Vie privée, p
2. « Cet homme est un fermier et il est autant au-dessus des autres par ses richesses, qu'il est au-dessous de tout le monde par sa naissance... il est très impertinent, comme vous voyez, mais il excelle par son cuisinier. » (Usbek à Rhed'i, Lettres persanes : Lettre XLVIII).
3. Esprit des Lois, liv. II, ch. xviii. l. Id., liv. XIII, ch. XX.
INTRODUCTION XXV
quentaient chez Dupin rendaient communément hommage à ses qualités de labeur et de goût. N'importe ! on se sentait en défiance devant ses écrits, un ne pouvait croire de sa part à une entreprise désintéressée, on prenait le change sur lobjet de ses préoccupations. Au témoignage de Diderot, il avait tenté dans les Réflexions de faire « une apologie de la iinance ^ ». Diderot n*avait point lu Touvrage, car la défense proprement dite des traitants y est faite avec réserve . Mais, sur cette exagération, il ajoutait cette phrase très significa* tive : c( Ce projet n'était pas d'ime exécution facile et de plus habiles que M. Dupin y auraient pu échouer. »
En définitive, Toeuvre sentait le plaidoyer et là était le ver qui détournait du fruit. Dans sa note manuscrite sur Texemplaire des Réflexions dont nous avons parlé, M. de Paulmy écrit : « Il n^ a que lorsque M. Dupin parle de la Finance et du Commerce qu'il paraît trop se souvenir qu'il est fermier général. » Cependant M. de Paulmy avait lu les RéflexionSj et les appréciait "^^ mais il gardait de sa lecture cette impression dominante que Dupin y avait tenté une défense des financiers.
Il est, de fait, certain, que Dupin eut cette préoccupation, plus ou moins consciente, dans chacune de ses œuvres. Nul doute que le ton amer des Réflexions ^ ne vienne de la blessure secrète causée par les traits dont « Celuy de V Esprit des Lois » accablait sa profession. Sur le point précis qui le touche, il s'est cependant contenté d'y montrer, par l'exemple
1. Corresp. Grimm^Diderot^ éd. Garnier, 1879, t. VIII, p. 311.
2. M. de Paulmy écrit que Dupin « critiquait avec trop d'amertume et trop peu de ménagement, mais au fond ses critiques sont très justes et bien raisonnées ».
3. Voici le ton de TA vis au lecteur dans les Réflexions : « Les lecteurs de \y Esprit desLoiê] ne trouveront ni but, ni méthode, ni solidité dans les principes, ni fidélité dans les citations, ni vérité dans les maximes, ce qui fit penser que cet ouvrage n'était qu'une plaisanterie dans le goût de l'espion turc, des lettres juives et des lettres persanes » (Réflexions^ p. iv).
XXVI INTRODUCTION
de r Angleterre, la supériorité dé la ferme sur la régie. Dans les Observations^ la défense des traitants est plus directe ^, mais c'est dans les OEconomiqàes qu'elle est le plus sensible : il fait ressortir Tabnégation des fermiers généraux qui, dans l'intérêt public, acceptèrent généreusement, en cours de bail et sans en faire modifier les clauses^ des déductions importantes sur les droits mis en ferme 2. Nul doute d'ailleurs que ce ne soit le souci de rehausser le prestige des financiers qui l'ait amené à donner, dans les OEconomiques^ un tel développement à la législation financière et aux impôts, et à attribuer à la politique financière ime importance capitale. Le tome II des Œconomiques est entièrement consacré à la législation financière des Trois Evéchés, dont Dupin avait été, en 1724, le receveur des finances et où il avait acheté, en 1738, la même chargée pour son fils, Dupin de Francueil. Tout le troisième volume, une partie du premier, traitent des impôts. Il déclare que l'art qui enseigne à régir les finances est l'art essentiel et l'objet même de la science économique; que les « finances sont le nerf de la guerre, « l'ornement de la paix, le maintien des lois, de la justice, de la dignité et de la splendeur des états qui ne peuvent subsister sans elles ». Dupin montre quelle action stimulante, ou mortelle, la politique financière peut avoir sur la production, combien elle peut méconnaître et contrarier les véritables intérêts du prince '^, Les revenus du roi dépendent en effet de la richesse de ses sujets ; tout ce qui amoindrit cette richesse atteint le roi lui-même. Il dépend du choix de l'impôt de décourager le producteur ou d'accroître son acti-