LA SOLITUDE ET LA MER
Miracles de la mer, bleuissement des grèves! Vous ne me versez pas la paix que j'attendais. Les parfums iodés de la mer et les rêves Des vieux eucalyptus à mon cœur sont mauvais... Gomme un roi fatigué qui song*e sous un dais J'entends frémir au loin le peuple de mes rêves...
Pourquoi vers le passé toujours s'en revenir, Flots d'étoile coulant ainsi que des prières, Retour des eaux montant ainsi que mon désir, 0 sables blonds couleur de sa chair de lumière?... Non, ne m'emporte pas, barque des souvenirs, Car l'homme n'a d'amour que l'amour de sa mère.
Peut-être il est là-bas une terre sauvage, Par delà l'horizon où cing-lent les voiliers, Où sous les aloès et les mancenilliers Errent de tels oiseaux avec de tels plumages, Où le ^able et le soir forment de tels mirages Que l'âme s'use enfin et qu'on peut oublier.
0 chaloupes mouillant sur des plages brûlées. Rords équinoxiaux où croissent les asters, Où chante étrangement la houle ensorcelée, Peut-être abritez-vous près d'un bayou désert Une case en bambou étroite et cannelée Où n'entrent pas le soir les souvenirs amers...
LES BELLES DE NUIT l\l
Mais ici chaque voix a l'écho de la sienne.
Sa forme tache en blond la blancheur des villas.
Je crois voir du perron où grelotte ma peine,
Les chers bonheurs errants du temps qu'elle était là.
J'entends encor parmi les bruyères prochaines
Les aiguilles de pins qui craquaient sous ses pas.
Quoi ! tu ne portes rien dans tes mains, solitude !
Ni coffret tout chargé de résignations,
Ni flacon embaumé par le goût de l'étude,
Ni branche d'olivier, emblème de pardon !
Le désir sans espoir, l'amère inquiétude,
Voilà les seuls présents dont tu m'auras fait don.
Alors pourquoi venir voir les flots et les îles, Voir des soleils descendre et des astres monter... J'aime mieux la rumeur antique de la ville x\vec son grand sanglot qui me fait sangloter. Le ciel n'est pas divin, la nuit est sans asile, J'ai douze fois plus mal dans son obscurité...
Plus d'étoiles, plus de forêts, plus de rivages ! Que je n'entende plus les poèmes des soirs ! Ils montrent à mes yeux des milliers d'images, Mais moi je n'en vois qu'une et je meurs de la voir. La chambre où j'ai pleuré, voilà le paysage Sans azur et sans fleurs, où j'aspire à m'asseoir.
l\2 L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE