‹ OEdipe et le sphinx; tragédie en trois actesChapitre 25 sur 39 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

ŒDIPE

Comment s'orienter dans cette nuit profonde?

Mon g-uide, en approchant, se crispait d'épouvante.

Il a fui... je suis donc près de l'antre.

Si le Sphinx, averti par sa subtilité,

se refusait à mon colloque.

Voilà ma crainte unique !

Jocaste, noble femme qui sera mienne à l'aube,

qu'elle fut tendre! Quelle douce pitié?

A peine l'ai-je vue, que sitôt je la sentis chère.

Je n'éprouvai pas le désir qu'éveille la beauté,

mais un penchant plus profond et plus calme.

Si le monstre se dérobait? Cette pensée m'obsède.

L'homme et la bête pressentent leur défaite ;

je perdrais un royaume, je perdrais un foyer ; et, venu en héros, j'apparaîtrais menteur et dérisoire. Cette peur-là est plus fiévreuse que celle du danger! Quelle assurance ai-je de ma victoire?

Je puis succomber : tout à l'heure le prince de Corinthe ne sera qu'un cadavre, la poitrine sanglante et le cœur arraché ! Oh ! la terreur abolirait les promesses thébaines, nul ne viendrait laver mon corps, l'ensevelir! Je pourrirais, déchiqueté par le bec des vautours. Il faut vaincre !

Thèbes du haut des tours interroge le ciel. Me souvenant de la grande leçon de Prométhée, j'éveillerai le feu qui dort dans un morceau de bois. La flamme brillera, pourpre vivante de la victoire . Oh! Oh ! j'étais au but, quand je croyais tarder.

Eclair.

C'est donc le grand moment : ici tout se décide ; je ne suis né que pour cette heure.

Eclair.

La voilà, la panthère au visage de femme;

je vois luire ses griffes acérées.

— Apollon. Dieu subtil, inspire-moi!

Page 1