‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 142 sur 217 · Modestie y modération · texte numérisé non relu

Modestie y modération

un autre aussi ^ fort escandaleux^ contre une trèsgrande dame^ dont on n'en put sçavoir l'auteur; mab bien y eut-il de braves et vaillants gentilshommes qui y estoyent compris^ qui bravèrent fort et donnèrent force démentis en Tair. Tant d*autres se sont laits, qu'on ne voyoit autre chose, ny de ce règne, ny de celuy du roy Henry troisiesme^ dont entr'autres en fut fait un fort escandaleux en forme d'une chanson, et sur le chant d'une courante qui se dansoit poor lors à la cour, et pour ce se chanta entre les pages et laquais en basse et haute note.

Du temps ^ du roy 'Henry troisiesme fut bien pis fiiît; car un gentilhomme^ que j'ayouy nommer et cognea, fit un jour présent à sa maistresse d'un livre de peintures où il y avait trente-deux dames giandes et moyennes de la cour^ peintes au naturel, couchées et se jouans avec leurs serviteurs peints de mesmeset au naïf\ Telle y avoit-il qui avoit deux ou trois se^ viteurs, telle plus, telle moins; et ces trente-deux dames représentoient plus de sept-vingt figures de celles de TArétin, toutes diverses. Les personnages estoient si bien représentez et au naturel, qu'il s bloit qu'ils parlassent et le fissent; les unes déshabSlées et nues, les autres vestues avec mesmes robbes» coeffures, parements et habillements qu'eDes po^ toient et qu'on les voyoit quelquesfois. Les homnKS tout de mesmes. Bref, ce livre fut si curieusanflDt peint et faict, qu'il n'y avoit rien que dire : aass

1 . Ce qui suit jusqu'à p. 524 : Or cest asses^ manque dus k manuscrit. La lacune existe aussi dans le manuscrit Béûuut â | partir defajr oujr conter^ p. 518.

a voit-il cousté huict à neuf cens escus, et.estoit tout enluminé.

Ceste dame le monstra et presta un jour à une autre sienne compaigne et grande amye^ laquelle estoit fort aymée et fort familière d'une grande dame qui cstoit dans ce livre^ et des plus avant et au plus liaut degré; ainsy que bien à elle appartenoit, luy en fit osLS. Elle, qui estoit curieuse du tout, voulut voir 3ve<5 une autre, une grande dame sa cousine qu'elle 3ym.oit fort, laquelle Pavoit conviée au festin de ceste veiae, et qui estoit aussy de la peinture, comme il'a^itres.

Lai visite en fut faicte fort curieusement et avec gï^r^de peine, de feuillet à feuillet, sans en passer i^ï^ à la légère, si bien qu'elles y consumèrent deux t>orxries heures de l'après-disnée. Elle, au lieu de s'en estornacquer et de s'en fascher, ce fut à elle à en rire, ^^ de les admirer, et de les fixement considérer, et ^ ravir tellement en leurs sens sensuels et lubriques, q^* elles s'entremirent à s'entre-baiser à la colombine, c^ à s'entre-embrasser et passer plus outre, car elles aboient entre elles deux accoustumé ce jeu trèsbien.

Ces deux dames furent plus^ardies et vaillantes et constantes qu'une qu'on m'a dit, qui, voyant un jour ce mesme livre avec deux autres de ces amyes, elle fat si ravie et entra en tel extase d'amour et d'ardent désir à l'imitation de ces lascives peintures, qu'elle ne peut voir qu'au quatriesme feuillet, et au cînquiesme elle tomba esvanouie. Voylà un terrible esvanouissement! bien contraire à celuy d'Octavia, sœur de Caesar Auguste, laquelle, oyant un jour réciter

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à Virgile les trois vers qu'il avoit Êiit de son fils Marcellus^ mort (dont elle lui en donna trois mille escus pour les trois seulement)^ s'esvanouit incontinent Que c'est que l'amour, et d'une autre sorte !

J'ay ouy conter, et lors j'estois à la cour, qu'un grand prince de par le monde, vieux et fort aagé, el qui, despuis sa femme perdue, s'estoit fort continent ment porté en vefvage, comme sa grande profession de sainteté le portoit, il voulut revoler en secondes nopces avec une très-belle, vertueuse et jeune princesse. £t, d'autant que despuis dix ans qu'il avoitesté veuf n'avoit touché à fenune, et craignant d'en avoir oublié l'usage (comme si c'estoit un art qui s'ouUie) et de recevoir un afiront la première nuict de ses nopces, et ne faire rien qui vallust, pour ce, il se voulut essayer ; et par argent fît gaigner une bdie jeune fille, pucelle conune la fenune qu'il devoit espouser : encor dit-on qu'il la fit choisir qu'elle ressemblast un peu des traits du visage de sa femme future. La fortune fiit si bonne pour lui qu'il monstra n'avoir point oublié encor ses vieilles leçons; et son essay luy fut si heureux que, hardy et joyeux, fl alla à l'assault du fort de sa fenune dont il rapporta bonne victoire et réputation.

Cet essay fut plus heureux que celuy d'un gentilhomme que j'ay ouy nommer, lequel estant fort jeune et nigault, pourtant son père le voulut maryer. U voulut premièrement faire l'essai, pour sçavoir s'il

1 . Heu miserande pner! Si qna faU aspera rumpas, Tu Marcellus eris.

iËneid., lib. VI, vers 882-883.

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seroit gentil oompaignon avec sa femme; et pour ce, quelques mois avant^ il recouvra quelque fille de joye belle, qu il faisoit venir toutes les après-disnée dans la garenne de son père, car c'estoit en esté, et là il s'esbaudissoit et se rigouloit, soubs la fraischeur des arbres verds et d'une fontaine^ avec sa damoiselle, qu'il faisoit rage : de façon qu'il ne craignoit nul homme pour faire ceste diantrerie^ à sa femme. Mais le pb fut que^ le soir des nopces, venant à joindre sa femme, il ne peut rien £ûre. Qui fiit esbahy? Ce fut luy^ et maugréer sa maudicte pièce traistresse^ qui luy avoit &illi feu^ ensemble le lieu oùil estoit; puis, prenant courage, il dit à sa femme : « Ma mye^ je ne « sçay que veut dire cecy, car tous ces jours j'ay « faict rage à la garenne à mon père; » et lui conta ses vaillances. « Dormons^ et j'en suis d'advis, de- « main après disner je vous y meneray, et vous verir rez autre jeu. » Ce qu'il fit^ et sa femme s'en trouva bien; dont despuis à la cour courut le proverbe : « Si « je vous tenois à la garenne à mon père^ vous verff riez ce que je sçaurois faire, n Pensez que le dieu des jardins^ messer Priapus, les faunes et les satyres paillards qui président aux bois^ assistent là aux bons compaignons, et leur favorisent leurs faits et exécutions.

Tous essais pourtant ne sont pas pareils^ ny ne portent pas coup tousjours; car^ pour l'amour, j'y enay veu et ouy dire plusieurs bons champions s*estre faillis à recorder leurs leçons et recoller leurs tesmoins quand ils venoient à la grande escole. Car les uns,

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