d'âge de 50. et audessus, il en devroit mourir deux tous les ans. page 88 .
L'Auteur estime la mortalité des habitans de Paris, d'un sur quarante. Or comme il y meurt vingt mille personnes année commune, il s'ensuit qu*il y a à Paris huit cens mille âmes ou environ. p€tije 96.
Si de ce nombre on distrait ceux qui sont au-dessous de 26. ans, *>n aura environ 400000. qui est la moitié, d'où Ton doit conclure qu'il y a communément autant de personnes au-dessous de 20. ans qu'au-dessus ; et si Ton forme des classes particulières de ce qui est depuis la naissance jusqu'à 16. ans, depuis 16. jusqu'à 38. et depuis 38. jusqu'au dernier terme de la vie, on trouvera que chacune de ces classes fait le tieifî au total de 800000. c'est-à-dire 266^^)66. âmes, page 96,
11 meurt à Londres, année commune, 26800. personnes, ce qui en suivant le calcul de Paris, supposeroifqu'il y auroit dans cette première Ville 1072000. âmes, et par conséquent 272000. plus qu'à Paris ; mais la conséquence ne seroit pas juste, parce que presque toutes les Angloises nourissent leurs enfans, et que par ce moyen on a la totalité des morts, au lieu qu'à Paris on envoyé presque tous les enfans à la campagne, et que leur mort n'est point connue sur les Registres des Paroisses de Paris, page 101 ,
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