‹ Œuveres choisiesChapitre 2 sur 33 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Ces lettres et ces journaux ont été écrits à mes amis. A mon retour, je les ai mis en ordre et je les ai fait imprimer, afin de leur donner une marque publique d'amitié et de reconnaissance.

J'ai écrit sur les plantes et les animaux , et je ne suis point naturaliste. L'histoire naturelle n'étant point renfermée dans des bibliothèques , il m'a semblé que c'était un livre où tout le monde pouvait lire. J'ai cru y voir les caractères sensibles d'une Providence; et j'en ai parlé y non comme d'un système qui amuse mon esprit, mais comme d'un sentiment dont mon cœur est plein»

Au reste, je croirai avoir été utile aux hommes , si le faible tableau du sort des malheureux noirs peut leur épargner un seul coup de fouet, et si les Européens , qui crient en Europe contre la tyrannie, et qui font de si beaux traités de morale , cessent d'être aux Indes des tyrans barbares.

Je croirai avoir rendu service à ma patrie, si j'empêche un seul honnête homme d'en sortir, et si je puis le déterminer à y cultiver un arpent de plus dans quelque lande abandonnée.

Pour aimer sa patrie, il faut la quitter. Je suis attaché à la mienne, quoique je n'y tienne ni par ma fortune ni par mon état; mais j'aime les lieux où , pour la première fois , j'ai vu la lumière , j'ai senti , j'ai aimé , j'ai parlé.

J'aime ce sol que tant d'étrangers adoptent , où tous les biens nécessaires abondent , et qui est préférable aux deux Indes par sa température, par la bonté de ses végétaux, et par l'industrie de son peuple.

Enfin , j'aime cette nation où les relations sont plus nombreuses, où l'estime est plus éclairée , l'amitié plus intime , et la vertu même plus aimable.

Je sais bien qu'on trouve en France , ainsi qu'autrefois à Athènes , ce qu'il y a de meilleur et de plus dépravé. Mais enfin c'est la nation qui a produit Henri IV , Turenne et Fénelon. Cc6 grands hommes y qui l'ont gouvernée, défendue et instruite, l'ont aussi aimée.

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