DES SOURCES SALÉES
et de la cause de leur salure.
On reconnoît dans la Nature trois sortes de Sel marin; sçavoir, le Sel Gemme ou Fossile, celui formé avec les eaux de la mer, et celui fait avec les eaux des sources salées.
Le Sel Gemme ainsi appelé à cause de sa transparence, peut être regardé comme le principe de tous les autres Sels, qui n'en étant qu'une émanation et une dissolution sont compris dans la même classe et ne sont point un genre particulier, il est dur comme la pierre, il est souvent mêlé de différentes couleurs, mais le plus ordinaire est blanc; l'on en fait toutes sortes d'ouvrages de Sculpture et même de Maçonnerie.
Le Sel Marin connu sous le nom de Sel commun, est un Sel
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neutre., Sel, Salé ou moyen; il est composé d'un acide spécifique appelé Acide du Sel Marin, et d'une baze de nature alcaline qui a beaucoup de rapport avec les alcalis, fixes ordinaires des plantes.
En supposant, comme nous faisons, que le Sel Gemme soit Tame et le principe de tous les autres Sels, peut-être voudroit-on que nous rendissions raison de sa propre origine ; mais contens de trouver ce corps déjà formé par la Nature, nous partirons de ce point et nous laisserons à ceux qui sont Physiciens par état, le soin d'établir une hypothèse capable de développer le méchanisme de sa formation, et d'expliquer les admirables variétés qu'il renferme.
La Montagne deCardoAne en Galaloij^ne offre pour ainsi dire sous nos yeux celle de la regénération, Phéî365 iiomène merveilleux que quelques Physiciens nient et que d'autres croyent et attribuent à ses levains qui fixent, disent-ils, les vapeurs de la terre et les parties d'air et d'eau qui se trouvent à portée de son action. Mais quoiqu'il en sait, il est vrai que l'ons^aperçoit à peine de la diminution de cette Montagne, malgré le volume énorme que l'on en a tiré depuis plus de 2500. ans qu'elle est connue.
On trouve une infinité d'autres Montagnes ou Carrières de ce Sel en Allemagne, en Suisse, en Savoye, dans le Duché d'Holsace, dans le Palatinat de Braclaw, dans le Royaume d'Astracan, en Moscovie, en Pologne, en Tartarie, en Hongrie, en Bulgarie, dans les lies du Cap-Vert, dans l'Egypte, dans la Perse, dans le Mogol, en Amérique ; enfin partout le Monde, la Franche-Comté, la Lorraine et les Trois Evêchés en sont particulièrement remplis.
Le Sel est si généralement répandu dans tous les corps, que l'on peut dire qu'il entre pour beaucoup dans leur composition, puisqu'ils en fournissent presque tous, lorsqu'ils sont décomposés par les opérations de la Chymie.
Peu s'en faut que Joachim Bet»her Médecin de Spire, et Chambon premier Médecin de Jean Sobieski, ne considèrent son acide comme l'Acide primitif de la Nature, et tous les Physiciens ne refusent pas de lui accorder une place honorable, dans les systèmes divers qu'ils ont imaginés pour rendre raison de la composition des corps; Levenhock prétend qu'il fait la liaison dans les pierres, comme la chaux dans les bâtimens.
Les différentes analyses des Eaux-Minerales du Hoyau[366jme faites par M" Dodart, Geoffroy, Bolduc, Bourdelin, Lemery et Homberg, ont toutes donné une partie de ce Sel assez considérable.
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Les Philosophes n'élant pas bien d'accord entr'eux sur Torigine des Fontaines, nous n'entreprendrons point de décider si celles dont il s'agit ici, sont formées par les pluyes, par les vapeurs de la terre, ou par une communication avec la mer; quoiqu'il en soit, leurs eaux doivent être également douces, à moins que quelque obstacle ne produise en chemin un effet contraire.
Si on suppose qu'elles viennent de la mer, il faut supposer aussi qu'elles ont déposé leur Sel, en se filtrant dans les terres pendant le trajet immense qu'elles ont dû faire ; si on veut qu'elles soient produites par des vapeurs de la terre, élevées par la chaleur centrale et condensées dans les cavités de la terre, les parties salines étant plus pesantes que celles de l'eau, ne s'élèveront qu'à une hauteur médiocre, pendant que les autres continueront leur route, ainsi que l'expérience journalière nous le démontre dans la formation des nues qui s'élèvent de la mer.
Nous pouvons donc attribuer avec une espèce. de certitude la Salure des sources salées à leur passage par des carrières de Sel renfermées dans la profondeur des terres, où elles se chargent de parties de Sel, et contractent un degré de salure plus ou moins fort, suivant qu'elles en parcourent sans interruption un plus ou moins long espace.
Non-seulement les différens filets de ces sources portent avec eux les uns plus, les autres moins de Sel, mais encore les eaux qu'ils fournissent, n'ont pas exactement [367] la même saveur, parce que la terre étant extrêmement variée dans sa composition, les eaux qui en sortent participent de tous ses diffécens modes, et se trouvent imprégnées de parties de Sel, ou chargées de parties minérales au métalliques, à raison des différences de leurs positions.
L'expérience a fait observer dans plusieurs Salines, que les rameaux de ces Sources croissent ou dimmuent suivant que la Saison est sèche ou pluvieuse, et que plus ils sont abondans, plus leurs eaux sont salées, ce qui doit naturellement provenir de ce qu'ayant alors plus de volume et plus de poids, et par conséquent plus de force et plus de rapidité, elles occupent plus d'espace, frottent avec plus de violence, émoussent avec plus de facilité les angles des sinuosités qu'elles parcourent, et entraînent ainsi avec elles les particules salines, jusques oii le niveau leur permet d'arriver.
En général les grandes Mers sont également salées entre les Tro-
piques et les Zones tempérées el conllennent la 32° partie de leurs poids en Sel, prise à la surface, et la 29* prise au fond; mais les Sources salées sont toutes différentes entre elles : il y en a depuis zéro jusqu'à 20. de^^rés, telles que sont celles de Dieuze, en Lorraine, et de la petite Salines de Salins en Franche-Comté, au moyen de quoi elles contiennent la 5® partie de leur poids en Sel, au lieu que Teau de la mer n'en contient que la 32^ ou la 29® partie, comme il est cy-dessus dit.
L'épreuve s'en fait en pesant 100. livres d'eau, que Ton fait éva* porer par le feu jusqu'à pleine siccité, et le degré de salure se compte par la quantité de Sel, qui après la cuite, se trouve au fond du vaisseau.
^368] Il se fait encore une autre épreuve, au moyen d'un Tube de verre, de bois ou de quelqu'autre matière, fermé par un bout, dans lequel on met une bag-uette de demi calibre, chargée par le bas, de manière qu'elle fasse équilibre et pose légèrement au fond du tube lorsqu'il est plein d'eau commune, mais qui avec Teau salée en dénote le degré, suivant qu'il la pénétre plus ou moins, l'eau faisant résistance à proportion des parties de Sel qu'elle contient.
Ce Sel est blanc et ressemble assez au salpêtre. S'il est cuit à grand feu, ses parties sont menues, divisées et cèdent comme la neige à l'impression des doigts ; s'il est cuit à feu lent, elles se réunissent et se cristalisent en gros grains de 2. 3. à 4, lignes d'épaisseur, qui alTectent presque généralement la figure d'une pyramide creuse, renversée et tronquée par sa pointe, dont le composé n'est qu'un amas de cubes infiniment petits.