‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 5 sur 33 · VÉNUS ET ADONIS · texte numérisé non relu

VÉNUS ET ADONIS

Ces deux personnages sont debout; et la pose d’Adonis indique l’action du départ. Le javelot qu’il tient à la main, le chien qui le devance, sont les attributs de la chasse qui le réclame. A la mélancolie déjà répandue sur les traits de ce beau visage, on pressent quels destins lui sont réservés dans les forêts de Calvdon.

Vénus, respirant la tendresse et la volupté, n’est couverte que d’un voile négligemment suspendu à ses flancs; et ce voile demande à tomber. Elle essaie de retenir son amant, en s’appuyant mollement sur son épaule, et en le battant doucement par une de ces caresses naïves que l’art de plaire reprend à la nature, quand il a épuisé toutes ses ruses. Les doigts de cette main ont une grâce, j’oserais dire une expression qui caractérise la mère des Amours, cherchant à séduire le plus aimé des mortels qu’elle ait comblés de ses faveurs.

Adonis , comme pour prononcer l’adieu, au moment même oii il s’éloigne, passe légèrement son bras autour de la taille de la déesse, et il la regarde. Mais quoi! son bras n’étreint plus, et son regard ne voit pas. Elle est enivrée de sa tendresse; et lui, distrait et glacé; il semble, hélas! n’éprouver déjà que le sentiment de la reconnaissance, que l’amour trouve si ingrat!

Ce groupe sera admiré de ses juges, dans l’un et l’autre sexe; mais certainement il plaira moins aux femmes. Pardonneront- elles, même à ce marbre, d’accuser une affection moins vive que celles qu’elles ressentent? Si l’une d’elles eût conçu l’idée d’un tel ouvrage, les expressions des deux figures eussent été absolument inverses. On peut du moins assurer qif Adonis aurait manifesté les mêmes regrets que Vénus.

Cette Vénus, malgré le séduisant abandon de ses membres, malgré sa tête divine et l’expression de suppliante qui l’embellit, plaît moins généralement qu’ Adonis. Serait-ce que la prière et l’humilité sont des sentimens* qui lui conviennent peu? Faudrait-il avouer qu’une femme qui supplie est

moins sûre de son triomphe que celle qui commande? Et ce groupe de Canova renfermerait-il , avec un modèle de sculpture, une leçon de coquetterie et de morale ?

Quoi qu’il en soit, ce groupe fut un des premiers ouvrages de l’auteur. Mais sa pensée première, rendue avec feu dans une esquisse, n’a revêtu des formes durables que plusieurs années après. Cet ouvrage est possédé par le marquis Berio, et placé à Naples, dans une espèce de temple élevé pour lui seul dans le jardin d’un palais.

Nous avons besoin d’avertir ici nos lecteurs que les esquisses qui accompagnent ces notes, quelque soin que nous mettions à leur exécution, ne peuvent donner une idée absolument complète du mérite des compositions de Canova. Les finesses du détail , la manière souvent si habile dont le masque, le cou, les reins, les extrémités, sont traités, échappent quelquefois aux petites proportions de nos dessins. Il est telles statues médiocres qui pourraient gagner à cette analyse du crayon, pourvu que l’ordonnance du sujet fût bonne ; et tel chef-d’œuvre peut perdre sa perfection dans une traduction sèche et abrégée. Mais, encouragés par d’honorables suffrages, nous persistons h juger que nos traits peuvent du moins rappeler les marbres a ceux qui les ont vus, et faire désirer aux autres d’en étudier de plus près les beautés.

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