‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 24 sur 33 · POLYMNIE · texte numérisé non relu

POLYMNIE

Le plus illustre de nos archéologues, Yisconti, a judicieusement observé que c’était à Polymnie que Numa avait fait allusion lorsqu’il expliquait aux Romains la sagesse de ses institutions par le commerce d’une Muse qu’il leur fit adorer sous le nom d’Egcrie. C’est par une belle et noble succession d’idées que les anciens avaient choisi Polymnie, déité pensive et rêveuse, pour présider au mystère, au recueillement, à la mémoire, et à des fables dont l’action se représente en silence par le geste des acteurs. Polymnie est la plus occupée des neuf sœurs. Canova l’a montrée assise : qui n’accorderait son suffrage a une pose si conforme aux fonctions que doit accomplir le personnage, et si propre à faciliter l’opération d’un esprit qui examine et repasse en lui-même les événemens qui seront l’histoire? Les artistes grecs avaient les mêmes idées sur cette figure; car il l’ont reproduite dans un semblable état de tranquillité, appuyée sur un rocher, et le menton reposant sur sa main dans une telle attitude , qu’il faudrait qu’elle en changât pour parler.

S’il fallait répondre aux critiques qui repoussent l’idée d’une Muse assise, et qui semblent douter que les anciens aient consacré une telle ordonnance, nous rappellerions que la Clio et TUranie retrouvées parmi les peintures d’Herculanum ont une analogie directe avec la statue qui est sous nos yeux; et qu’il existe des rapports jusque dans les siégés mêmes sur lesquels elles reposent.

Ici Polymnie presse de son poids léger un coussin qui fléchit à peine ; son dos est appuyé avec la même délicatesse; la tête s’incline à droite; toute la figure a de la noblesse et de la majesté. Vêtue d’une riche tunique attachée sous le sein et tombant en plis inégaux, elle porte un ample manteau de laine : l’ensemble de ces belles draperies ajoute à la sérénité, à la grâce de toute la statue.

La main droite, déployée et portée vers la tête, indique une préoccupa-

Orav* V

fJKCJ

. \\\l toVÂ V|M

ÉtëJf vï^

i -cî 1

\ ’-Cj

>tèKÿ

iiUM”

tion noble et profonde; l’autre main, qui repose mollement sous les draperies, est accusée par des plis heureux. Les cheveux sont traités avec toute l’élégance qui caractérise une Muse; mais toutefois le sculpteur n’a pas voulu qu’ils fussent couronnés du feston de roses, ordinaire attribut de Polymnie: non qu’il ait redouté que cet emblème ne donnât à sa figure quelque ressemblance avec Flore, mais parce qu’il a jugé que les fleurs qui ne durent qu’un jour ne pouvaient parer un front oii reposent des idées immortelles. Le feston de roses n’abandonne pas toutefois la déesse , mais il orne plus convenablement l’un des bras de la chaise antique. Un masque scénique est aux pieds de Polymnie : c’est le symbole de sa puissance dans l’art des mimes. Le bras, la main et les pieds, sont finis avec la supériorité que porte habituellement Canovadans ce genre de détails. Polymnie est la Muse du du philosophe, du poète, du législateur et de l’artiste : c’est la divinité de notre sculpteur.

Cette figure, portrait d’une princesse de Lucques, est à Vienne.

Page 1