VILLES D'EAUX D'HIVER
0 villes d'eau d'hiver, soleil des poitrinaires! Les serres, les bosquets gelés et les tennis, Les voitures passant dans l'oblique lumière. Les marbres des villas et les bassins bleuis!
0 visages fermés, visages anonymes, Qui regardent au loin, sur des balcons d'hôtels, Les bois trop réguliers et la mer trop sublime ! 0 ce décor givré, délicat, solennel!...
Sous son plaid bigarré, l'étrangère frileuse Songe à d'autres pays autrefois traversés, A de plus beaux sapins, des mers silencieuses, Aux flots des lacs battant les châteaux écossais...
Ses doigts longs et vivants se crispent sur son livre; Elle ferme les yeux comme pour oublier Et du vent balsamique et marin elle est ivre Et comme un lis de chair son cou frêle est ployé.
Quelle tristesse immense est au fond des voyages! Ni l'air des vérandas, ni le gazon des parcs, Ni la combinaison des flots et des nuages N'atténueront ce vide et ce goût des départs.
Pourtant, partout les lieux à ces lieux sont semblables, C'est la même fenêtre et le même souci, C'est un hôtel, un train, c'est un arbre et du sable, Et les visages chers sont les mêmes aussi...