LA COLOMBE DE PROIE
Elle ne met ni kohl ni fard. On la dit pure Quand on voit s'abaisser ses grands yeux innocents, Elle est blanche dans la blancheur de ses fourrures Et son corsage haut cache ses seins naissants.
C'est encore une enfant, dit-on. Ses mains sans bagues Sont des mains qui ne savent rien et n'ont rien fait, Quand on demande trop, avec art elle élague Sa réponse. Un propos un peu cru lui déplaît.
Sa mère a pu commettre autrefois quelque crime. On ne saura jamais de quelle ombre elle sort. C'est une femme experte en lettres anonymes, Et quand elle sourit on dirait qu'elle mord.
Elle conduit sa fille au Bois, dans les théâtres, Mais elle sait se retirer au bon moment Pour laisser à loisir la colombe s'abattre Sur le vautour, le déchirer ingénument.
On n'étreint qu'à demi cette enfant qui ne livre Que juste ce qu'il faut pour troubler un peu plus. Mais malheur à celui qui près d'elle s'enivre Du poison de sa fausse et perverse vertu !
Car elle court, la nuit, en le quittant, sans honte Se donner toute nue à quelque amant grossier, Un langage de peuple à ses lèvres remonte, La vierge est une fille impudique à ses pieds...