Le mot princesse est biffé sur le manuscrit
Ce luy estoit un très-grand honneur et plus qu'une que je sçay, laquelle , estant à la suitte d'une grand' dame mariée^ ainsi que eeste grande dame (ut surprise dans sa chambre par son mary^ lorsqu'elle ne venoit que recevoir ung petit poulet de papier de son amy, vint à estre si bien scondée par ceste soubzdame, qu'elle prist le poullet finement^ et l'avala tout entier d'un morceau^ sans en faire deux ny sans que le mary s'en aperceust, qui l'en eust très-mal traictée s'il eust veu le dedans : ce qui fut une Irès-grande obligation de service ; laquelle la grand' dame a tousjours recogneu.
Je sçay bien des dames pourtant qui se sont trouvées mal pour s'estre trop fiées à leurs servantes, et d'autres aussi mal pour ne s'y estre point fiées. J'ay ouy parler d'une dame belle et honneste , qui avoit prins et choysy un gentilhomme des braves, vaillans et accomplys de la France , pour luy donner jouissance et plaisir de son gentil corps. Elle ne s'en voulut jamais fier à pas une de ses femmes, et le rendezvous ayant esté donné en un logis tiers il fut dit et concerté qu'il n'y auroit qn'un lict en la chambre, et que ses femmes coucheroient en l'antichambre. Comme il fut arresté, ainsi fut-il joué. Et d'autant qu'il se trouva une chatonnière * à la porte, sans y penser et sans y avoir préveu que sur le coup, advisarent de la boucher avec une aisse* affin que, si on la venoit pousser, qu'elle fist bruict, et qu'on l'entendist, et qu'ilz fissent silence et y pourveussent. L'une de ses femmes, doubtant qu'il y avoit anguille soubz roche,
i, Chatonnière^ chatière. — 2. Jisse^ ais.
et faschée et dépitée de quoy sa maistre$se se deflioit d^eUe^ qu'elle tenoîtpour la plus confidantedes siennes, ainsi qu'elle luy avoit souvantesfois monstre, elle s'advise^ quand sa maistresse fut couchée^ de faire le guet à estre aux escoutes à la porte. Elle l'oyoit bien gazouiller tout bas^ mais elle cogneut bien que ce n'estoit point la lecture qu'ell' avoit aocoustumé, quelques jours avant, faire en son lict, avec sa bougie, pour mieux coUorer son fait. Sur ceste curiosité qu'ell' avoit de sçavoir mieux le tout; se présenta une occasion très-bonne et fort à propos : car, estant entré par cas un jeune chat dans la chambre, elle le prist avec ses compaignes, et le fourre et le pousse par la chattonnière en la chambre de sa maistresse, non sans abattre Paisse qui la tenoit fermée, ny sans faire bruict. Si bien que l'amant et l'amante, en estant en cervelle, se misrent en sursaut sur le lict, et advisarent, à la lueur de leur flambeau et bougie, que c'estoit un chat qui estoit entré et fait tumber la trape. Par quoy, sans autrement s'en donner peine, se recoucharent, voyant qu'il estoil tard et qu'un chascun pouvoit dormir, et ne refermarent pourtant ladite chattonnière, la laissant ouverte pour donner passage au retour du chat, qu'ik ne vouloient laisser léans renfermé toute la nuict. Sur ceste beUe occasion, ladicte soubz-dame avec ses compaignesy eut mqyen de voir choses et autres de leur maistresse, lesquelles despuis révellajrent au mary, d'où s'ensuivit la mort de l'amant et l'escandalle de la dame. Voyjlà que sert un despit et une mesfiance que Ton prend quelquesfois des personnes, qui nuist bien souvant autant que la trop grande
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confiance ; ainsi que je sçay d'ung très-grand \ qui fîcit une fois a mesmes de prendre toutes les filles de chambre de sa famé/ qui estoit une honeste et' belle daoàe , et les faire gesner^ pour luy confesser tous ses despostemens et les services qu'elles luy faisoient en ses amours. Mais ceste partie pour le coup fut rompue^ pour esviter plus grand scandalle. Le • premier conseil vint d'une dame que je ne nommeray pas ^ qui vouloit mal à ceste grande dame : Dieu Ten punit amprès.
Pour venir à la fin de nos femmes^ je conclus par qu'il n*y a que pour les femmes mariées pour en tirer de bonnes denrées, et prestement; car elles sçavent si bien leur mestier^ que les plus fins et les plus hautz hupez de marys y sont trompez. J'en ay dit assez au chapitre des cocuz et famés mariées où l'on y trouvera de bons contes sans en parler plus pour le coup.
Par quoy, suivant l'ordre de Boccace, nostre guide en ce discours, je viens aux filles, lesquelles, certes, il foui advouer que de leur nature, pour le commancement, sont très-crainctives et n'osent abandonner ce qu'elles tiennent très-cher, pour les continuelles persuasions et recommandations que leur font leurs pères et mères, frères, parants et maistresses, avec les menaces très-rigoureuses ; si bien que, quand elles en auroient toutes les envies du monde, elles s'en chastrent le plus qu'elles peuvent, et aussi qu'elles ont pœur que ce meschant ventre les accuse aussitost, sans lequel elles mangeroient de bons morceaux. Mais
I . Les mots très-grand sont biffés sur le manuscrit. 4. Il y avait d'abord : une très^ favorite, 3. Cette phrase est biffée sur le manuscrit.
toutes n'ont point ce respect; car, fermant les yeux à toutes considérations^ elles y vont hardiment^ non la teste baissée^ mais très-bien renversée : en quoy elles errent grandement^ d'autant que l'escandalle d'une fille débauchée est très-grand, et d'importance mille fois plus que d'une mariée ny d'une vefve; car elle, ayant perdu ce beau thrésor, en est scandalisée, vilipendée, monstrée au doigt de tout le monde, et perd de très-bons partis de mariage, encor que j'en aye bien cogneu plusieurs qu'il y a heu tousjours quelque malotru qui, ou volontairement, ou à l'improviste, ou esciemmenty ou ignoramment^ ou bien par contraincte, se soit allé jetter entre leurs jambes et les espouser, comme j'ay dit ailleurs, toutes tarrées qu'elles estoient, encores bien aises.
J'en ay cogneu force de ceux et de celles-là qui ont passé par là, mesmes une qui fort escandaleusement se laissa aller et engroisser à un prince de par le monde \ et sans cacher ny mettre ordre à ses couches ; et estant descouverte, elle ne respondoit sinon : « Qu'y sçaurois-je faire? il ne m'en fout point blascc mer, ny ma faute, ny la poincte de ma chair, mab « ma trop lante * prévoyance : car, si je fusse estée <K bien fine et bien advisée, comme la pluspart de « mes compaignesy qu'y ont fait autant que moy, <K voire pis, mais qui très-bien ont sceu remédier à « leurs groisses^y et à leurs couches, je ne fusse pas
i. C'est encore l'histoire du prince de Gondé et de Mlle de Umeuil.
2. On lit dans le manuscrit : trop peu lante; ce qui est évideiDment une faute. Les éditions portent : mon trop peu de prévoyance.