‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 118 sur 172 · UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FILLE

C'était une charmante jeune fille...

Elle apprit dès l'enfance à bostonner Et, dans les réunions des familles, On s'émerveillait à la voir danser.

Se mariera-t-elle, se mariera-t-elle ?

Dirent les dames quand elle eut vingt ans. Je préfère bostonner, disait-elle, Le temps de la danse est le meilleur temps.

Les lustres, le piano, le Champagne, L'éclat des bijoux, la blancheur des mains, Les miroirs palis, les fleurs qui se fanent Les madrigaux et les éventails peints,

Et toute la vie était, pour son âme, Un rêve élégant, délicat, profond, Avec art arrangé pour que les femmes Bostonnent le soir dans un beau salon.

Un de ses danseurs lui dit : Je vous aime ! Moi aussi, dit-elle. Il bostonnait bien. Il y eut un grand bal quand ils se marièrent, On les vit bostonner.jusqu'au matin.

Vivre pour danser, quelle belle vie !

Idéal qui passe au fond des miroirs !... Glissez et tournez jusqu'à la folie, Poupée de satin, pantin en frac noir...

L'ivresse du bal est délicieuse !

Je suis dans tes bras et je tourne encor... Ton vertige est doux, valse merveilleuse, J'effleure en glissant l'amour et la mort...

Or, ils sont très vieux, leurs cheveux sont blancs ; Mais quand, seuls, chez eux, l'heure du bal sonne, Ils allument les bougies en tremblant Et les deux vieillards bostonnent encore.

Page 1