LE DANSEUR INDIFFERENT
Le danseur amoureux serre sa bien-aimée Contre son corps, il l'enveloppe, il la soutient. Elle incline vers lui sa figure charmée, Mais il la presse trop pour la désirer bien.
Car à peine l'orchestre est-il mort qu'il l'oublie Pour troubler en passant, svelte sous l'habit noir, La femme de trente ans dont il est la folie Et dont toute la chair brille rien qu'à le voir.
Il ne se tourne pas s'il sent qu'on le regarde. Le désir l'auréole et le fait plus charmant. Il est frêle et tout blanc; on dirait qu'il se farde; Il est lointain et fatigué précocement.
Ah ! vers la fin du bal et derrière une porte, Plus d'une lui prendrait les lèvres malgré lui, Pour sentir la fraîcheur que la jeunesse porte, Ce souffle de plaisir, ce bouquet de la nuit.
Mais lui s'est accoudé loin des bruits, loin des femmes. Qui de toutes dira la bouche qui lui plaît? Dans son regard perdu passe une trouble flamme... Il froisse avec ennui son mouchoir violet...