Catherine de Médicis; voyez tome VII, p
ges. Je me suis un peu là perdu et desvoyé; mais puisque c'a esté à propos il n'y a point de mal, et retourne à mon chemin.
Plusieurs autres filles y a-il lesquelles laissent passer ceste grand' tendreur et verdeur de leurs ans, et en attandant les plus grandes maturitez et seicheresses, soit ou qu'elles sont de leur nature très-froides à leur commancement et advènement, car il y en a et s'en treuve, soit ou qu'elles soient tenues de court, comme il est bien nécessaire à aucunes; car, comme dit le reffrain espaignol, vinas e ninas son muy walas a guardar\ « les vignes et les filles sont fort difficilles « à garder, » que pour le moins quelque passant pays ou séjournant n'en taste et mesmes quand elles commencent à sentyr la pointe se lever comme le ^; aucunes y a-il aussi qui sont immobilles, que tous les aquilons et ventz d'un hyver ne sçauroient esmouvoir ny esbranler. Autres y a si sottes, si simples, si grossières et si ignares, qu'elles ne voudroienl pas ouyr nommer seullement ce nom d'amour; comme j'ay ouy parler d'une femme qui faisoit de l'austère et réformée, que, quand elle entendoit parler d'une putain, elle eji esvanouissoit soudain; et ainsi qu'on faisoit ce conte à un grand seigneur devant sa femme, il disoit : « Que «c ceste femme ne vienne donc point céans; car si elle « esvanouist pour ouïr parler des putains, elle mourra « tout à trac céans pour en voir. »
Il y a pourtant des filles que, lorsqu'elles accommancent un peu à sentir leur cœur, elles s'y aprivoi-
\ . Les douze mots qui procèdent ont été rajoutes en marge par Brantôme. Ils sont suivis de deux autres que je n'ai pu lire.
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sent si bien, qu'elles viennent manger ausi^itost dans la main. D'autres sont si dévottes et consoîentieuses, craignans tant les commandemens de Dieu nostre souverain, qu'elles renvoyent bien loing oelluy d'amour. Mais pourtant eji ay-je veu force de ces dévottes et patenostrières mangeuses d'images, et citadines ordinaires des églises, qui, soubz ceste hypocrisie, elles couvoient et cachoient leurs feuz, affin que, par tek faintz et faux semblans, le monde ne s'en aperceust, et les estimast très-*prudes, voire à demy sainctes ooinme une saincte Catherine de Sienne, mais bien souvaatont trompé le monde et les hommes, ainsi que j'ay oay raconter d'une grand' princesse, voire reyne^ qui est morte, laquelle, quand elle voulloit attaquer quelcun d'amours (car elle y étoit fort subjette), elle aooooh manooit ses propos toujours par l'amour de Dieu que nous luy devons, et soudain les faisoit tumba* sur l'amour mondain, et sur son intention qu'elle en voulloit à oelluy auquel elle parloit, dont par aprè elle en venoit au grand œuvre, ou, pour le moins, à la quinte essence. Et voyià comme nos dévootes, oa plustost bigottes, nous trompent; je dis oeux*-là qui peu rusez, ne cognoissent leur vie.
J'ay ouy faire un conte, je ne sçay s'il est way; mais un de ces ans, se faisant une procession gmiéralle à une ville de par le monde, se trouva une femme, soit grande ou petite, en piedz nudz et en graod* contrition, faisant de la marmiteuse plus que dix, et c'estoit en caresme. Au partir de là, elle s'en alla dit-
1 . Les mots princesse^ voire reyne sont biffas sur le manuscrit Il s'agit probablement de Marguerite d'AngooIfime.
ner avec son amant d'un cartier de chevreau et d'un jambon : la senteur en vint jusque» en la rue : on monte en haut^ on la tréuva en telle magnifficence. Elle fut prise et condempnée de la pourmener par la ville avec «on cartier d'aigneau en la broche sur FespauUe et le jambon pendu au col. N'estoit-ce pas bien employé de la punir de ceste façon?
ly autres dames y en a qui sont superbes, brgueiU leuses, qui desdaîgnent et le ciel et la terre par manière de dire, qui rabrouent les hommes et leurs propos amoureux, et les recfaassent loing; mais à telles il faut user de temporisement seulement et de patience et de continuation, car avec tout cela et le temps vous les avez et les mettez soubz vous à l'humillité, estant le propre de la gloire et superbetté, après avoir fait assez des siennes et monté bien haut, descendre et venir au rabais. Et mesmes à ces glorieuses, lesquelles bien souvant en ay-je veu aucunes, après avoir bien desdaigné l'amour et ceux qui leur en parloient, s'y ranger et l'aymer, jusques à espouser aucuns qui estoient de basse condiction et nullement à elles en rien pareils. Ainsi se joue Amour d'elles et les punit de leur outre-cuydance, et se plaist de s'attaquer à elles plustost qu'à d'autres, car la victoire en est plus glorieuse, puisqu'elle surmonte la gloire.
J'ay cogneu d'autresfois une fille à la court, si altière et si desdaigneuse, que, quand quelque habile et gallant homme la venoit accoster et la taster d'amour, elle luy respondoit si orgueilleusement, et en si grand mespris de l'amour, par paroUes si rebelles et arrogantes (car elle disoit des mieux), que plus on n'y retoumoit : et si, par cas fortuit, quelquefois on
la vouloit accoster et s'y prendre, comment elle fcs renvoyoit et rabrouoit, et de la parolle, et de gestes, avec mines dédaigneuses; car elle estoit très-habilie. Enfin l'amour la surprist et la punist^ et se laissa d bien aller à un, qui* Tengroissa quelques vingt jours avant qu'elle se mariast ; et si pourtant cet un n'estoit nullement comparable à force autres honnesies gentilshommes qui l'avoient voulue servir. En cela il faut dire avec Horace : sic placée yeneri^; « ainsi il '^ plaist à Vénus; » et ce sont de ses miracles.
Il me vint en Ëintaisie une fois à la court d'y ser- VÎT une belle et honneste fille, habille s'il en (ut onc, de fort bonne maison, mais glorieuse et fort hante â la main^ dont j'en estois amoureux extrêmement, h m'advisay de la servir et araisonner aussi arrc^;unment comme elle me pouvoit parler et respondre; car, à brave brave et demy. Elle ne s'en sentit poor cela nullement intéressée, car, en la menant de telle façon, je la louois extrêmement, d'autant qu'il nyi rien qui amoilise plus un cœur dur d'une dame, que la louange autant de ses beautez et perfections que de la superbetté; voire luy disant qu'elle luy siézoit trèsbien, veu qu'elle ne tenoit rien du commun, et qu'une fille ou dame, se rendant par trop privée et commune, ne se tenant sur un port altier et sur une réputation hautaine, n'estoit pas bien digne d'estre servie ; et pour ce, je l'en honnorois davantage, et