ATMBNT LES DAMES COURAGE^SES
Il ne fut jamais que les belles et honnestes dames n'aymassent les gens braves et vaillans, encore qu* de leur nature elles soyent poltrones et timides; mais la vaillance a telle vertu à Tendroit d'elles , qu'elle* Tayment. Que c'est que de se faire aymer de son ooQ- U^ire^ maugré son naturel I Et qu'il ne soit vrayS Vénus ^ qui fut jadis la déesse de beauté, de toute gentillesse et honnesteté^ estant à mesme^ dans les
• i. Ce discours est le huitième et dernier dans les andemies éditions; nous suivons Tordre du manuscrit. Brantôme Ta rësimé ainsi dans sa Préface : «Le huitième traite comment les beUei, honnestes et généreuses dames ayment coustumièrement les braves, vailiantz et généreux hommes, aussi telz ayment les dames telles et courageuses, ainsi que j'en allègue des exemples d'aucons et aucunes de nos temps. » Voyez tome I, p. 4. S. Cest-à-dire : bien que cela ne soit pas vrai.
ax et en la cour de Jupiter pour choisir quelque oureux gentil et beau et pour faire cocu son ihomme de mary Yulcan^ n'en alla aucun choisir ; plus mignons^ des plus fnngans ny des plus firi^ , de tant qu'il y en avoit^ mais choisit et s'amouha du Dieu Mars, dieu des armées et des vailces, encor qu'il fust tout sallaud^ tout suant de la nnre d'où il venoit^ et tout noircy de poussière^ et 1 propre ce qu'il se peut, sentant mieux son sol- ; de guerre que son mignon de cour; et, qui pis encor, bien souvent^ possible^ tout sanglant reveit des batailles, couchoit-il avec elle sans autre* nt se nettoyer et parfumer.
La généreuse belle reine Pantasilée S la renommée r ayant faict à sçavoir les valleurs et vaillances du nu Hector^ et ses merveilleux faits d'armes qu'il K>it devant Troye sur les Grecqs^ au seul bruit mouracha de luy tant que, par un désir d'avoir m si vaillant chevalliar des enfans, c'est-à-dire es qui succédassent à son royaume^ s'en alla le >uver à Troye; et le voyant, le contemplant et dmirant, fit tout ce qu'elle peut pour se mettre en àce avec luy, non moins par les armes qu'elle fiii- ^it, que par sa beauté, qui estoit très-rare; et jamais ector ne fisiisoit saillie sur ses ennemis qu'elle ne l'y icompagnast, et ne se meslast aussi avant qu'Hector ou 11 Êiisoit le plus chaud; si que l'on dit que, usieurs fois, faisant de si grandes prouesses, elle en soit esmerveiller Hector, tellement qu'il s'arrestoit it court comme ravy souvent au milieu des com-
» Ceci est tire du De ciaris mulieribus de Boccace, ch. xxiiii.
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bats les plus forts ^ et se mettoit un peu à l'escart pour voir et contempler mieux à son aise cette bra^e reine à faire de si beaux coups.
De là en avant il est à penser au monde ce qu'ils firent de leurs amours^ et s'ils les mirent à exécuûoa: le jugement en peut estre bientost donné. Mais tant y a^ que leur plaisir ne peut pas durer longuement; car elle^ pour mieux complaire à son amoureux, se précipitoit si ordinairement aux hasards^ qu'elle fut tuée à la fin parmy la plus forte et plus cruelle meslée. Aucuns disent pourtant qu'elle ne vid pas BecUxr, et qu'il estoit mort devant qu'elle arrivast , dont arrivant et sçachant la mort, entra en un si grand dépit et tristesse y pour avoir perdu le bien de sa veue qu'elle avoit tant désiré et pourchassé de si loingtain paJiSj qu'elle s'alla perdre volontairement dans les plus sanglantes batailles^ et mourut^ ne voulant plus vivre puisque n'avoit peu voir l'objet valleureux qu'elle avoit le mieux choisi et plus aymé.
De mesmes en fit Tallestride ^y autre reine des Amazones^ laquelle traversa un grand païs, et fit je ne sçay combien de lieues pour aller trouver Alexandie le Grand, luy demandant par mercy^ ou à la pareille (de ce bon temps que l'on &isoit, et le donnoit-on pour la pareille) coucha avec luy pour avoir de la lignée d'un si grand et généreux sang^ l'ayant ouy tant estimer; ce que volontiers Alexandre lui acccMrda; mais bien gasté et dégousté s'il eust &it autrement, car ladicte reine étoit bien aussi belle que vaillante. Quintus Curtius^ Orose et Justin Tasseurenl^ éi