SUR LES BATIMESS DE GRADUATION
Pour former du Sel avec de l'eau de la mer, on dispose des aires ou bassins qui ont beaucoup de superficie et peu de profondeur, dans lesquels on introduit l'eau de la mer par des rigoles ; le Soleil et l'air agissent sur cette eau, ils l'enlèvent, l'évaporent dans un plus ou moins long espace de tems, suivant l'ardeur du Soleil, la qualité et l'activité du vent, étant à observer que la saison de l'Eté la plus chaude, est celle que Ton saisit pour celte opération.
Le Sel, comme plus pesant que les parties aqueuses, demeure inébranlable aux chocs qu'il reçoit ; l'action du Soleil, les secousses et les ébranlemens de l'air, l'élevent seulement jusqu'à une hauteur de quelques pieds, mais il retombe après quelques pirouetemens, ses parties se réunissent, se cristallisent, et enfin forment un corps solide, dont la figure est communément cubique.
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L'Art a cherché à imiter la Nature, par le moyen des fiâtimens de Graduation, pour cela il n'a changée que la forme de Tévaporation ; celle de la Nature se fait par une disposition horisontale, celle de TArt se fait par une disposition perpendiculaire.
Les Bâtimens de Graduation sont à jour, élevés de 20. à 25. pieds de la Cuve à la sablière ; on force Feau que Ton veut graduer à monter par des pompes jusqu'au haut de ces Bâtimens, d'où elle se distribue dans des Augets de 7, à 8. pouces de large et autant de profon(378]deur, disposés suivant la longueur du Bâtiment, parsemés de petits robinets, qui de leur part laissent passer une quantité d'eau suffisante dans d'autres petits Augets, qui n'ont que 3. à 4. pouces de large et environ un demi-pouce de haut, dentelés ou entaillés de 2. ou 3. lignes très-près à près^ par lesquelles entailles l'eau s'écoule continuellement goûte à goûte, et ces goûtes rencontrant dans leur route, une masse de fascines d'épines de 20. à 25. pieds de haut sur dix de large, se subdivisent et multiplient leurs surfaces à l'infini ; ensorte que l'air auquel cette division donne beaucoup de prise, emporte dans l'espace, comme une rosée, les parties douces de l'eau qui se sont trouvées soumises à son action, pendant que les parties qui demeurent chargées de Sel déterminées par leur poids décrivent constamment une perpendiculaire, et se précipitent dans les bassins destinés à les recevoir, d'où elles sont ensuite élevées par d'autres pompes, qui les portent dans une autre division d'aug/sls, pour retomber par la même manœuvre que cy-devant, dans une autre division de bassins et successivement jusqu'au dernier ; le nombre étant proportionné à la qualité de l'eau plus ou moins forte en salure, on donne aux plus foibles, telles que celles d'un degré et demi, ou deux dégrés, jusqu'à sept divisions, et l'on peut les pousser jusqu'à vingt-huit dégrés de salure en trois jours dans la bonne saison.
Plus la disposition des Bâtimens de Graduation est parfaite, plus les différentes économies sont sensibles, leur forme, leur exposition, la manière d'élever les eaux, l'attention au progrès de la Salure pour éviter un travail inutile et ménager un tems précieux, le gouverne[379]ment des robinets qu'il faut conduire suivant les changemens et le caprice du vent, et mille autres détails que l'on croiroit indilférens, sont d'une importance extrême.
Suivant les Mémoires de l'Académie des Sciences, l'air peut consommer et évaporer dans une année 32. pouces d'eau, il n'eA tombe que 18. à 20. partant l'air peut dessécher au-delà du tiers de
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Teau que les pluyes peuvent fournir, ce qui augmenteroit beaucoup par la mulliplication des surfaces, que les Bâtimens de Graduation font présenter à Teau ; partant cette méchanique contient démonstrativement en elle, des moyens certains d'une économie considérable.
Pour pouvoir déterminer avec certitude Tétcndue des Bâtimens nécessaires à graduer une source salée, il en faut connoître avec précision la possibilité et la quantité; mais pour en donner une idée générale, de même que de l'économie qui en résulte, on dira que pour faire par le moyen de la Graduation 7000 tonneaux de Sel de 650. liv. pesant chacun, avec de Teau à quatre dégrés ou quatre pour cent, il faut environ 3000. pieds de Bâtimens, 4. à 5000. cordes de bois, et que sans cela il en conteroit 30. à 3*2000. cordes pour pareille quantité de Sel : ce qu'il est facile de démontrer,
Si une eau ne porte qu'un degré de salure et que l'on en veuille tireras, liv. de Sel, il faut faire évaporer 27. quintaux 72. liv. d'eau, si on la pousse à 28. degré de salure par la graduation, il ne faudra plus faire évaporer que 72. liv. d'eau, pour avoir la même quantité de Sel, rien de plus aisé que d'en calculer le bénéfice.
On ne connaît point l'auteur de cette Méchanique, mais il est à présumer qu'elle est fort ancienne, et que la 380] Saline de Sullz en Basse-Alsace, a fourni le modèle de celles établies depuis peu : C'est sûrement la plus ancienne, celles de Suisse, de Savoye et d'Allemagne sont absolument modernes, et il est étonnant que Ton n'ait pas plutôt fait attention à celle de Sultz, qui est sur le grandchemin de Strasbourg à Mayence entre Wissenibourg et llagueneau et exposée à la vue de tout le monde.
11 n'y a personne à Sullz ni aux environs, qui sçache l'origine de cette Saline ; le plus ancien titre qui existe, est un Contrat d'acquisition de l'année 1665.
Elle subsistoit avant les Guerres de Suéde, pendant lesquelles elle fut ruinée, rétablie à la Paix, et donnée à Amphiteote, par la Maison de Fleckeinstin à celle de Krug-de-Xida, moyennant le 10* du produit en Sel. Krug la vendit il y a environ 12, ans à Furst, qui la répara de nouveau.
Le fond appartient maintenant à M. le Prince de Rohan, comme Baron de Fleckeinstein : La source en est foible en qualité et quantité, et ne peut fournir annuellement qu'environ 140. muids de Sel du poids de 650. liv. chacun, ce qui fait un très-petit objet.
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f'"^ OBSERVATIONS