Quarter^ aller à quatre
DES DAMES. il
homme brave et vaillant^ qui fut massacré^ allant voir sa maistresse^ par la trahison et menée d'ellemesme que le mary luy avoit fait faire ^ : que s'il n'eust eu si bonne présomption de sa valeur comme il avoit, certes, il eust bien pris garde à soy et ne fust pas mort, dont ce fut grand dommage. Grand exemple, certes, pour ne se fier pas tant aux femmes amoureuses, lesquelles, pour s'eschapper de la cruelle main de leurs maris, jouent tel jeu qu'ils veulent, comme fit cette-cy qui eut la vie sauve ^ et l'amy mourut.
U y a d'autres marys qui tuent la dame et le serviteur tout ensemble, ainsi que j'ay ouy dire d'une très-grande dame' de laquelle son mary estant jaloux, non pour aucun effect qu'il y eust certes, mais par jalousie et vaine apparence d'amour, il fit mourir sa femme de poison et langueur, dont fut un très grand dommage, ayant paravant fait mourir le serviteur, qui estoit un honneste homme, disant que le sacrifice estoit plus beau et plus plaisant de tuer le taureau devant et la vache après.
Ce prince fut plus cruel à Tendroict de sa femme
i . Bassy d'Amboise assassine le 19 aodt 1579 par Montsoreau. Nous en avons déjà parlé tome VI, p. 191.
2. Cette ^ande dame est Éléonore de Tolède que son mari, le grand duc de Toscane, Gosme P', fut accusé d'avoir empoisonnée. — La fille dont parle Brantôme est Isabelle , mariée en i 553 à Paolo Giordano Orsini, duc de Bracciano, chevalier de l'ordre du roi, qui la tua en juillet 1576, deux ans après la mort de Gosme. Son dernier amant, Troïle Orsini, fut, le 30 novembre 1577, assassiné à Paris où il s'était réfugié. — Voyez Litta, Famiglie celebri italiane^ fasc. XVII, part. V, tavola XTV, et L'Esloile, année 1577.
qu'il ne fut après à Pendroît d'une de ses filles* qu'il avoit mariée avec un grand prince, mais non si grand que luy, qui esloit quasi un monarque.
Il eschappa à celte folle femme de se faire engroisser à un autre qu'à son mary, qui estoit empesché à quelque guerre; et puis, ayant enfanté un bel enfant, ne sceut à quel sainct se vouer, sinon à son père, à qui elle décela le tout par un gentilhomme
f en qui elle se fioit, qu'elle luy envoya. Duquel aussi-
l tost la créance' ouye, il manda à son mary que, sur
sa vie, il se donnast bien garde de n'attenter sur celle de sa fille, autrement il attenteroit sur la sienne, et
I le rendroit le plus pauvre prince de la chrestienté ,
comme estoit en son pouvoir; et envoya à sa fille une galère avec une escorte quérir l'enfant et la nourrice; et l'ayant fourny d'une bonne maison et
I entretien, il le fit très-bien nourrir et élever. Mais
au bout de quelque temps que le père vint à mourir, par conséquent' le mary la fit mourir.
J'ay ouy dire d'un autre qui * fit mourir le serviteur de sa femme devant elle, et le fit fort languir,
I afin qu'elle mourust martyre de voir mourir en lan-
; gueur ceUiy qu elle avoit tant aymé et tenu entre ses
I bras.
Un autre de par le monde tua sa femme en pleine cour*, luy ayant donné l'espace de quinze ans toutes