‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 118 sur 217 · Attitrer^ disposer · texte numérisé non relu

Attitrer^ disposer

qu'il se cachast sous le lie! ou derrière la tapisserie. Mais M. de Bonnivel, sans s'effrayer, prenant sa cape à Fentour du bras et son espée en l'autre, il dit : « Et où sont-ils ces braves frères qui me voudroyent « foire peur ou mal? Quand ils me verront, ils n'ose- « ront regarder seulement la pointe de mon espée. » Et, ouvrant la porte et sortant, ainsi qu'il vouloit commencer à charger sur ce degré, il trouva ces femmes avec leur tintamarre , qui eurent peur et se mirent à crier et confesser le tout. M. de Bonnivet, voyant que ce n'estoit que cela, les laissa et recommanda au diable, et se rentre en la chambre, et ferme la porte sur lui, et vint trouver sa dame , qui se mit à rire et l'embrasser, et luy confesser que c'estoît un jeu apposté par elle, et l'asseurer que, s'il cust feit du poltron et n'eust montré en cela sa vaillance, de laquelle il avoit le bruit, que jamais il n eust couché avec elle. Et, pour s'estre montré ainsi généreux et asseuré, elle l'embrassa et le coucha au- Pï'ès d'elle ; et toute la nuict ne faut point demander ^qu'ils firent; car c'estoit l'une des belles femmes ^^ Milan , et après laquelle il avoit eu beaucoup de peine à la gaigner.

J'ay cogneu un brave gentilhomme, qui un jour, estant à Rome couché avec une gentille dame romaine, son mary absent, luy donna une pareille aliarme, et fit venir une de ses femmes en sursaut l'advertir que le mary tournoit des champs. La femme, foisant de l'estonnée, pria le gentilhomme de se cacher dans un cabinet, autrement elle estoit perdue. « Non, non, dit le gentilhomme, pour tout le bien a du monde je ne ferois pas cela ; mais s'il vient je

If le tueray. » Ainsi qu'il avoit sauté à son espée^b dame se mit à rire et confesser avoir fait cela à poste pour l'esprouver, si son mary luy vouloit faire mal, ce qu'il feroit et la défendroit bien.

J'ay cogneu une très-belle dame^ qui quitta tout à trac un serviteur qu'elle avoit, pour ne le tenir vaillant ; et le changea en un autre qui ne le ressembloit, mais estoit craint et redouté extresmement de son espée^ qui estoit des meilleures qui se trouvassent pour lors.

J'ay ouy faire un conte à la cour aux anciens, d'une dame qui estoit à la cour^ maistresse de feu M. de Lorge ^y le bon homme^ en ses jeunes ans, Tuc^ des vaillants et renommez capitaines de gens d^ pied de son temps. Elle, ayant ouy dire tant de bieKr» de sa vaillance, un jour que le roy François pre* — mier faisoit combattre des lions en sa cour, voul»^^ faire preuve s'il estoit tel qu'on luy avoit fait enteiL — dre; et pour ce, laissa tumber un de ses gans dan.^^ le parc des lions, estans en leur plus grande fîirie ^ et là-dessus pria M. de Lorge de l'aller quérir, s'iJ^ l'aymoit tant comme il disoit. Luy, sans s'estonnev met sa cappe au poing et l'espée à l'autre main, et s'en va asseurément' parmy ces lions recouvrer le gand. En quoy la fortune luy fut si favorable, que, Élisant tousjours bonne mine et monstrant d'une belle asseurance la pointe de son espée aux lions, ili ne l'osèrent attacquer. Et ayant recouru le gand , il s'en retourna devers sa maistresse et luy rendit ; en

i . François de Montgommery^ sieur de Lorges. 2. Asseurémentj avec assurance.

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lojr elle et tous les assistans l'en estimèrent bien rt. Mais on dit que, de beau dépit^ M. de Lorge la dtta pour avoir voulu tirer son passe-temps de iuy de sa valeur de eette façon. Encore dit-on qu'il ly jetta par beau dépit le gand au nez; car il eust Jeux voulu qu'elle Iuy eust commandé cent fois aller enfoncer un bataillon de gens de pied^ où il estoit bien appris d'y aller^ que non de combattre es bestes, dont le combat n'en est guères glorieux \ ^rtes tels essays ne sont ny beaux ny honnestes^ t les personnes qui s'en aydent sont fort à réirouver.

l'aymerois autant un tour que fit une dame à son STvileur, lequel, ainsi qu'il Iuy présentoit son serice et l'asseuroit qu'il n'y auroit chose, tant ha- ^xdeuse fiist-elle, qu'il ne la fist, elle, le voulant K*>endre au mot, Iuy dit : u Si vous m'aymez tant, et ^e vous soyez si courageux que vous dittes, donnez-vous de vostre dague dans le bras pour l'amour de moy. » L'autre, qui mouroit pour l'amour 'elle, la tira soudain, s'en voulant donner : je Iuy ^^^ le bras et Iuy ostay la dague , Iuy remonstrant [Ue ce seroit im grand fol d'aller faire ainsi et de ^Ue &çon preuve de son amour et de sa valeur. Je Ue nommeray point la dame, mais le gentilhomme «stoit feu M. de Clermont-Tallard l'aisné*, qui mourut à la bataille de Montcontour, un des braves et vaillants gentilshommes de France^ ainsi qu'il le

i. On sait qne cette anecdote est le sujet d'une ballade de chiller : Der Handschuh.

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