Thallestria. Voyes Quinte-Guroe, liv. V
I»S DAMBS. 379
qu'eUe Tint trouver Alexandre avec trois cens dames â sa suitte, tant bien en point et de si bonne grâce , portans leurs armes^ que rien plus. Et fît ainsi la révérence à Alexandre^ qui la recueillit avec un trèsgrand honneur; et demeura l'espace de treize jours et de treize nuicts avec luy, s'accomoda du tout à ses volontez et plaisirs^ luy disant pourtant tousjours que si elle en avoit ime fille, qu'elle la garderoit comme un très-précieux trésor ; si elle en avoit un fils, qu'dle luy envoyeroit, pour la haine extresme qu'elle portoit au sexe masculin, en matière de régner et avoir aucun commandement parmy elles, selon les loix introduites en leurs compagnies depuis qu'elles tu^*ent leurs marys.
Ne faut douter là-*dessus que les autres dames et sous-dames n'en firent de mesme, et ne se firent couvrir aux autres capitaines et gens d'armes dudit Alexandre ; car, en cela, il falloit Êiire comme la dame.
La belle viei^e Camille, belle et généreuse, et qui servoit si fidellement Diane, sa maistresse, parmy les forests et les bois, en ses chasses, ayant senti le vent de la vaillance de Turnus, et qu'il avoit à faire avec un vaillant homme aussi, qui estoit iEnéas, et qui luy donnoit de la peine, choisit son party; et le vint trouver, seulement avec trois fort honnestes et belles dames de ses compagnes , qu'elle avoit esleu pour ses grandes amies et fidèles confidentes, et tribades pensez, et pour fi^iquarelle; et pour l'honneur en tous lieux s'en servoit, comme dit Virgile en sçs jEriéides^'y et s'appelloyent l'une Armie la vierge et
1. Voici les vers de Virgile (lib. XI, vers 655-658} sur lesquels
la vaillante^ et l'autre Tulle , et la troisiesme Tarpée, qui sçavoit bien brander la picque ou le dard^ en deux façons diverses , pensez^ et toutes trois fiUes dltalie.
Camille donc vint ainsi avec sa belle petite bande (aussi dit-on : petit et beau et bon) trouver Turnus, avec lequel elle fit de très-belles armes; et s'advança si souvent et se mesla parmy les vaillants Troyens^ qu'elle fut tuée^ avec un très-grand regret de Tumus j qui Thonnoroit beaucoup^ tant pour sa beauté que pour son bon secours. Ainsi ces dames belles et courageuses alloyent rechercher les braves et vaillants^ les secourans en leurs guerres et combats.
Qui mit le feu d'amour si ardent dans la poitrine de la pauvre Didon; sinon la vaillance qu'elle sentit en son iEneas^ si nous voulons croire Vii^e? Cari après qu'elle Teut prié de luy racconter les guerres, désolations et destruction de Troye^ et qu'il l'en eut contentée , à son grand regret pourtant pour renou* veller telles douleurs , et qu'en son discours il n'eublioit pas ses vaillantises ; et les ayant Didon trèsbien remarquées et considérées en soy^ lorsqu die commença à déclarer à sa âœur Anne son amour, les principales et plus preignantes paroles qu'elle luy dit, furent : « Ali 1 ma sœur, quel hoste est cettui-cy qui
Brantôme a brode avec rimagination licencieuse qui lui est habituelle :
At circam lectae comités, Larinaque virgo,
TuUaque et aeraum quatiens TarpeSa •ecarim,
Iulides : quas ipsa décos sibi dia Camilla
Delegit, pacîsque bonae bellique minisuras.
DES DABfES. 384
^t venu chez moy ! la belle façon qu'il a^ et corn- I)ien se monstre^il en grâce d'estre brave et vaillant^ soit en armes et en courage 1 £t croy fermement <]uil est extrait de quelque race des Dieux; car 3es cœurs villains sont couards de nature ^ » Telles ent ses paroles. Et croy qu'elle se mit à laymer^ t2^:aat aussi parce qu'elle estoit brave et généreuse , et qv^Ke son instinct la poussoit d'aymer son semblable^ a^jB^si pour s'en ayder et servir en cas de nécessité. AS^is le malheureux la trompa et l'abandonna miséra^^lDlement; ce qu'il ne devoit faire à cette honneste d-^:me^ qui luy avoit donné son cœur et son amour, à luy, dîs-je, qui estoit un estranger et un forbanpy. ^cace, en son livre des Illustres malheureux* y f»it un conte d'une duchesse de Furly, nommée Ron^xJde, laquelle, ayant perdu son mary, ses terres et sc>:ki bien , que Caucan , roy des Avarois, luy avoit toxjit pris, et réduite à se retirer avec ses enfants dans s<=>xi chasteau de Furly, là où il l'assiégea ; mais un \^^JK[ qu'il s'en approchoit pour le recognoistre, Roïï^ilde, qui estoit sur le haut d'une tour, le vid, et se ^Dt^t fort à le contempler et longuement ; et le voyant ^^ beau, estant en la fleur de son aage, monté sur un ^^>^au cheval, et armé d'un harnois très*superbe, et qu'il faisoit tant de beaux exploicts d'armes, et ne ^^pargnoit non plus que le moindre soldat des 5iens, en devint incontinent passionnément amoureuse; et, laissant arrière le deuil de son mary et les ai&ires de son chasteau et de son siège, luy manda
i. Enéide, Uv, IV, vers iO-13.