‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 117 sur 217 · C'est le sonnet clxxiy du livre I. U commence ainsi · texte numérisé non relu

C'est le sonnet clxxiy du livre I. U commence ainsi

Amour et Mars sont presque d^une sorte.

2. Charles de la Rochefoucauld, comte de Randan, blessé mortellement au siège de Rouen en i562.

le roy François second Tenvoya en'Escosse foire la paix devant le Petil-Lit qui estoit assiégé. Et ainsi qu'il luy en eust conté bien au long, et toutes les espèces de ses grandes et belles vertus et vaillances, M. de Rendan, qui s'entendoit en amours aussi bien qu'en ^ï^es, cogneut en elle et son visage quelque estin- ^lle d'amour ou d*affection, et puis en ses paroles '^ïie grande envie de le voir. Par quoy, ne se voulant ***^ester en si bon chemin', fit tant envers elle de ^Çavoir, s'il la venoit voir, s'il seroit le bien venu et ^ceu, ce qu'elle l'en asseura, et par là présuma qu'ilz POuiToyent venir en maryage.

£stant donc de retour de son ambassade à la cour, en fit au roy et à M. de Nemours tout le discours; ^ quoy le roy commanda et persuada à M. de Nelï^ours d'y entendre : ce qu'il fit, avec une trèsgrande joye s'il pouvoit parvenir à un si beau royauïtte par le moyen dune si belle, si vertueuse et hotmeste reine.

Pour fin, les fers se mirent au feu : par les beaux doyens que le roy luy donna , il fit de fort grands piféparatifs et très-superbes et beaux appareils, tant tfbabillemens, chevaux, armes, bref, de toutes choses exquises, sans y rien obmettre (car je vis tout cela), pour aller parestre devant cette belle princesse, n'oubliant surtout d'y mener toute la fleur de la jeunesse de la cour; si bien que le fol GreflBer, rencontrant là-dessus, disoit : que c'estoit la fleur des fehves^ par là brocardant la follastre jeunesse de la cour.

Cependant M. de Lignerolles, très-habile et accort gentilhomme, et lors fort favory de M. de Nemours son maistre, fut dépesché vers ladite reine, qui s'en

retourna avec une response belle et très-digne de s'en contenter et de presser et avancer son voyage. El me souvient qu'à la cour on tenoit le mariage quasi pour fait : mais nous nous donnasmes la garde que, tout à coup, ledit voyage se rompit et demeura court, et avec une très-grande despense, très-vaine et inutile pourtant.

Je dirois, aussi bien qu'homme de France, à quoy il tint que cette rupture se fit, sinon qu'en passant, ce seul mot : que d'autres amours', possible, luj serroient plus le cœur et le tenoient plus captif el arresté ; car il estoit si accomply en toutes choses el si adroit aux armes et autres vertus, que les dames â Tenvy volontiers l'eussent couru à force, ainsi que j'en ay veu de plus fringantes et plus chastes, qui rompoient bien leur jeusne de chasteté pour luy.

Nous avons, dans les Cent Nouvelles de la reine de Navarre Marguerite*, une très-belle histoire de cette dame de Milan, qui, ayant donné assignation à feu M. de Bonnivet, depuis amiral de France, une nuict attitra * ses femmes de chambre avec des espees nues pour faire bruit sur le degré, ainsi qu'il seroit prest à se coucher : ce qu'elles firent très bien, suivant en cela le commandement de leur maistresse, qui, de son costé, fit de l'effrayée et craintive, disant que c'estoyent ses beaux frères qui s'estoyent appercens de quelque chose, et qu'elle estoit perdue, et

i . Ses amours avec Françoise de Kohan, ou avec la veuve du duc François de Guise, qu'il épousa quand il eut gagné son procès contre la première.

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