‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 26 sur 33 · LES GRACES · texte numérisé non relu

LES GRACES

Canova devait représenter les Grâces. Elles ont animé tous ses ouvrages; et la critique sévère qui a quelquefois contesté à son talent la vigueur et la force, n’a jamais nié qu’il 11e fut constamment sous l’inspiration de ces trois déesses, qui ont eu dans la Grèce d’innombrables autels. Il a su donner un caractère identique et pourtant distinct à chacune des sœurs. Euphrosine a plus de mollesse et d’abandon que Thalie ; Aglaé les surpasse l’une et l’autre par l’expression affectueuse qui sert comme à envelopper et à unir ce groupe.

Il était bien difficile de donner à ces figures une pose nouvelle : Canova a résolu ce problème avec bonheur. Il a évité l'éternelle manière de les réunir en les montrant l’une de face et les deux autres de dos, ou deux vues de face et la troisième de dos. C’est là l’infaillible aspect qu’elles présentent chez les anciens. Tous les sculpteurs modernes se sont empressés d’imiter ce type; ils ont toujours dessiné les jambes et les bras dans la plus exacte symétrie.

Canova a reproduit avec une extrême sagacité les finesses de son sujet, et tous les attributs de cette riche allégorie. Les Grâces devaient être nues, et pourtant voilées, car la modestie est aussi une grâce; et le tissu léger qu’il a fait flotter autour d’elles les pare sans les couvrir. Comment décrire et analyser ce sujets Gecrit-on la grâce? Que dire de ces hias moelleux, de ces mains délicates, de cet embrassement affectueux qui joint les trois divinités? Elles sont plus belles que la beauté même; leur charme se sent, il ne se discute pas ; et tant de perfection idéale n’exclut pourtant point la

simplicité.

Le sculpteur a rendu par un savant artifice toutes les significations de la grâce : car cette triple divinité n était pas seulement dispensatrice des agir-

mens du corps, de la joie, de l’égalité d’humeur, de la libéralité, de l’éloquence et du savoir, comme le dit Pindare; mais les Grâces présidaient aussi aux bienfaits, à la reconnaissance. Tous les peuples ont donné le nom de gratitude à la mémoire du cœur.

Les cheveux sont disposés avec une rare élégance, et sans affecter la recherche. Les extrémités et les flancs sont traités avec une grande supériorité d’exécution. Un autel s’élève derrière le groupe pour le soutenir; des guirlandes de fleurs sont aussi ajustées pour concourir à ce but: c’est un moyen ingénieux de faire servir l’utilité à l’ornement, et de soutenir les Grâces avec des Heurs. Le talent de Phidias est partout mêlé à l’esprit voluptueux d’Anacréon.

Ce fut l’impératrice Joséphine qui commanda cet ouvrage à l’auteur. Elle avait senti que les inséparables déesses n’abandonneraient point l’artiste dont la vie entière fut un sacrifice à leurs autels. Elle était bien digne d’indiquer un tel sujet; il ne fut exécuté entièrement qu’après sa mort; mais le souvenir de sa bonté sera aussi durable que le marbre de Canova.

Ce groupe charmant fut placé à Monaco , dans le palais du prince Eugène.

FABIS.

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