LES DEUX ROBES OTEES
Une robe est vert d'eau et l'autre est d'or très pâle Elles font en tombant deux cercles de couleur. Un parfum d'étoffe et de femme s'en exale Et l'on dirait qu'on a coupé deux grandes fleurs.
Les corps ont émergé dans un dair-obscur tendre Pour se pencher ainsi que des tiges de chair. Pour s'étreindre, pour s'étirer et pour s'étendre, Groupe aux cheveux défaits, mystérieux et clair.
(jQ L'ŒUVRE SENTIMENTALE ET AMOUREUSE DE MAURICE MAGRE
La plus jeune et la plus petite est moins timide. Aux clartés du charbon elle ose tout oser. On sent qu'elle enveloppe en sa bouche fluide Les lèvres qui rêvaient à ce nouveau baiser.
L'autre a mis une main sur sa frêle poitrine, Pour avoir l'air de protéger des seins frileux. Elle affecte d'avoir des pudeurs enfantines, Mais se livre ardemment en se cachant les yeux...
C'est celle-là pourtant qui me fut assez chère Et qui disait qu'elle était bien auprès de moi... Les cendres dans le feu font baisser la lumière... Allez, ne craignez rien, à peine si je vois...
A peine si je suis un peu mélancolique, Abandonné, comme le sont elles aussi, Or très pâle et vert d'eau sous un rayon oblique, Ces deux robes, là-bas, vides, sur le tapis...