Les femmes de bien
les princesses grandes et moyennes, les duchesses grandes et petites , les marquises et marquisotes, les comtesses et contines y les baronnesses et chevalleresses^ et autres dames de grand rang et riche estoffe : sur quoy il ne Êiut douter que si plusieurs empereurs et rois en pouvoyent faire de mesme envers telles grandes dames^ comme cet empereur Calligula, ne le fissent; mais ils sont chrestiens^ qui ont la crainte de Dieu devant les yeui^ ses saints commandements^ leur conscience^ leur honneur, le diffame' des hommes^ et leurs maris, car la tyrannie seroit insupportable à des cœurs généreux. En quoy certes les rois chrestiens sont fort à estimer et louer, de gaigner l'amour .des belles dames plus par douceur et amitié que par force et rigueur; et la cooqueste en est beaucoup plus belle.
J'ay ouy parler de deux grands princes ' qui se sont fort pleus à descouvrir ainsi les beautez, gentillesses et singularitez de leurs dames, aussi leurs déformitez, tares et deffauts, ensemble leurs man^ies, mouvemens et lascivetez, non en public pourtant, comme Calligula, mais en privé, avec leurs grands amis particuliers. £t voilà le gentil corps de ces pauvres dames bien employé. Pensant bien faire et se jouer pour complaire à leurs amants , sont descriées et brocardées.
Or^ afm de reprendre encor nostre comparaison, tout ainsi que l'on void de beaux édifices bastis sur meilleurs fondements et de meilleures pierres et ma-