‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 3 sur 33 · PSYCHÉ ENFANT · texte numérisé non relu

PSYCHÉ ENFANT

(>ettc figure a tous les caractères de la simplicité et de la candeur. Elle accuse a peine treize ou quatorze années; les formes n ont pas acquis tout 1( au développement; les plus gracieux contours viennent de naître.

Ingénue et timide , Psyché tient de la main droite un papillon, dont elle craint d effleurer les ailes, et de la main gauche elle semble le soutenir. Son attention se concentre toute sur cet unique objet; elle l'observe; sa tète cst légèrement inclinée vers lui, et rien ne la pourra distraire de ce frivole amusement. Aucun soin de plaire et de paraître belle ne domine dans son expression; 1 arrangement de ses cheveux, la pose entière de son corps ne uecelent aucun art, aucun mouvement de coquetterie luttant avec la pudeur ; elle est demi-nue, et nulle pensée voluptueuse ne peut errer autour de ce corps, qui s embellira bientôt de tout ce que peut donner le temps et l’amour.

Les extrémités sont traitées avec finesse; les draperies sont moelleuses et légères. I n doux contentement anime tout ce marbre ; il est un des ouvrages ies pllls Srecs clue le sculpteur ait composés. Canova exécuta deux fois sa pensee, mais il lui a fait subir des modifications remarquables.

Cette statue fut destinée au chevalier Zuliano, un des protecteurs et des Mécènes les plus éclairés de l’artiste; mais comme la délicatesse du seigneur vénitien était grande, il fallut employer beaucoup de temps et de négociations intermédiaires pour la lui faire accepter. L’architecte Silva fut, après beaucoup d’autres, choisi pour faire agréer le présent. Il y avait réussi quand la mort vint surprendre Zuliano. Ce riche amateur avait commandé une médaille qu’on devait frapper en or, pour l’envoyer à l’artiste et à ses admirateurs. Ses héritiers, privés des livres et des objets d’art qu’une disposition testamentaire léguait à une bibliothèque publique , refusèrent de recevoir la Psyché. Elle n’arriva à Venise que plusieurs jours après la mort de Zuliano. La médaille et la statue furent long-temps soustraites aux regards des amis de la sculpture. Canova lui-même n’avait pas voulu reprendre son ouvrage; soit que la perte de son ami lui rendît amère la vue du présent qu’il voulait lui faire, soit qu’il pensât qu’un nouveau voyage de Venise à Rome pût compromettre la fragilité du marbre. Enfin le comte Mangili acheta la Psyché, et sa maison devint le rendez-vous de tous les connaisseurs , dès que cette statue y fut placée. Après la mort d’un des héritiers Zuliano, le coin de la médaille commandée en l’honneur de Canova passa aux mains de l’architecte Silva: il en fit quelques exemplaires sur cuivre et sur argent. La destinée de ce marbre était encore loin cependant d’être accomplie. La reine de Bavière eut occasion de le voir; elle fut singulièrement frappée du mérite qu elle y avait remarqué, et Napoléon 1 acheta pour le lui donner.

C’est dans Saint-Pierre de Rome , ail sein du plus beau temple que ]e christianisme ait consacré à Dieu, que s’élève ce monument. Le pontife auquel il est dédié, Rezzonico, ancien évéque de Padoue, n’a laissé à la postérité que le souvenir de quelques vertus privées , et d’une douceur si timide qu’elle ne lui permit pas même d’accomplir l’acte de justice que fit son successeur en abolissant la société de Jésus.

Mais son tombeau préserva sa mémoire de l’oubli. Cette composition est un ouvrage de la jeunesse de Canova. Il semble qu’il ait commencé par où finissent les autres maîtres, et qu’il ait mérité, dès le début de sa carrière, cette renommée que n’ont point démentie ses autres ouvrages.

L’originalité architecturale de cette masse imposante concourt à l’expression de dignité et de simplicité qui en caractérise-toutes figures. Le souverain pontife occupant la partie la plus élevée , à genoux et dans toute l’attitude d’une fervente dévotion, la Religion qui pose sa main gauche sur le sarcophage , et le Génie en pleurs assis vers la partie droite du monument , composent entre eux un ensemble de la plus heureuse harmonie. L’œil passe de l’une à l’autre de ces figures sans exiger cette espèce de rhjthme et de symétrie qui est une disposition si vulgaire dans les arts du dessin. Il était difficile de grouper des personnages depuis la cime jusqu’à la base d’une pyramide : les lions posés sur le premier soubassement ont vaincu cette difficulté avec un grand succès.

La place qu’occupe ce mausolée à Rome est peu favorable à en faire valoir les détails. C’est un entrecolonnement qui est éclairé par le coté gauche; et Canova, qui connut d’avance cette disposition des localités, eut sans doute à regretter de ne pouvoir changer sa composition à peu près comme la gravure renverse l’ordonnance des tableaux. Mais l’étiquette ecclésiastique défendait à l’artiste de placer la Religion autre part qu’à la droite du pape, et la figure du pape lui-même vis-à-vis l’entrée du temple. Il suit de cette nécessité que la figure de la Religion projette une grande ombre sur le reste du mausolée, et que la statue du souverain pontife est portée ellemême sous un jour obscur et faux. Ce chef-d’œuvre de notre sculpteur n’est peut-être bien vu que sous la lumière artificielle de la grande croix du vendredi saint.

Probablement c’est aussi cette fâcheuse disposition des ombres qui fait paraître lourd le personnage de la Religion et toutes ses draperies un peu raides. Mais la tête du pape, le Génie funéraire, et les deux lions, sont au premier rang des ouvrages modernes. Le masque de Rezzonico est particulièrement admiré. Comment toucher en effet le spectateur, l’elever, en ne

Rovefl.

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faisant exprimer qu’un sentiment de dévotion à ce masque d’un vieillard charge d’années et d’embonpoint, privé de barbe et de mouvement? Qu’un Aaron , un Moïse, un prêtre antique, ceint du bandeau sacré, accomplissant l’action d un sacrifice sous de pittoresques vêtemens, servent à la poésie de la sculpture, on le conçoit; mais sans aucune de ces ressources, il est merveilleux qu’on puisse saisir l’ame d’un si profond intérêt et montrer un homme conversant pour ainsi dire avec Dieu.

Canova s’est dédommagé d’avoir quitté les routes de l’idéal antique en revenant à ce Génie qui tient un flambeau renversé. Il en a caressé tous les détails; le torse est achevé comme celui du jeune Apollon de Florence. On sent que l’auteur a épuisé pour l’embellir le souvenir de tous les modèles consacrés et toutes les ressources que pouvait lui offrir la nature vivante.

Les lions sont l’emblème de cette force qu’on suppose aux rois de la terre. L’un pousse un rugissement que vous croyez entendre; il ouvre une gueule où le spectateur place quelquefois sa main pour la retirer avec la secrète joie d’échapper à un péril. L’autre sommeille; il ne paraît pas moins terrible. Ni l’un ni l’autre ne le cèdent, pour la vérité et la beauté, à ces fameux lions de basalte venus d’Egypte pour être placés au pied du Capitole, ni au lion Barberini , le plus célèbre de ceux que l’antiquité nous a conservés. Celui qui dort est peut-être le plus imposant : c’est la véritable image de la tranquillité dans sa force.

A guisa di leon, quando si posa. Dante.

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