‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 143 sur 217 · DimUreriey drôlerie · texte numérisé non relu

DimUreriey drôlerie

OU sont trop ardens et froids, ainsi que telle humeur de glace et de chaud les y surprend tout à coup; les autres^ ou sont perdus en extases d'un si souverain bien entre leurs bras; autres viennent appréhensife; les autres tout à trac viennent flacqs, qu'ils ne sçaoroient qu'en dire la cause; autres tout de vray ont l'esguillette nouée. Bref, il y a tant d*inconvéniens inopinés qui là dessus arrivent à l'improviste, que, si je les voulois raconter^ je n*aurois fait de longtemps. Je m'en rapporte à plusieurs gens maryés et autres advanturiers d'amour^ qui en sçauroient plus dire cent fois que moy. Tels essays sont bons pour les hommes; mais non pour les femmes; ainsy que j'ay ouy conter d'une mère et dame de qualité^ laquelk, tenant une fille très-chère qu'elle avoit^ et unicpie, Fayant compromise à un honneste gentilhomme en maryagCj advant que de l'y faire entrer, et craignant qu'elle ne pust soufllrir ce premier et dur effort, â quoy on disoit le gentilhomme estre très-rude et fort proportionné^ elle la fit essayer premièrement par un jeune page qu'elle avoit^ assez grandet^ une douzaine de fois, disant qu'il n'y avoit que la première ouverture fascheuse à faire^ et que^ se faisant un peu douce et petite au commancement, qu'elle endureroit la grande plus aysément; comme il advint, et qu'il put y avoir de l'apparence. Cet essay est encor bien plus honneste et moins escandaleux qu'un qui me fut dit une fois en Italie^ d'un père qui avoit maryé son fils, qui estoit encore un jeune sot, avec une fort belle fiUe^ à laquelle, tant fat qu'il estoit, il n'avoit rien peu faire ny la première ny la seconde nuict de ses nopces; et^ comme il eut demandé et

ils et à la nore^ comme ils se trouvoient en ma- ^e, et s'ils avoient triomphé, ils respondirent l'un autre : « Nienîe. — A quoy a-il tenu? m deman- 1 à son fils. Il respondit tout follement qu'il ne roit comment il falloit faire. Sur quoy il prit son par une main et la nore par une autre, et les la tous deux en une chambre, et leur dit : « Or je >us veux doncques monstrer comme il faut faire. » it coucher sa nore sur un bout du lit^ et luy fsiit 1 eslargir les jambes ; et puis dit à son fils : « Or )y comment je fais; » et dit à sa nore : « Ne bou- »z; non importe, il n'y a point de mal. m Et en ;tant son membre bien arboré dedans, dit : « Adise bien comme je fais et comme je dis^ dentroy êero^ dentro^ fuero. » Et répliqua souvent ces IX mots en s'advançant dedans et reculant, non irtant tout dehors. Et ainsi, après ces fréquentes lations et parolles^ denlro et fueroj quand ce vint ccmsommation, il se mit à dire brusquement et j : DentrOy denirOj dentro^ dentrOy jusqu'à ce il eust fait. Au diable le mot de fiiero. Et par sy^ pensant faire du magister^ il fut tout à plat iltère de sa nore, laquelle^ ou qu'elle fist de la ise^ ou^ pour mieux dire^ de la fine, s'en trouva »-bien pour ce coup, voyre pour d'autres que luy rma le fils et le père et tout^ possible pour luy 3UX apprendre sa leçon, laquelle il ne luy voulut \ apprendre à demy ny à moictié^ mais à la pertion. Aussy toute leçon ne vaut rien autrement. f'ay ouy dire et conter à plusieurs amans advantu-

. Nore, belle-fille.

riers et bien fortunés^ qu'ils ont veu plusieurs daines demeurer ainsy esvanouyes et pasmées estans en ces doux altères de plaisir; mais assez aysëment pourtant retournoient à soy-mesme ; que plusieurs , quand elles sont là, elles s'escrient : « Hélas! je me meurs! » Je croy que ceste mort leur est très-douce. Il y en a d'autres qui contournent les yeux en la teste pour telle délectation, comme si elles devoi^^t mourir de la grande mort, et se laissans aller comme du tout immobiles et insensibles. D'autres ay-je ouy-dire qoi roidissent et tendent si violemment leurs nerfs, artères et membres, qu'ils en engendrent la goutecrampe ; comme d'une que j'ay ouy dire, qu'y estoil si subjecte qu'elle n'y pouvoit remédier. D'autres font péter leurs os, comme si on leur réhabilloit de quelque rompure'.

J'ay ouy parler d'une, à propos de ces esvanoayssemens, qu'ainsi que son amoureux la mianioit dessus un coffire, que, quand ce fut à la douce fin, elle se pasma de telle façon qu'elle se laissa tomber derrière le cofire à jambes ribaudaines*, et s'engagea tellement entre le cofire et la tapisserie de la muraille, qu'ainsi qu*elle s'efForçoit à s'en desgager et que son amy hiy aidoit, entra quelque compaignie qui la surprit faisant ainsi l'arbre fourchu, qui eut loisir de voir un peu de ce qu'elle portoit, qui estoit tout très^beau pourtant; et fut à elle à couvrir le faict, en disant qu'un tel l'avoit poussée en se jouant ainsy derrière le cofire, et dire par beau semblant que jamais ne l'aymeroit.

i. Rompure, rupture. — 2. Ribaudaines^ à la ribaode.

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Geste dame courut bien plus grande fortunequ'une * que j'ay puy dire^ laquelle, ainsi que son amy la tenoit emb^ssée et investie sur le bord de son lit^ quand ce vint sur la douce fin^ qu'il eut achevé^ et que par trop il s'estendoit^ il avoit par cas des escarpins neufs qui avoit la semelle glissante^ et s'appuyant sur des carreaux plombés dont la cliambre estoit pavée, qui sont fort subjects à faire glisser, il vint à se couler et glisser si, bien sans se pouvoir arrester, que du pourpoinct qu'il avoit^ tout recouvert de clinquant^ il en escorpha de telle façon le ventre, la motte, le cas et les cuisses de sa maistresse, que vous eussiez dit que les griffes d'un chat y avoient passé; ce qui cuisoit si fort la dame qu'elle en fît un grand cri et ne s'en put engarder. Mais le meilleur fut, que la dame, parce quec'estoit en été et faisoit grand chaud, s' estoit mise en appareil un peu plus lubrique que les autres fois, car eUe n'avoit que sa chemise bien blanche et un manteau de satin blanc dessus, et les calleçons à part; si bien que le gentilhomme, après avoir faict sa glissade, fit précisément l'a^rest du nez, de la bouche et du menton sur le cas de sa maistresse, qui venoit fraischement d'estre barbouillé de son bouillon, que par deux fois desjà il luy avoit versé dedans^ et emply si fort qu'il en estoit sorti et regorgé sur les bords, dont pai* ainsi se barbouilla le nez, et bouche et moustaches, que vous eussiez dit qu'il venoit de frais de savonner sa barbe; dont la dame, oubliant son mal et son esgratigneure, s'en mit si fort à rire qu'elle luy dit : « Vous estes un beau H fils, car vous avez bien lavé et nettoyé vostre barbe, a d'autre chose pourtant que de savon de Naples. »

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