‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 101 sur 217 · Cétait ainsi que Henri H appelait le connétable · texte numérisé non relu

Cétait ainsi que Henri H appelait le connétable

>on maistre le fit trouver en de bons combats, qui iuy servît très-bien. Le capitaine Bourdet eut le Turc, sur lequel le feu roy Henry fut blessé et tué, que feu M. de Savoy e Iuy a voit donné; et Fappeloit-on le Malheureux; et s'ap{)elloit ainsi quand il fut donné lu roy^ ce qui fut un très-mauvais présage pour le roy. Jamais ne fut si bon en sa jeunesse comme il fut en sa vieillesse, aussi son maistre, qui estoit un des vaillants gentilshommes de la France, le faisoit bien valloir. Bref, tout tant qu'il y en eut de ces

estalons, jamais l'aage n'empescha qu'ils ne servissent

bien à leurs maistres, à leur prince et à leur cause.

Aiasi sont plusieurs chevaux vieux qui ne se rendent jamais : aussi dit-on que jamais bon cheval ne devint f'osse.

De mesme sont plusieurs dames, qui en leur vieilîsse vallent bien autant que d'autres en leur jeuesse, et donnent bien autant de plaisir, pour avoir *t^ en leur temps très-bien apprises et dressées; et ^lontiers telles leçons malaisément s'oublient : et ce ^î est le meilleur, c'est qu'elles sont fort libérales ^ laides à donner pour entretenir leurs chevaliers ^ cavalcadours, qui prennent plus d'argent et veu- ^^t plus grand entretien pour monter sur une vieille ^Onture que sur une jeune ; qui est au contraire des ^^^nyers, qui n'en prennent tant des chevaux dres- ^^ que des jeunes et à dresser : ainsi la raison en ^Ui le veut.

XJne question sur le sujet des dames aagées ay-je ^U faire, à sçavoir : quelle gloire plus grande y a-il

fjébauscher une dame aagée et en jouir^ ou une ^Une. A aucuns ay-je ouy dire que c'est pour la

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vieille. Et disoyent que la folie et la chaleur qui est en la jeunesse^ sont de soy assez toutes desbauchéa et aisées à perdre; mais la sagesse et la froideur qui semble estre en la vieillesse, mal aisément se peovent-elles corrompre; et qui les corrompt en est en plus belle réputation.

Aussi cette fameuse courtisanne Lays se vantoit et se glorifioit fort de quoy les philosophes alloyent si souvent la voir et apprendre à son eschole^ plus que de tous autres jeunes gens et fols qui allas^nt. De mesme Flora se glorifioit de voir venir à sa porte de grands sénateurs romains, plustost que de jeunes fols chevalliers ^ Ainsi me semble-il que c'est grand' gloire de vaincre la sagesse qui pourroit estre aux vieilles personnes, pour le plaisir et contentement.

Je m^en rapporte à ceux qui Font expérimenté^ dont aucuns ont dit : qu'une monture dressée est plus plaisante qu'une farouche et qui ne sçait pu seulement trotter. Davantage, quel plaisir et quel plus grand aise peut-on avoir en l'âme « quand oB voit entrer dans une salle du bal, dans une des chambres de la reine, ou dans une ^lise, ou autre grande assemblée, une dame aagée de grand' qualité de alla guisa*, comme dit l'Italien, et mesmes une dame d'honneur de la reine ou d'une princesse, oa une gouvernante d'une fille d'un roy, reine ou grande princesse, ou gouvernante des damoiselles ou SSk& de la cour, que Ton prend et l'on met en cette digne charge pour la tenir sage'? On la varra qui £iit la

1. Voyez plus haut, p. 300. — 2. De haute presUnœ* 3. C est*à-dire parce qu'on la tient pour sage.

DES DAMES. 3ol

mine de la prude, de la chaste^ de la vertueuse^ et

que tout le monde la tient ainsi pour telle ^ à cause

de son aage; et^ quand on songe en soy^ et qu on le

dit à quelque sien fidèle compagnon et confident :

c La yoyez-YOUs là en sa façon grave, sa mine sage

« et dèsdaigneuse et froide , qu'on diroit qu'elle ne

« feroi^ pas mouvoir une seule goutte d'eau? Hébs!

« quand je la tiens couchée en son lict, il n'y a gi-

« muette au monde qui se remue et se revire si

« souvent et si agilement que font ses reins et ses

«fesses. »

Quant à moy^ je croy que celuy qui a passé par là

et lerjpeut dire, qu'il est très content en soy. Hà ! que

j'en ay cogneu plusieurs de ces dames en ce monde,

qui contreÊiisoyent leurs dames sages^ prudes et cen-

soriennes*, qui estoyent très-débordées et vénériennes

quand venoyent là^ et que bien souvent on abattoit

plustost qu'aucunes jeunes, qui, par trop peu rusées,

cruîgnent la lutte! Aussi dit-on qu'il n'y a chasse

q^e de vieilles renardes pour chasser et porter à man-

g^ à;:se8 petits.

Noos lisons que jadis plusieurs empereurs romains se sont fort délectez à desbaucher et repasser ainsi ces grandes dames d'honneur et de réputation^ autant pour le plaisir et contentement^ comme certes il y en a plus qu'en des inférieures, que pour la gloire et honneur qu'ils s'attribuoyent de les avoir débauschées et suppéditées : ainsi que j'en ai cogneu de mon temps plusieurs seigneurs^ jnrinces et gentilshommes^ qui s'en sont sentis très -glorieux et

I • Censoricn^ qui tieot du censeur, sévère.

très -contents dans leur âme^ pour avoir fait de mesme.

Jules Caesar et Oetavie ^j son successeur, sont esté fort ardents à telles conquestes, ainsi que j'ay dit cydevant; et après eux Calligula', lequel, conviant à ses festins les plus illusti*es dames romaines avec leurs maris^ les contemplant et considérant fort fixement^ mesmes avec la main leur levoit la face^ si au* cunes de honte la baissoyent pour se sentir dames d'honneur et de réputation , ou bien d'autres qui voulussent les contrefaire, et des fort prudes et chastes, comme certainement y en pouvoit avoir peu es temps de ces empereurs dissolus, mais il Moil faire la mine et en estre quitte pour œla ; autrement le jeu ne fîist esté bon, conmie j'en ay veu faire de mesmes à plusieurs dames. Celles après qui plaisoyent à ce monsieur l'empereur, les prenoit privément et publiquement près de leurs maris, et, les sortans de la salle, les menoit en une chambre, où il en tiroit d'elles son plaisir ainsi qu'il luy plaisoit : et puis les retournoit en leur place se rasseoir; et devant toute l'assemblée louoit leurs beautez et singularités qui estoyent en elles cachées, les spécifiant de part en part; et celles qui avoyent quelques tares, laideurs et deffectuositez, ne les céloit nullement, aios les descrioit et les déclaroit , sans rien déguiser nj cacher.

Néron fut aussi curieux, qui pis est enoor, de tof sa mère morte, la contempler fixement et mani»

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