Gode^ pour guie, bonne; les éditions portent gnumle
mieux qu'elle fust avec sa maistresse que d'estre ainsi maquerelle et faire la garde au dehors de sa chambre, et un si mauvais tour au mary de sa maistresse ; dont il dist qu'il l'en advertiroit. Mais la dame le gaigna par le moyen d'un' autre de ses filles de chambre, de laquelle il estoit amoureux, luy promettant quelque chose par les prières de sa maistresse, et aussi qu'elle luy fit quelque présent, dont il fut apaisé. Toutesfois depuis elle ne l'ayma jamais et luy garda bonne; car, espiant une occasion prise à la voilée, le fit chasser à son mary.
Je sçay une beUe et honneste dame, laquelle ayant une servante en qui elle avoit mis son amitié et luy faisoit de bon bien, mesmes luy usoit de grandes pcivautez, etl'avoit très-bien dressée' à telles menées; si bien que quelquesfois, quand elle voyoit le mary de ceste dame longuement absent de sa maison, empesehé ou à la court ou en autre voyage, bien souvant ell' arregardoit sa maistresse en l'habillant, qui estoit des plus belles et plus aymables, et puis disoit : « Hé I n'est-il pas bien malheureux, ce mary, d'avoir « une si belle femme et la laisser ainsi seulle si longer temps sans la venir voir? Ne mérite-il pas que vous <c le faictes cocu tout à trac? Vous le devez; car si c< j'estois aussi belle que vous, j'en fairois autant à « mon mary, s'il demeuroit autant absent. » Je vous laisse à penser si la dame et maistresse de ceste servante trouvoit goust à ceste noix, mesmes si elle n'avoit pas trouvé chaussures à son pied , et desquelles ^près elle en pouvoit faire par le moyen d'un si bon Lxistrument.
Or, y a-il des dames qui s'aident de leurs servantes
pour couvrir leurs amours^ et que* leurs marysne s'en aperçoivent, et leur mettent en mains leurs amans, pour les entretenir et les tenir pour serviteurs, affin que] soubz ceste couverture et pour dire tousjoiu^s, si les marys les treuvent dans la chambre de leurs femmes, qu'ilz sont là pour estre serviteurs de telles ou de telles damoyselles : et, soubz ce prétexte, la dame a un très-beau moyen pour jouer son jeu, et le mary n'en cognoistre rien.
J'ay cogneu un fort grand prince qui se mit i faire Famour à une dame d'atour d'une grand'princesse, seullement pour sçavoir les secretz des amours de sa maistresse, et pour y mieux après parvenir.
J'en ay veu jouer prou en ma vie de ces traictz, mais non pas de la façon que faisoit une honoeste dame de par le monde, que j'ay cogneu, laquelle fol si heureuse d'estre servie de trois braves et gallans gentilzhonmies, l'un après Fautre, lesquelz, la laisr sant, venoient à aymer et servir une très-grand' dame*, si bien qu'eUe rencontra là-dessus gentiment: qu'elle les façonnoit et les dressoit par si belles leçons et façons^ que venans à servir ceste grande princesse *, ilz en estoient mieux apris et façonnez; et pour aller si haut, il falloit servir premièrement les moindres, pour ne faillir devant les plus grandes; car pour venir et monter aux grands degretz, il faut monter par les pettitz, comme Ton void en tous artz et toutes sciences.