‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 100 sur 217 · Treper, grimper; de l'espagnol trepar · texte numérisé non relu

Treper, grimper; de l'espagnol trepar

davantage sur ce sujet. Venons maintenant à l'autre maxime^ touchant cette beauté des belles femmes cpï ne se diminue par vieillesse de la ceinture jusqoes en bas.

Certes, sur cela, cette dame espagnole all^^a pinceurs belles raisons et gentiles comparaisons, accomparant ces belles dames à ces beaux, vieux et superbes édifices qui ont esté, desquels la ruine en demeure encor belle; ainsi que l'on voit à Rome^ en ces orgueilleuses antiquitez , les ruines de ces beaux pallais , ces superbes colissées et grands termes S qui monstrent bien encore quels ils ont esté, donnent encore admiration et terreur à tout le monde, et la ruine en demeure admirable et espouvantable; si bien que sur ces ruines on y bastit encor de trèsbeanx édifices, monstrant que les fondements en sont meilleurs et plus beaux que sur d'autres nouveaux; ainsi que l'on voit souvent aux massonneries que nos bons architectes et massons entreprennent; et s'ilz trouvent quelques vieilles ruines el fondemens , ils bastissent aussitost dessus, et plustost que sur de nouveaux.

J'ay bien veu aussi souvent de belles gallères el navires se bastir et se refaire sur de vieux corps ^et vieilles carennes^ lesquelles avoyent demeuré longtemps dans un port sans rien faire ^ qui valloient bien autant que celles que l'on bastissoit et cliarpentoit tout à neuf, et de bois neuf venant de la forcst.

Davantage, disoit cette dame espagnole, ne void-

i . Termes^ thermes.

on pas souvent les sommets des hautes tours par les vents^ les orages et les tonnerres estre emportez^ desraudez ' et gastez^ et le bas en demeurer sain et entier? ear tousjours à telles hauteurs telles tempestes s'addressent; mesmes les vents marins minent et mangent les pierres d'en haut^ et les concavent plustost que celles du bas, pour n'y estre si exposées que celles d'en haut.

De mesme^ plusieurs belles dames perdent le lustre et la beauté de leurs beaux visages par plusieurs accidents ou de froid ou de chaud, ou de soleil ou de lune^ et autres^ et, qui pis est, de plusieurs fards qu'elles y applicquent^ pensans se rendre plus belles I et gastent tout; au lieu qu'aux parties d'embas n'y applicquent autre Êœd que le naturel spermatic^ n'y sentant ny froid, ny pluye, ny vent, ny soleil^ ny lune, qui n'y touchent point.

Si la chaleur les importune, s'en sçavent bien ga^ — rentir et se raffraischir; de mesmes remédient av^ froid en plusieurs Êiçons. Tant d'incommoditez e-^ peines y a-il à garder la beauté d*en haut, et peu ^ garder celle d'en bas; si bien qu'encore qu'on ait vet^ une belle femme se perdre par le visage, ne iau ^ présumer qu'elle soit perdue par le bas, et qu'il n'ji^ reste encor quelque chose de beau et de bon, et qu'ià ^ n'y fait point mauvais bastir.

J ay ouy conter d'une grande dame qui a voit estt^ très-belle et bien adonnée à l'amour : un de ses ser^ — • viteui's ancien^ l'ayant perdue de veue l'espace dee

i . Le manuscrit et les éditions portent defraudet; mais je croîs ^ qu'il faut lire desraudez pour tlérodez^ rongés.

quatre ans^ pour quelque voyage qu'il entreprit^ duquel retournant, et la trouvant fort changée de ce beau visage qu'il luy avait veu autresfois, et par ce en devînt si fort dégousté et reffroidy qu'il ne la voulut plus attacqder^ ny renouveller avec elle le plaisir passé. Elle le recogneut bien, et fît tant qu'elle trouva moyen qu'il la vinst voir dans son lict; et pour ce^ un jour elle contrefît de la malade^ et luy l'estant venue voir sur jour *, elle luy dit : « Monsieur, je sçay « bien que vous me desdaignez à cause de mon vic sage changé par mon aage; mais tenez, voyez » (et sur ce elle luy descouvrit toute la moitié du corps nud en bas) « s'il y a rien de changé là. Si mon ir visage vous a trompé , cela ne vous trompe pas. » Le gentilhomme la contemplant^ et la trouvant par là aussi belle et nette que jamais, entra aussitost en appétit^ et mangea de la chair qu'il pensoit estre pourrie et gastée. « Et voylà, dit la dame, monsieur, « voilà comme vous autres estes trompés ! Une autre a fois^ n'adjoustez plus de foy aux menteries de nos « faux visages; car le reste de nos corps ne les res< « semble pas tousjours. Je vous apprens cela. »

Une dame comme celle-là^ estant ainsi changée de beau visage^ fut en si grand' coUère et despit contre luy^ qu'elle ne le voulut oncques plus jamais mirer dans son miroir^ disant qu'il en estoit indigne; et se Êûsoit coiffer à ses femmes^ et, pour récompense, se miroit et s'arregardoit par les parties d'en bas, y prenant autant de délectation comme elle avoit fait par le visage autresfois.

i . Sur jour, le Jour même.

J'ay ouy parler d'une autre dame^ qui^ tant qa^Ue

i coudioit sur jour avec son amy^ elle oouTroil soa

. visage d'un beau mouchoir blanc d'une &ie toiUe

I de Hollande^ de peur que, la voyant au visage^ le

. haut ne refroidist et empeschast la battme du bas,

I et ne s'en dégoustast; car il n'y avoit rien à dire aa

! bas du beau passé. Sur quoy il y eut une fort hon-

' neste dame^ dont j'ay ouy parler^ qui rencontra plai*

! samment, à laquelle un jour son mary luy deman-

l dant pourquoy son poil d'en bas n'estoil devenu

blanc et chenu comme celuy de la teste : « Ab !» dit-

' elle^ a le meschant traistre qu'il est^ qui a fait la

ff folie, ne s'en ressent points ny ne la boit point. li

; a la &it sentir et boire à autres de mes membres et

a à ma teste; d'autant qu'il demeure tousjours sans

« changer, et en mesme estât et vigueur^ en mesme

« disposition, et surtout en mesme chaud naturel^ et

' « à mesme appétit et santé; et non des autres mem-

« bres^ qui en ont pour luy des maux et des dou'

ff leurs ^ et mes cheveux qui en sont devenus Uane^

« et chenus. >»

Elle avoit raison de parler ainsi; car Oette partie leur engendre bien des douleurs^ des gouttes et de^ maux^ sans que leur gallant du mitan s'en sente; et^ par trop estre chaudes à cela^ ce disent les médednS| deviennent ainsi chenues. Voilà pourquoy lès belles dames ne vieillissent jamais par là en toutes les deux façons.

J'ay ouy raconter à aucuns qui les ont pratiquées, jusques aux courtizannes ^ qui m'ont asseuré n'en avoir veu guières de belles estre venues vieilles par là; car tout le bas et mitan ^ et cuisses et jambes.

Dyeni le tout beau , et la volonté et la disposition reille au passé. Mesmes j'en ay ouy parler à plu- !urs marys qui trouvoyent leurs vieilles (ainsi les ^pelloyent-ils) aussi belles par le bas comme jamais^ L vouloir^ en gaillardise, en beauté^ et aussi volonires*, et n'y trouvoyent rien de changé que le vige, et aymoyent autant coucher avec elles qu'en ors jeunes ans.

Au reste, combien y a-il d'hommes qui ayment es vieilles dames pour monter dessus, plustost que ur des jeunes; tout ainsi comme plusieurs qui jmeni mieux des vieux chevaux, soit pour le jour W bon affaire, soit pour le manège et pour le plair» qui ont esté si bien appris en leur jeimesse, qu'en -ir vieillesse vous n'y trouverez rien à dire, tant ils ^t bien esté dressez, et ont continué leur gentille dresse.

^ay veu à Tescurie de nos rois un cheval qu'on ap- Uoit le Quadragani, dressé du temps du roy Henry, avoit jÀus de vingt-deux ans; mais encor tout 'Ux qu'il estoit, il fesoit très-bien et n'avoit rien hi^é; si bien qu'il donnoit encor à son roy, et à tous ^Ul qui le voyoyent manier, du plaisir bien grand. ^ ay veu faire de mesmes à un grand coursier ^'on aj^lloit le Gonzaguej du haras de Mantoue, estoit contemporain du Quadragani.

^*9y veu le moreau superbe, qui avoit esté mis ^t* estalon. Le seigneur M. Antonio', qui avoit la ^1^ du haras du roy, me le monstra à Mun', un

FoUmuUres^ pleines de désirs.

Harc-Antoiiie. — 3. Meun-sur-Loire.

jour que je passay par là^ aller à deux pas et an saulty et à voltes^ aussi bien que lorsque M. de Carnavallet^ Teut dressé^ car il estoità luy; et feu M. de Longueville ' luy en voulut donner trois mille livres de rente; mais le roy Charles ne le voulut pas, qui le prit pour luy, et le récompensa d'ailleurs. Une infinité d*autres en nommerois-je ; mais je n'aurois jamais &it, m'en remettant aux braves esouyers, qui en ont prou veu.

I^e feu roy Henry, au camp d'Amiens, avoit ehoisy pour son jour de bataille le Bajr de la paix, un trèsbeau et fort courcier et vieux; et mourut de la fièvre^ par le dire des plus experts mareschaux, au cam}) d'Amiens; ce qu'on trouva estrange.

Feu M. de Guise envoya quérir en son haras d'£s^ clairon ' le bay Sanson^ qui servoit là d'estalon, pour le servir en la bataille de Dreux, où il le servit trèsbien.

Aux premières guerres, feu M. le Prince^ prit dans Mun vingt-deux chevaux qui servoyent là d'estaloiiis, pour s'en servir en ses guerres; et les départit aux uns et aux autres des seigneurs qui estoyent avec luy, s'en estant réservé sa part; dont le brave Avarel' eut un courcier que M. le connestable avoit donné au roy Henry, et l'appelloit-on le Confère*. Tout vieux qu'il estoit^ jamais n'en fut veu un meilleur; ^

i. François de Camayaiet, mort en i57i.

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