‹ OEdipe et le sphinx; tragédie en trois actesChapitre 24 sur 39 · SCÈNE X LE CORYPHÉE, ŒDIPE, JOCASTE · texte numérisé non relu

SCÈNE X LE CORYPHÉE, ŒDIPE, JOCASTE

JOCASTE La honte du serment, qu'on vient de m'arracher, me rend la lumière importune et votre vue amère, Thébains !

LE CORYPHÉE Voici un étranger que nos maux intéressent.

ŒDIPE, s'avançant.

Et qui veut, ô reine, écouter de tes lèvres la confirmation solennelle du vœu thébain !

JOCASTE Qui es-tu? Tu parles avec assurance !

ŒDIPE Je suis un fils de la Fortune.

Elle me sourit sous tes traits.

Tu es belle, ô Jocasle,

et delà récompense la part incomparable !

JOCASTE Quel est ton père, étranger?

ŒDIPE Qu'importe d'où je sors, si jusqu'à toi je monte ! Les parents d'un héros ce sont ses actes éclatants Tu as fait un serment redoutable...

JOCASTE Il répugne à mon âme fière !

Mais le soir qui vient m'en relève !

Quand ce soleil disparaîtra à l'horizon je redeviendrai libre!

Tu seras engagée à jamais !

JOCASTE Que dis-tu?

ŒDIPE Devant tous, je le proclame, je suis le héros attendu.

LE CORYPHÉE Gloire aux Dieux !

JOCASTE Démence! Nul mortel ne suffît à des travaux divins.

ŒDIPE

Hercule le Thébain n'était pas Dieu encore à Némée, à Lerne, à Erymanthe?

JOCASTE Le Sphinx est plus terrible avec sa seule énigme que le lion et l'hydre !

ŒDIPE Et le vainqueur sera d'autant plus glorieux.

JOCASTE Ma promesse fut un défi : ne le relève pas!

ŒDIPE Le vainqueur sera-t'il roi de Thèbes ?

Le vainqueur sera-t'il ton époux?

Prends ce peuple, ces temples et les Dieux à témoins.

JOCASTE Ni moi, ni ces Thébains ne violerons notre serment. Mais, qui donc es-tu, téméraire?

Un devineur d'énigmes et un chasseur de monstres.

LE CORYPHÉE 0 le mâle courage !

C'est lui qu'annonçait le devin.

JOCASTE Ce n'est pas œuvre humaine, cette entreprise ! Il y faut un mandat du ciel .

ACTK It 45

Comme tes devanciers tu périras, sans profitet sans gloire.

A Laius tu ressembles et, je ne sais comment,

ta vue me fait penser à un enfant, mort au berceau.

Voilà pourquoi ton sort m'intéresse et m'émeut !

0ED1PE Tiendras-tu ta parole?

JOGASTE Hélas ! Autant vaudrait te promettre un tombeau . . . Une hideuse mort t'atlend...

ŒDIPE Je crois à la victoire ! Mais si je succombais, j'accepte le tombeau et les honneurs funèbres.

JOCASTE Quand la fatalité l'appelle, l'homme s'élance aveuglément.

ŒDIPE, au Coryphée.

Le chemin est-il long-, d'ici à la caverne ?

LE CORYPHÉE De Thèbes à Harma, un peu moins de deux heures. ..

ŒDIPE, au Coryphée.

Tu vas donc me conduire!

Vous, Thébains, cette nuit, montez aux tours de vosremparts. Interrogez le ciel, du côté de Chalcis : si vous voyez briller des flammes, venez! Ce seront les flammes de la victoire.

Venez, joyeux, avec pompe,

saluer votre rn et chanter votre délivrance!

Et toi, Jocaste, revêtue d'une robe éclatante,

apporte le premier baiser à ton époux.

Mais à l'heure livide où la nuit lutte contre Phébus.

si nul reflet de feu n'a rougi l'horizon... venez encore.

Car on doit des honneurs au héros qui succombe.

Venez, pieux, avec le linceul et les baumes

ensevelir celui qui n'a pas deviné !

Et toi, reine, conserve ton vêtement de deuil

et pleure l'étranger tombé pour ta conquête.

JOCASTE

Oh ! ne pouvoir le sauver de sa perte certaine.

ŒDIPE

Toi qui seras demain mon épouse ou ma veuve,

ne te lamente pas; j'ai foi en Apollon !

Votre salut ayant la même issue que mon destin,

fils de Gadmus, prions ensemble ! Et moi , la lyre en mains !

Je t'invoque, ô Phébus, sans hécatombe!

Quand ta sœur Artémis te succédera dans les cieux,

jeté sacrifierai, ô vainqueur du Python, un monstre!

Au bord de la fontaine,

il vomissait des flammes, l'affreux dragon.

Ta flèche inévitable l'atteignit.

Archer divin, envahis-moi de ton esprit!

Au combat que je vais livrer,

que seraient le glaive cl la massue!

Il faut, comme Pers

résister au regard stupéfiant de la Gorgone!

Il faut, comme Ulysse,

opposer la pensée calme à la ruse méchante!

Il faut être inspiré par toi,

ô brillant illuminateur de nos esprits et de nos yeux!

Quand aura lieu le terrible colloque,

ferme mes sens au vertige !

Toi qui vengeas ton cher fils Esculape,

en exterminant les Cyclopes,

délivre cette belle cité !

Je m'expose, en ton nom, aux coups du monstre !

— O fils de Sémélé, Bacchus,

étends sur moi ton thyrse protecteur.

O fils d'Alcmène, fils de Thèbes, Hercule !

Et toi, Cadmus, favori de Pallas ! Vous, nymphes Isméniques !

Toi-même, terre que je vais délivrer,

II ramasse de la terre, la baise et la répand eD un rite. Soyez propices ! Assistez-moi ! Bénissez-moi !

JOCASTE Adieu donc, insensé que je pleure déjà!

ŒDIPE

L'aurore éclairera, j'espère,

Thèbes ! ton roi ! — Jocaste ! ton époux 1

Précédé du Coryphée, ŒDIPE sort d'un pas hardi. Tout le Chœur remonte, et disparaît en l'escortant. JOCASTE, appuyée au seuil, regarde tant qu'elle aperçoit le héros et rentre, après un geste désespéré.

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