Liv. II, chap. xxxi. — 2. Louis XH. 3. En
Qui pis est, les Italiens mesprisans une femme qui
€u plusieurs enfans , l'appellent scrofa, qui est à lire une truye; mais, celles qui en produisent de ►eaux, braves et généreux, comme cette princesse a û.t, sont à louer, et sont indignes de ce nom, mais ^ :^ celuy de bénistes de Dieu.
Je puis faire cette exclamation : Quelle mondaine ^ merveilleuse inconstance, que la chose qui est la los légère et inconstante, au temps fait la résistance, ;tt*est la belle femme ! Ce n^est pas moy qui le dis ; ^n serois bien marry, car j'estime fort la constance aucunes femmes, et toutes ne sont inconstantes : ^«t d'un autre de qui je tiens cette exclamation, ^îiéguerois encore volontiers des dames estrangères, ^^•^si bien que de nos françoises, belles en leur au- ^ïime et hyver; mais pour ce coup je ne mettray en ^ rang que deux.
X'one, la reine Elisabeth d'Angleterre qui règne ^jourd'huy , qu'on m'a dit estre encor aussi belle ^e jamais. Que si elle est telle, je la tiens pour une ^^ès-belle princesse ; car je l'ay veue en son esté et '^ son automne. Quant à son hyver, elle y approche f'^ïl, si elle n*y est; car il y a long-temps que ne 1 ^y veue. La première fois que je la vis, je sçay l'aage qu'on luy donnoit alors. Je croy que ce qui l'a i&aintenue si longtemps en sa beauté, c'est qu'elle n'a jamais esté mariée, ny a supporté le faix de ma* riage, qui est fort onéreux, et mesmes quand l'on K)rte plusieurs enfants. Cette reine est à louer en 3utes sortes de louanges, n'estoit la mort de cette
i . Maïs dignes.
2(ifh DES DAMES.
brave, belle et rare reine d'Escosse, qui a fort souillé ses vertus.
L'autre princesse et dame estrangèi*e est madame la marquise de Gouast, donne Marie d'Arragon*, laquelle j'ay veue une très-belle dame sur sa dernière saison ; et je vous le vois dire par un discours que j'abbrégeray le plus que je pourray.
Lorsque le roy Henry mourut^ un mois après mourut le pape Paul quatriesme, Caraffe, et pour l'élection d'un nouveau fallut que tous les cardinaux s'assemblassent. En tr 'autres partit de France le cardinal de Guise ; et alla à Rome par mer avec les galères du roy, desquelles estoit général M. le grand prieur de France *, frère dudit cardinal, lequel, comme bon frère , le conduisit avec seize galères. Et firent si bonne diligence et avec si bon vent en poupe, qu'ils arrivèrent en deux jours et deux nuicts à Civita- Yecchia^ et de là à Rome^ où estant, M. le grand prieur voyant qu'on n'estoit pas encor prest de faire nouvelle élection (comme de vray elle demeura trois mois à faire), et par conséquent de retourner' son frère, et que ses gallères ne faisoyent rien au jjort, il s'advisa d'aller jusques à Naples voir la ville et y passer son temps.
A son arrivée donc, le vice-roy, qui estoit lors le duc d'Alcala^ le receut comme si ce fust esté un loy. Mais avant que d'y arriver salua la ville d'une fort
1. Marie d'Aragon, femme d*Alfonse d'Avalos, marquis del Vasto.