Pa//iier, mettre en valeur. — 3. Meilliorer^ améliorer
Un' autre dame, discourant un^ jour de Famour, tant de la sienne que des autres de ses compaignes, dit : <E Si les femmes estoient toujours chastes , elles « ne sçauroient ce que cVst de leur contiaire ; » se fondant en cela sur l'opinion d'Eliogaballe^ qui disoit : c que la moitié de la vie devoit estre employée « en vertus, et l'autre moitié en vices; autrement, c tousjours en un estre tout bon ou tout mauvais, a on ne sçaurait juger de son contraire, qui sert sou-^ c vaut de tempérement *. » J'ay veu de grands fetsonnages aprouver ceste maxime, et mesmes pour les femmes. Aussi la femme de l'empereur Sigismoad, qui s'apelloit Barbe", disoit : qu estre tousjours en un mesme estre de la chasteté apartenoit aux sottes; et en reprenoit fort ses dames et damoyselles quipc^ cistoient en ceste sotte opinion, ainsi que de son oosté elle la renvoya bien loing; car tout son plaisir fasl en festes, danses, balz et amours, en se mocquant de celles qui ne faisoient de mesmes, ou qui jusnoient pour macérer la chair, et qui Ëiisoient des retirées. Je vous laisse à penser s'il faisoit bon en la court de cest empereur et empératrice; je dis pour ceux et celles qui aymoient Tamour.
J'ay ouy parler d'une fort honneste dame et de réputation, laquelle, venant estre mallade du mald'tmour qu'elle portoit à son serviteur, sans se vonlfeir donner à l'hasard de ce pettit point qu'elle portoit
i . Plutarque , Héliogabale , chap. xxyi. Brantôme a copié k traduction d'Amyot.
2. Barbe, fille d'Hermann, comte de Gilley, seconde femnedc l'empereur Sigismond, morte en i415.
entre ses jambes, à cause de ceste grande loy d'honneur tant recommandée et preschée des marys^ et, d'autant que de jour en jour elle alloit bruslant et asseich^nt, de sorte qu'en un rien elle se veid devenir seiche, maigre, allanguie, tellement que^ comme paravant elle s'estoit veue fresche^ grasse^ en bon poinct^ et puis toute changée par la cognoissance qu'elle en fit dans son mirrouer : « Comment^ a dist-elle lors^ seroit-il donc dit qu'à la fleur de « mon aage, et qu'à l'apettit d'un léger poinct d'houle neur et voilage scrupuUe pour retenir par trop c mon feu , je vinse ainsi peu à peu à me seicher^ « me consommer et venir vieille et laide avant le ic temps^ ou que j'en perdisse le lustre de ma beauté^ •f qui me faisoit estimer^ priser et aymer; et qu'au c lieu d'une dame de belle chair je devinse une carte casse, ou plustost une anotomie^, pour me faire « bannyr et me faire mocquer en toute bonne com- « paignie^ et' estre la risée d'un chascun. Non, je « m'en garderay bien, mais je m'ayderay des remè- « des que j'ay en ma puissance. » Et par ce , tout ainsi qu'elle le dit, elle l'exécuta, et, se donnant, à elle et à son amy, contentement, reprint son enbonpoint et devint belle comme devant, sans que le mary sceust le remède dont elle avoit usé, mais l'attribuant aux médecins, qu'il remercioit et honnoroit fort, pour l'avoir ainsi remise à son gré pour en faire mieux son proffit.
J'en ay ouy parler d'un' autre bien grande, de fort
i. Anotomie, pièce d'anatomie.