‹ Œuvre choisi de CanovaChapitre 9 sur 33 · PERSÉE · texte numérisé non relu

PERSÉE

Ce fils fie Jupiter et de Danaé a reçu du roi Polyclète l’ordre de tuer Méduse, une des Gorgones. Il a obtenu de Pluton, qui le favorise, un casque qui peut le rendre invisible , et une épée. Mercure lui a prêté ses doubles ailes.

On sait que le monstre dont il vient de trancher la tête était une jeune fille d une beauté rare, dont les cheveux étaient particulièrement admirables. Minerve , prenant , pour satisfaire sa jalousie, je ne sais quel prétexte d’un manque de respect dont la vierge se serait rendue coupable envers elle, a change en horribles serpens une partie de celte blonde chevelure.

Canova a voulu représenter le demi-dieu à l’instant même oit sa victoire est accomplie. 11 tient d une main la tète sanglante, et de l’autre l’épée du maître des enfers. Son front est armé du casque divin, qui rappellerait, dans sa forme, le bonnet des pasteurs de Phrygie, s’il n’était surmonté de deux ailes. D’élégantes boucles de cheveux accompagnent cette coiffure ; une draperie enveloppe le bras gauche et descend jusqu’aux pieds. Persée tient cette tète de la Gorgone, qu’il considère avec orgueil, et sans ressentir l’eff roi qui a si long-temps pétrifié les imprudens dont elle attirait les regards.

Toute la figure du héros repose sur le pied gauclie. Le pied droit semble prêt à se mouvoir; l’extrémité des doigts touebe seule la terre, mais ils la pressent encore avec puissance; on voit sur le visage la colère expirer, et la pitié qui va naître. Quelques plis du front et le mouvement des narines indiquent un reste d’irritation. Mais la pose de la tête et l’expression des lèvres annoncent déjà le sourire que produira le triomphe. L’artiste a voulu que les formes de sa statue fussent à la fois d’une pureté idéale et d’un naturel frappant; qu’elles fussent de l'homme et du dieu, qu’elles participassent de la terre et du ciel, qu’elles rappelassent l’étrange naissance de Thésée.

Le masque de Méduse est horrible et beau, dans des proportions surhumaines. Les deux impressions qu’il produit à la fois expliquent l’allégorie qui s’allie à ce souvenir.

Canova nous attache à considérer cette tète avec une attention qui n’est pas indigne de l’effet qu’elle produisait jadis. Tous les muscles accusent la défaillance des forces. La mort est si bien empreinte sur cette bouche demi-ouverte, sur ces joues qui se creusent , sur ces narines qui s’allongent, que vous en suivriez les progrès si vous y arrêtiez un moment de plus vos regards. Admirable effet du talent! L’art ne peut disposer que d’un moment; il n’a qu’une expression à rendre; et pourtant le présent qu’il vous montre rappelle vivement le passé, et jette votre imagination dans un avenir qui se peint déjà tout entier. La statue de Persée est au Vatican.

DAMOXÈNES ET GREUGAS.

Ces deux noms d’athlètes sont particulièrement restés dans la mémoire, à travers une foule de combattans qui ont illustré les jeux de la Grèce antique. Ils doivent cette renommée à l’espèce d’horreur qui s’attache au souvenir de la lutte qui termina les jours de l’un d’eux. Le pugilat n’est pas seulement ridicule, il est atroce.

Damoxènes et Creugas , disputant la couronne aux jeux néméens , combattaient depuis l’aube du jour sans que la victoire se fût déclarée. Voyant la nuit approcher, ils convinrent que chacun donnerait alternativement un coup a l’autre, et que la force de ce dernier coup déciderait le triomphe. Creugas frappa le premier son rival; il le frappa à la tète, et sembla l’avoir étourdi; mais Damoxènes, revenu à lui, se prépara à rendre l’atteinte qu’il avait reçue. Il engagea ironiquement son adversaire à défendre son front avec le bras gauche, puis rassemblant toutes ses forces et serrant violemles doigts de la main droite, il lui adressa un coup si terrible dans les flancs, que les ongles de fer du ceste pénétrèrent jusqu’aux entrailles, et Damoxènes les retira avec sa main victorieuse.

Un cri d’horreur partit des amphithéâtres. Creugas expira à l’instant meme. Les Grecs, qui avaient déjà fait une loi qui privait de la couronne tout vainqueur au pugilat dont l’adversaire aurait été tué, condamnèrent Damoxènes à l’exil , couronnèrent le cadavre de son rival, et lui élevèrent une statue qui fut placée dans le temple de Jupiter lycéen.

Tardifs regrets, lutte exécrable! du moins les nations modernes , qui ont sj servilement copié les Grecs, n’ont point imité ce détail de leurs mœurs. Les Anglais exceptés, que! peuple civilisé n’aurait aujourd’hui horreur et mépris d’un pareil combat?

Et ce sont les Grecs qui l’inventèrent et qui l’ont honoré! Les Grecs, nés sous un ciel si doux , dans un climat si généreux , au milieu d’une nature si clémente! Si les peuples disgraciés du nord, les Sarmates et les Tartares, obéissaient ainsi à la rigueur d’une patrie qui est toute en hostilité autour d’eux, ou à la brutale inspiration des liqueurs fermentées, on le concevrait; mais les sobres habitans de l’Attique, les heureux pasteurs qui se délassaient dans les ondes tièdes des mers d’Ionie, cette cruauté est un révoltant contraste avec l’amitié de la Providence envers eux.

Ces rapports inverses sont pourtant attestés plus d’une lois, en plus d un pays, et en plus d’un siècle, par l’histoire. On trouve trop souvent comparables la barbarie septentrionale et les emporlemens du midi. Les zones tempéi’ées sont «à l’abri de ces affreux exemples; mais Naples connaît les

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par Au dot

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fureurs de Moscou; et notre Marseille elle-inême a reproduit les excès qui ont effrayé la Russie.

Canova a choisi le moment où Creugas, après avoir frappé le premier, et déposé les cestes dont il était armé, se couvre la tête du bras gauche, et présente ainsi le flanc a son adversaire. La nature, qui semble n’avoir rien de voile pour notre sculpteur, lui a révélé quel aspect de muscles devait présenter le malheureux dans cet instant. Cette vigoureuse tension est la cause même de sa mort; car il n’est pas vraisemblable que l’atteinte eut ete mortelle sur un corps flexible et sans résistance. Creugas a des formes d’une beauté particulière, et qui semblent propres à caractériser l’athlète. Le masque, a moitié voilé, est d’une sévérité régulière. Les plis fortement ondulés du front, et le rapprochement des sourcils, indiquent parfaitement 1 état de l’aine. Cette tête exprime encore le désir de remporter la victoire.

Damoxènes, d’une force supérieure et d’une habitude de membres qui exclut la grâce et indique la férocité, se replie sur lui-même pour affermir le coup mortel. Son front n’a rien d'héroïque; sa pose n’a de noblesse que celle d une vigueur étrangère à l ame : il va triompher dans un combat humain comme triompherait un monstre unissant la rage du tigre à la puissance aveugle du taureau.

Damoxènes et Creugas font partie du Musée du Vatican.

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