‹ Œuvre amoureuse et sentimentaleChapitre 168 sur 172 · A UN POÈTE · texte numérisé non relu

A UN POÈTE

Ne mets pas ce noir laurier, Camarade, sur ta tête.

C'est un bien mauvais métier Celui de poète.

Dans une chambre d'hôtel Abriter son existence, En proie au rêve cruel, Au froid, au silence,

Au chant des prostituées, Au souvenir de la mer, Pour une âme haut placée C'est un sort amer.

On rêve les soirs d'automne, A la lueur du charbon, Un ami vous abandonne.

L'on dit : A quoi bon !

On est seul et sans ivresse, On est pris par le dégoût Et raillé par sa maîtresse, Oh ! cela surtout !

Parce qu'on est un enfant Qui s'est perdu dans l'orage, Et qu'on n'a ni trop d'argent Ni trop de courage,

Qu'aux pleurs le soir vous convie, Qu'on croit à tous les mensonges Et qu'on marche dans la vie Gomme dans un songe.

Ce n'est pas dans le plaisir Que j'ai perdu ma jeunesse.

Ah ! pourquoi tant de désirs Et tant de tristesses !

Peut-être parfois, le soir, Tu m'as vu chanter et rire, Plein d'amour et plein d'espoir :

Je peux bien le dire

Que, sous un masque joyeux C'est ainsi que l'on résiste Quand on est un orgueileux Et qu'on est un triste.

Non, ne te fais pas poète !

Gela coûte trop de pleurs, Car la gloire, on ne l'achète Qu'au prix de son cœur.

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