‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 119 sur 172 · LE RIRE · texte numérisé non relu

LE RIRE

Rire de tout et de soi-même, pauvre gloire ! Dans le pli relevé de la bouche, on veut croire Qu'on cache des trésors de curiosité, Tout un subtil amour formé de vérité.

J'ai ri d'un homme qui trébuche dans la rue, J'ai ri auprès de ma maîtresse dévêtue, J'ai ri des bals, de leur clinquant, de leur ennui, De la solennité des maisons mortuaires, De l'aspect ridicule et laid de la misère ; J'ai ri de mon chagrin et du chagrin d'autrui. Or, si j'ai ri, toujours ce ne fut qu'un prétexte, Pour ne pas voir souffrir, par peur, par Lâcheté, Me disant qu'il est plus facile en vérité

LES LÈVRES ET LE SECRET ' l63

Et plus plaisant de voir la grimace grotesque

Oue la grimace vraie où s'abrite un sanglot...

Derrière le visag*e et derrière les mots,

Dans la pièce où chacun avec soin joue son rôle,

Est un drame émouvant qui n'est jamais bien drôle.

Et le rire est pareil à l'écume de mer

Qu'on saisit, frémissante, abondante et limpide

Et qui ne laisse ensuite, au creux de la main vide,

Que quelques gouttes d'eau pleines d'un sel amer...

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