TROIS DANSEUSES
Celle que nous désignons la première est la moins animée dans sa pose. Elle a relevé les longs plis d’une robe qui embarrassait ses pieds. Les deux mains placées sur son corps, comme pour chercher un plus parfait équilibre, elle se dispose à commencer la danse. Un léger sourire entr’ouvre déjà ses lèvres. Sa tète est parée de la fleur consacrée à Therpsicore. Faite pour l’impératrice Joséphine, elle est possédée par l’empereur de Russie.
La seconde a parcouru l’arène. Appuyée sur un tronc d’arbre, elle cherche un moment de repos; mais ses pieds qu’on voit pour ainsi dire s’agiter encore et dont l’un dédaigne de poser sur la terre, la couronne qu’elle garde enlacée dans l’un de scs bras, le geste moitié enfantin et moitié voluptueux qu’elle fait de la main droite, annoncent qu’elle va s’élancer vers un nouveau plaisir, et mériter de nouveaux suffrages. Elle fut exécutée pour le poète Manzoni à Forli.
La troisième est surprise dans tout l’abandon de cette joie qui ne se mesure que sur les accens de la lyre ou des cymbales légères qui résonnent dans ses mains. De brillans cothurnes ornent ses pieds plutôt qu’il ne les défendent. La vigoureuse tension des muscles ne nuit point à la grâce de tout son corps aérien. Celle-ci a été commandée par la princesse russe Rossavmoffski.
Canova a donné la vie à trois danseuses, comme il avait créé trois grâces. Il leur a prêté des attributs et des charmes divers; car il voulait plaire, et il a plu à tous les goûts. Les ruines de Pompei et d Herculanum nous ont rendu de nombreux images de la danse grecque et romaine; en ont-elles offert de plus dignes d’être conservées0