UNE NYMPHE
Ce marbre fut exécuté à la fin de l’année i8i5 : c’est un des derniers ouvrages de l’auteur. Cette nymphe si belle de sa nudité , couchée sans voiles comme sous le ciel de la Grèce, comme auprès des ondes tièdes de la mer d’Ionie, repose aujourd’hui sous le climat brumeux de l’Angleterre. Un roi est son bote; et les grâces qu’elle aurait droit de chercher autour d’elle, sont exilées de sa prison.
Elle rappelle un moment la pose de la Vénus victorieuse ; mais l’expression du triomphe et de la vanité devient ici une ingénuité mêlée d’étonnement et de plaisir. Elle se réveille : son corps, à demi soulevé, se tourne pour écouter un jeune Amour qui touche une lyre à ses pieds; et sa tête s’appuie légèrement sur sa main. Elle semble se recueillir pour saisir plus voluptueusement l’harmonie qui l’arrache à des songes.
Vénus est majestueusement couchée sur de fastueux coussins, le Torus antique qui la supporte est couvert de riches ciselures; la Nymphe est étendue sur une peau de lion. Les simples draperies qui sont sous ce corps si bien modelé, ne s’éloignent point du style rustique.
L’attitude est pleine encore de ce doux abandon que donne le sommeil. C’est dans le mouvement seul de la tête que vit l’expression que le sculpteur a voulu lui donner. Aux idées que font naître ces formes si élégantes et si dévoilées, il a voulu ajouter, par l’attitude méditative de son personnage, je ne sais quel sentiment élevé et divin qui fera prendre le change à la préoccupation de nos sens.
Nous savons que telle était en effet sa pensée. En l’analysant, nous ne craignons point de tomber dans ces vagues commentaires, dans ces visions plus ou moins ingénieuses, que la critique a souvent accrédités en examinant les œuvres classiques. Il n’arrivera jamais que nous prêtions à Canova des intentions qui lui ont été étrangères.
L’Amour naissant qui repose aux pieds de la nymphe est d’un style gracieux et aérien; deux ailes légères frémissent sur ses épaules; scs faibles doigts touchent les cordes sonores, et ses yeux s’élèvent vers le ciel, comme si les accens qu’il produit lui communiquaient à lui-même une émotion voluptueuse. Sa tête est charmante; et celle de la nymphe une création admirée par les détracteurs les plus chagrins du talent de notre artiste.
On ne peut reprocher à cette figure que d’avoir la tête appuyée, d’une façon un peu maniérée, sur un seul doigt de la main gauche. Cette critique serait même d’autant plus juste, qu’une telle ordonnance de composition
revient avec trop de complaisance dans les différentes statues du même auteur.
Cette part une fois faite au droit de blâmer que notre impartialité nous réservera toujours, il faut nous hâter d’ajouter que ce défaut est peut-être le seul qu’on puisse remarquer dans cette figure. Elle est évidemment un des chefs-d’œuvre du ciseau de Canova.