I. Voyez tome VII, p
donné en ostage dans la ville, et trefves furent failes pour ce jour et pour le lendemain.
Ces trefves ainsi faittes , parurent aussitost comme nous, hors des tranchées^ force gens de la ville sur les rampars et sur les murailles ; et sur tous parurent une centaine de dames et bourgeoises des plus grandes, plus riches et des plus belles^ toutes vestu5 de blanc ^ tant de la teste que du corps ^ toutes de toille de Hollande fine, qu'il fit très-beau voir. El ainsi s'estoyent-elles vestues, à cause des fortifications des rampars où elles travailloy^ent, fût ou à porter la hotte ou à remuer la terre ; et d'autres habillemens se fussent ensalaudis^ et ces blancs en esloyent quittes pour les mettre à la lessive ; et aussi qu'avec cet habit blanc se fissent mieux remarquer panny les autres. Nous autres fusmes fort ravis à voir ces belte dames; et vous asseure que plusieurs s'y amusèrent plus qu'à autre chose : aussi voulurent-elles bien se monstrer à nous ; et ne furent à nous guières chicbes de leur veue, car elles se plantoyent sur le bord dû rampart d'une fort belle grâce et démarche, qu^elles valoyent bien le regarder et désirer.
Nous fusmes curieux de demander quelles dain«s c'estoyent. Ilz nous respondirent que c'estoyent une bande de dames ainsi jurée, associée et ainsi parée* pour le travail des fortifications , et pour fère de teb services à leur ville ; comme certes de vray elles en firent de bons, jusques-là que les plus virilles et robustes menoyent les armes* : si que j'ay ouy coûter d'une , pour avoir souvent repoussé ses ennemis ]
i. Paré y préparé. — 2. Mener les armes ^ combattre.
ixne pique y elle la garde encor si soigneusement mme sacrée relique^ qu'elle ne la donneroit, ny ne uidroit pour beaucoup d'argent la bailler, tant elle tâent chère chez soy.
X'ay ouy raconter à aucuns vieux commandeurs
Hhodes^ et mesmes je l'ay leu en un vieux livre *, ^ j lorsque Rhodes fut assiégé par sultan Soliman ,
Jbelles dames et filles de la ville ne pardonnèrent L^urs beaux visages et tendres et délicats corps, uj porter leur bonne part des peines et fatigues
siège, jusqu'à là que bien souvent se présentoyent K. plus pressez et dangereux assauts , et courageu- Kàcnt secondoyent les chevalliers et soldats à les L^stenir. Ah ! belles Rhodiennes^ vostre nom, vostre > a valu de tout temps, et ne mériteriez d'estre i^&s la domination des barbares I Du temps du roy François I", la ville de Sainctiquier ", en Picardie , fut entreprise et assaillie par n gentilhomme flamend, nommé Domrin, enseigne le M. du Ru, accompagné de cent hommes d'armes el de deux mille hommes de pied , et quelque artillerie. Dedans il n'y avoit seulement que cent hommes de pied , qui estoit fort peu. Et estoit prise , ne fut que les dames de la ville se présentèrent à la muraille iivec armes, eau et huile bouillante et pierres, et repoussèrent bravement les ennemis, bien qu'ils fissent tous les efforts pour entrer. Encore deux desdites dames levèrent* deux enseignes des mains des enne-
i. Voyez Jacques de Bourbon, La grande et merveilleuse op^ ugniiiion de la noble cité de Rhodes^ 1527, in-f*. i. En 1536. — 3. Levèrent^ enlevèrent.
mis, et les tirèrent de k muraille dans la ville;» bien cpe les assiégeans furent contraints d'abandonner la bresche qu'ils avoyent faite et les murailles, et se retirer et s'en aller : dont la renommée fut par toute la France, la Flandre et la Bourgogne. Au bout de quelque temps, le roy François passant par là, en voulut voir les femmes^ les loua et les remercia.
Les dames de Péronne en firent de mesme, quand la ville fut assiégée du comte de Nassau % et assistèrent aux braves gens de guerre qui estoyent dedans, tout de mesme façon ^ qui en furent estimées ^ louées et remerciées de leur roy.
Les femmes de Sancerre, en ces guerres civiles et leur siège *, furent recommandées et louées des beaux effets qu'elles y firent en toute sortes.
Durant cette guerre de la ligue^ les dames de Vitré | s'acquittèrent de mesmes en leur ville assiégée pifi M. de Mercueur*. Elles y sont très-belles et tous-| jours fort proprement habillées de tout temps; pour ce n'espai^noyent leurs beautez à se monstrai viriles et courageuses; comme certes tous actes ^ et généreux^ à un tel besoin^ sont autant a en les femmes qu'en les hommes.
Ainsi que de mesme furent jadis les gentiles fei mes de Cartage^ lesquelles, quand elles virent le marys^ leurs frères, leurs pères, leurs "pareus et le soldats cesser de tirer à leurs ennemis^ par Êiute cordes en leurs arcs , qui estoyent toutes usées force de tirer par une si grande longueur de sièf et par ce , ne pouvans plus chevir de chanvre ,