Le reste de la phrase manque dans le manuscrit
»44 DES DâMES.
bonne humeur^ et qui disoit bien le mot^ laqaelk estant malladive, son médecin luy dbt un jour qu'elle ne se trouveroit jamais bien si elle ne le Êiisoit; ék soudain respondit : c Et bien ! Êûsons-le donc. > Le médecin et elle s'en donnarent ensemble joje au cœur et au corps. Un jour, elle luy dist : cr On dit (( partout que vous me le faites ; mais c'est tout on^ « puisque je me porte bien; » etfranchiâsoit toujours le mot gallant qui commance par f. a Et tant que je « pourray je le fairay^ puisque ma santé en déa pend/ai^
Ces deux dames ne ressembloient pas ceste honneste dame de Pampellonne, quej'ay dit encores cydevant'y qui est dans les Cent Nou%>elles de la reyne de Navarre, laquelle, estant esperduement amoureuse de M. d'Avannes, ayma mieux cacher son feu; le couver danssapoictrine qui en brusloit, et mourir, que de faillir à son honneur. Mais de ce j'en ay ou? discourir là-dessus à quelques honnestes dames et seigneurs. C'estoit une sotte, et peu songneuse du sallut de son âme, d'antant qu'elle-mesme se donnoit la mort, qui estoit en sa puissance de l'en chasser, et pour peu de chose. Car enfin, comme se disoit un antien proverbe françois : « D'une herbe de pré « tondue, et d'un c. . f. . . . , le dommage en est bientost i< rendu. » Et qu'est-ce, amprès que tout cda est fait? La besoigne^ comme d autres, amprès qu'elle est faicte, s'en parest-elle devant le monde? La dame en va-elle plus mal droicte? y cognoit-on rien? Cela sVntant quand on besoigné à couvert, à huys clos^ et
\ . Voyez plus haut, p. 211.
,que Ton n'en void rien. Je voudrois bien sçavoir si beaucoup de grandes que je cognois^ car ce sont en elles que Tamour va plustost loger (comme dit ceste dame de Pampelonne : c'est aux grands portaux que battent les grands vents)^ laissent à marcher la teste haut eslevée^ ou en ceste court ou ailleurs^ et parestre braves comme une Bradamante ou une Marfise. Et qui seroit celluy tant présumptueux qui osast leur demander si elles en viennent? Leurs marys mesmes (vous dis-je), au moins aucuns^ ne leur oseroient pas dire, tant elles sçavent bien se contrefaire et se tenir en leur marche altière : et si ces marys (aucuns] pensent leur en parler ou menasser^ ou outrager de paroUes ou d'effect, les voylà perdus; car, encorqu elles n'eussent songé aucun mal contre eux, elles se jettent aussitost à la vengeance, et la leur rendent bien ; car il y a un proverbe ancien qui dit que : a quand et aussitost « que le mary bat sa femme , son c. en rit. d Cella s'apelle qu^il espère faire bonne chère, cognoissant le naturel de sa maistresse qui le porte, et qui, ne pouvant se venger d'autres armes, s'ayde de luy pour • son segond et grand amy, pour donner la venue au gallant de son mary, quelque bonne garde et veille qu'il en fasse auprès d'elle.
Car, pour parvenir à Içur but, le plus souverain remède qu'elles ont c'est d'en faire leurs plainctes entre elles-mesmes, ou à leurs femmes et filles de chambre, et puis les gaigner ou à faire des amis nouveaux, si elles n'en ont poinct, ou, si elles en ont, pour les faire venir aux lieux assignez; elles font la garde que le mary ou autre ne les surprenne. Or ces dames gaignent leurs filles et femmes, et les cor-
rompent par argent, par présens, par promesses; et bien souvant aucunes composent et contractent avec elles, à sçavoir que leur dame et maîstresse, de trois venues que l'amy leur donnera, la servante en aura la moitié ou au moins le tiers. Mais le pis est, que bien souvant les maistresses trompent les servantes en prenant tout pour elles, s'excusant que l'amy ne leur en a pas plus donné, ains si pedte portion qu'elles-mesmes n'en ont pas eu prou pour elles; et paissent ainsi de bayes ces paouvres fillaodes et femmes servantes, cependant qu'elles sont en sentinelle et font bonne garde : en quoy il y a de l'injustice ; et croy que si ceste cause estoit plaidoyée par des raisons d'un costé et d'autres alléguées, il y auroit bien à rire et à déLatre ; car enfin c'est vniy larcin de leur desrober ainsi leur sallaire et pentioir congreue. D'autres dames y-a-il qui tiennent fijrt bien le pache et la promesse, et ne leur en desrobènt rien pour en estre mieux servyes et secourues, rt font comme les bons facteurs de bouctiques, qui font juste part de leur gain et proffit du tallant à Icor maistre ou compaignon, et, par ainsi, telles daines méritent d'estre très-bien servies pour estre si bkn recognoissantes de telles peines, veilles et gardes, car enfin elles se mettent en danger et hasard ; comme d'une que j'en sçay, qui. Élisant un jour le guet cependant que sa maistresse estoit en sa chambre avec son amy et faisoit gode * chère, et qui ne chaumoient point, le maistre d'hostel du mary la reprist et h tansa aigrement de ce qu'elle faisoit, et qu'il valkxt