‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 2 sur 33 · MONUMENT DE CLÉMENT XIV · texte numérisé non relu

MONUMENT DE CLÉMENT XIV

Ce n’cst pas le sentiment d’un vain orgueil, et le tribut obligé d’un népotisme enrichi qui a élevé ce monument : c’est une noble et sincère reconnaissance. Peu de princes ont été plus dignes des souvenirs de la postérité que cet indulgent pontife, philosophe, qui fit asseoir tant de vertus sur le trône de saint Pierre.

Le tombeau de Laurent Ganganelli s’élève dans l’église des Saints-Apôtres de Rome. Il est placé dans un entrecolonnement d’ordre composite. La base du mausolée ouvre une porte qui communique au lieu même ou sont déposées les dépouilles de l’illustre pape. Un peu en arrière de la saillie de celle porte se dessine une plinthe de marbre. Elle soutient l’urne sur laquelle se penche dans l’attitude d’un profond regret la figure de la Tempérance. Le frein symbolique est aux pieds de cette Vertu. Sous un vaste dais une chaise curule reçoit le pontife lui-même. Sa main gauche est appuyée sur cette chaise; sa main droite s’élève en se courbant, comme s’il l’étendait sur tout un monde soumis à sa puissance.

Dans l’architrave supérieure se groupent des clefs, une tiare, et les deux mains en croix, qui sont le symbole de l’ordre des Mineurs conventuels, auquel appartenait Ganganelli.

A gauche du pontife est assise sur la base du monument, et les pieds appuyés sur le socle, une figure de laDouleur ou de l’Humilité. L’agneau divin repose auprès d’elle. Elle a les yeux baissés; ses doigts, dont la longueur est un peu exagérée dans leur élégance, s’entrelacent pour retomber naïvement sur ses genoux. Ses yeux sont modestement fixés vers la terre. Résignée à sa douleur, elle souffre et ne murmure point; elle se soumet à une perte cruelle en adorant la volonté de Dieu. Cette statue a un caractère singulier; l’ajustement des draperies concourt à l’effet de son expression évangélique. Le type en appartient tout entier au génie de notre sculpteur.

Ce fut à lage de vingt-quatre ans qu’il exécuta ce bel ouvrage. Son ensemble imposant frappe encore le spectateur, comme aux premiers jours de son apparition. La seule critique qu’aient essayée contre lui ses envieux contemporains fut de répéter que les draperies et l’ordonnance rappelaient trop les compositions grecques. Cette critique , si elle était fondée , ne seraitelle pas elle-même un éloge ?

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