‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 13 sur 33 · TOMBEAU DE L’ARCIIIDUCIIESSE CHRISTINE · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE L’ARCIIIDUCIIESSE CHRISTINE

Ce bel ouvrage, qui décoré l’église des Augustins à Vienne, devait s’élever à Venise dans la chapelle de Santa Maria de’ Frari. Au lieu de cousacrer la mémoire d’une princesse, il devait être un hommage au génie d’un grand peintre. Les modifications subies pour se plier à des idées nouvelles ne portent cependant que sur les parties séparées : l’ensemble est resté le même. Au lieu du portrait de la jeune épouse d’un prince de Saxe, on devait admirer le masque et la barbe du Titien, véritable prince de l’école de Venise. A la place de la Vertu qui soutient l’urne, et de la Bienfaisance qui conduit l’aveugle, on eût vu les Arts errer processionnellement autour de cette pyramide. Il existe une terre cuite, un dessin, un programme de cette composition première.

Les circonstances ayant changé, c’est-à-dire le chevalier Zuliano, auteur delà première entreprise, ayant été frappé d’une mort imprévue, la pensée de l’artiste fut conservée; et une cour hérita d’une composition dédiée au talent.

La forme d’une pyramide et la sévère architecture de celle-ci se prêtent parfaitement à servir de fond aux quatre groupes que l’auteur a disposés avec un goût remarquable. Tout respire une douce tristesse, si ce n’est vers la partie la plus élevée du drame pittoresque, ou une divinité emporte en triomphe vers le ciel l’image de Christine, et semble abandonner à la terre les regrets et les pleurs. Le Génie qui repose appuyé sur un lion est dans l’attitude mélancolique que prennent aussi les jeunes filles qui éclairent l’urne avec des flambeaux funèbres, et comme aussi la Bienfaisance qui accompagnait tous les pas de cette fdle de Marie-Thérèse. Tous les âges, tous les sexes, le nu, les draperies : le sculpteur a réuni les richesses entières de son art, et tout concourt à l’effet qu’il a voulu produire.

Le groupe du vieillard aveugle qui occupe les premiers degrés du mausolée est un modèle de beautés neuves et originales. L’antiquité ne fournit rien d’analogue; et il paraît impossible de rendre à la fois avecplus de noblesse et de naïveté l’infirmité et la misère. Remarquez la modestie, la pudeur, les regrets qu’expriment ces jeunes prêtresses; et dans les enfans, cette douleur d’imitation, ces plaintes plutôt copiées que senties, et qui caractérisent si bien un âge d’ignorance. Le mouvement de tous les personnages a cette lenteur de la tristesse, cette solennité du deuil qui frappe les esprits les plus indifférens.

Canova, supérieur en cela à presque tous les sculpteurs anciens, accuse presque entièrement les formes de ses figures dans le bas-relief. Au lieu d’un

Ant . C anova sc .

Publié par Audot

Gravé par Revpü.

M©MHJMÏSHT ©1 la’AmCmniBTIKCMiœSSE CMBUSTraiS l'AÏÏT MCEDŒ.

Publir par Audnt

Publia par And o t

©MADTIKE. Il

©3K,©HJ3PIS xn<

seul aspect offert ordinairement aux yeux, le spectateur peut tourner, pour ainsi dire, autour de ses groupes. Ici, par exemple, vous pourriez, devant le monument, choisir le point de vue qui vous paraîtrait le plus propre pour critiquer ou pour admirer.

Le groupe des trois femmes qui vont déposer dans le sépulcre les cendres de Christine est remarquable par l’expression des mouvemens et la belle ordonnance des draperies; on dirait que la plus jeune prétresse, qui marche la première sous cette voûte sombre, ne peut se défendre de quelque effroi. Elle avance la torche qui l’éclaire et hésite à poursuivre sa route. La Vertu, couronnée de l’olivier symbolique, appuie éloquemment sa tête sur l’urne glacée; toute cette figure se dessine avec majesté sous les larges plis du péplum antique.

Le lion semble pleurer d’une douleur humaine; et appuyé sur la hase du monument, dans l’attitude d’un long repos, on dirait qu’il se consacre à être l’éternel gardien du tombeau. Les festons de fleurs, les couronnes qui se mêlent partout dans les mains et sous les pieds , à travers cette pompe funèbre, sont un poétique souvenir de Lige de Christine et de la rapidité de l’existence humaine.

Page 1