‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 162 sur 172 · LES QUATRE CAVALIERS · texte numérisé non relu

LES QUATRE CAVALIERS

Dans une ville de France Toute pleine d'étrangers, Je respirais le silence Sous les orangers.

Et voilà que près de moi, Sans nain, sans cor et sans page, Blanche et bleue elle passa Dans un équipage.

Et tandis que je rêvais De partir autour du monde, Quatre cavaliers buvaient De la bière blonde.

Et l'un dit : Pour cette femme J'ai vendu mon anneau d'or Et j'aurais vendu mon âme Et bien plus encor.

Le second dit : Par ma foi, Elle m'aima trois semaines.

Elle me trompait, je crois.

Pour un capitaine.

— Ah ! mes amis, regardez, Dit l'autre, comme elle est belle !

J'ai voulu la poignarder, Couchant avec elle.

Mais elle a ri de ces choses, Car elle joue de la mort Comme elle joue d'une rose Ou d'un louis d'or...

Alors j'ai crié : Seigneurs !

Nous nous battrons jusqu'à l'aube, Car vous mentez, sur l'honneur ; Intacte est sa robe !

Allons, seigneurs, suivez-moi ; Malgré vos mines superbes Je vous coucherai tous trois Dans les hautes herbes...

Le quatrième cavalier Était habillé de noir.

Il avait l'air de parler Aux ombres du soir.

Ah ! dit-il, je vous admire De croire et d'aimer si bien.

J'en aurais plus long à dire Si je voulais bien...

Mais toutes les larmes meurent^ Les regrets sont superflus !

Je demande, quand je pleure, Un verre de plus !

Avant, je vous ressemblais; J'aimais l'espoir et la gloire.

Laissons dormir, s'il vous plaît, Cette vieille histoire.

Aller se battre une fois Pour des propos d'après boire, Et tomber comme une croix Sur la terre noire,

Le visage vers les cieux, Croyez-moi, c'est chose amère.

Il vaut mieux mourir, monsieur, Pour une chimère...

— Vous êtes mes seuls amis, Me suis-je alors écrié; Pardonnez cette folie, J'ai souffert, voyez.

Oublions dans un festin Qu'elle est belle et qu'elle existe; Oublions les yeux divins Qui m'ont rendu triste.

Allons-nous-en par la ville, Ayant noyé nos ennuis, Dans ces quartiers où défilent Des rondes de nuit.

Et dans un bouge, au matin, Si nous rencontrons ensemble.

Quelque fille aux cheveux teints Et qui lui ressemble.

Laissez-moi m'agenouiller Comme devant une sœur, Devant cette chair souillée Et ce triste cœur ;

Et d'une larme inconnue, Honorer avec tristesse La pauvre idole déchue De ma jeunesse.

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