Endémené, endiablé
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<c luy veux remonstrer mes passions^ elle ne mepufe c que de ses chiens et de sa ohasse; si bien que je a voudrais de bon cœur estre métamorphosé en quda que beau chien ou lévrier, oii mon âme fost entrée « dans leur corps, scelon l'opinion de Pitagoras, affia a qu elle se peust arrester à mon amour, et moy à me ce guérir de ma playe. » Mais après il la laissa, car il n'estoit pas bon lacquais, ny chasseur^ et ne la poovoit suivre ny accompaigner partout oà ses humeurs gaillardes , ses plaisirs et ses esbattemens la condn^ soient.
Si faut-il nocter une chose : que tdUes filles, après avoir layssé leur poullinage et jette leur gorme^ (comme Ton dit des poullins et poulines) ^ et amprès s'estre ainsi esbatues au pettit jeu, veuUent essayer le grand, quoy qu'il tarde; et telles jeunesses res§eaiblent à celle des pettitz jeunes loups, lesquelz sont tous jollys, gentilz et enjouez en leur poil follet ; mais, venans sur l'eage, ilz se convertissent en Ttiam^aK et à mal fiure. Telles filles que je viens de dire ù»A àt mesmes, lesquelles, après s'estre bien jonëes et leurs fantaisies en leurs plaisirs et jeunesses, en < ses, en balz. en voltes, en courantes, en danses, mt foy , amprès elles se veulent mettre i la grand' danoe et à la douce caroUe^ de la déesse d'amours. Bref, pour faire fin finale, il ne se void guières de filles, femmes ou vefves que tost ou tard ne bmsient toutes, ou en leurs saisons ou hors de leurs saisons, comme tous bois, fors un qu'on nomme larix, do* quel elles ne tiennent nullement.
i. Corolle, danse.
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Ce larix donc est un bois qui ne brusle jamais, et ne fait feu, ny flamme^ ny charbon , ainsi que Jules Caesar en fit l'expérience \ Retournant de la Gaulle^ il avoit mandé à ceux du Piedmond de luy fournir vivres et dresser estapes sur son grand chemin du camp. Hz luy obéirent, fors ceux d'un chasteau apellé Larignum, où s'estoient retirez quelques meschans gamimens, qui fyrent des refllusans et rebelles, si bien qu'il falut à Caesar rebrousser et les aller assiéger. Aprochans de la forteresse^ il veid qu'elle n'estoit fortifiée que de bois^ dont soudain s'en mocqua , disant que soudain les auroit. Par quoy commanda aussitost d'aporter force fagotz et paille pour y mettre le feu , qui fut si grand et fit si grand' flamme, que bientost en espéroit voir la ruine et destruction; mais, après que le feu se fut consommé et la flamme disparue, tous furent bien estonnez, car ilz virent la forteresse en mesme estât qu'auparavant et en son entier, et point bruslée ny ruinée : dont il falut à Caesar qu'il s'aydast d'autre remède, qui fut par sape, ce qui fut cause que ceux de dedans parlementarent et se rendirent ; et d'eux aprist Ceesar la vertu de ce bois larix, duquel portoit nom ce chasteau Larignum^ parce qu'il en estoit basty et fortifié *.
Il y a plusieurs pères, mères, parens et marys, qui voudroient que leurs filles et femmes participassent du naturel de ce bois, qui brusiassent fort sans laysser ny marque ni effect; ilz en auroient leur esprit plus
i. Ce conte n'a certainement pas ëtë inventé par Brantôme; mais je ne sais où il l'a pris.
contant^ et n'auroient si souvant la puce à l'oreille, et n'y auroit aussi tant de putains par aparanee nj de cocus descouvers. Mais il n'en est pas de besoing ny en une façon ny autre, car le monde en daneareroit plus despeuplé, et y vivroit-on comme marbres, sans aucun plaisir ny contentement , ce disoit quelcun et quelcune je sçay, et Nature demeur»t)it imparfaicte, au lieu qu'ell' est très-parfaicte ; bqu l en suivant comme un bon capitaine, nous ne Siillirons jamais du bon chemin.
Or, c'est assez parlé des filles, il est raison que maintenant nous parlons de mesdames les vefyes à leur tour.
L'amour des vefVes est bon, aisé et profitable, d'autant qu'elles sont en leur plaine liberté, et nullement esclaves des pères, mères, frères, parens et inarys, et ny d'aucune justice, qui plus est; et a-on beao faire l'amour à une vefVe et coucher avec elle, on n'en est point puny, comme l'on est des filles et des femmes; mesmes que les Romains, qui nous ontdoftné la pluspart des loix que nous avons , ne les mi jamais fait punir pour ce fait, ny en leurs corps nyen leurs biens, ainsi que je tiens d'un grand jurisconsulte, qui m'allégoit là-dessus Papinian^ ce grand jurisconsulte aussi, lequel, traictant de la matière des adultaires, dit que : si quelquefois par mesgarde on avoîl comprins soubz ce nom d'adultère la honte de la fiDc ou de la femme vefve, c'estoit abusivement parior; et en un autre passage il dit : que l'héritier n'a nulle réprimande ou esgard sur les mœurs de la vefve du deffunt, n'estoit que le mary en son vivant eust bit apeller sa femme en justice pour cela; car lors ledit
S.,.lw^J
héritier en pou voit prendre arremens* de la poursuitte, et non autrement. Et, de fait, on ne trouve point en tout le droit des Romains aucune peine ordonnée à la vefve, sinon à celle qui se remarioit dans l'an de son deuil, ou qui, ne se remariant, avoit fait enfant après l'unziesme mois d'un mesme an, estimant le premier an de son vefvage estre affecté à l'honneur de son premier lict. Ce fut aussi une loy que fît Héliogobale ', que la vefve ne se remariast d'un an après la mort du mary, affin qu'ell' eust loysir de le plourer toute l'année et de penser sogneusement d'en prendre un autre. Quelle pensée! Voylà une belle raison* Pour quant à son douaire, l'héritier ne luy eust sceu faire perdre, quand bien elle eust fait toutes les foUies du monde de son corps; et en allégoit une belle raison celluy de qui je tiens cecy ; car si l'héritier, qui n'a aucun pensement que le bien, en luy ouvrant la porte pour accuser la vefve de ce forfait et la priver de son dot, on l'ouvriroit tout d'une main à sa callomnie; et n'y auroit vefve, si femme de bien fust-elle, qui peust se sauver des callomnieuses poursuittes de ces gallans héritiers.
Selon ces dires, comme je voy, les dames romaines avoient bon temps et bons subjetz de s'esbatre; et ne se faut estonner si une, du temps de Marc-Aureille , ainsi qu'il se trouve en sa vie , comme elle alloit au convoy des funérailles de son mary, parmy ses plus grand crys, sanglotz, souxpirs, pleurs et lamentations, elle serroit la main si estroictement à celluy qui la
i. ArremenSy errements. Voyez le Glossaire de Laurière. 2. Voyez Plutarque, Héliogabale^ chap. xxiii.
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tenoit et conduisoit^ faisant signal pâdslà <]Ue c'estoit en nom d'amour et de mariage^ que au bout de Fan^ ne le pouvant espouser que par dispénte (ainsi que fut dispensé Pompée quand il espousa la fille de Cae-
; sar; mais elle ne se donnoit guières qu'aui pins
grands et grandes) S il l'espousa^ et cependant en tiroit tousjours de bon brins, et emprumptoh kret
^ pains sur la fournée, comme Ton dit. Geste dame
ne Touloit rien perdre^ mais se pourvoyoit de boim'
/ heure; et, pour cela, n'en perdoit rien de son bien
ny de son douaire.
Voylà comme les vef^es romaines estaient heuwuses, comme sont bien encores nos retves françoisés, le!K{uelles, pour se donner à leur cœur et gentil cofps joye, ne perdent rien de leurs droitz, bien que par les parlemens il y en ayt plusieurs causes débatues; ainsi que je sçay un grand et riche seigneur de France, qui fit long-temps plaider sa belle-sœur sur son doC, luy imposant sa vie estre un peu lubrique^ et qudqu' autre crime plus grief que celluy meslé pannj; mais nonobstant, elle gaigna son procez; et iklat qœ le beau-frère la dotast très-bien, et luy donnast ce qui luy apartenoit : mais pourtant l'administration de son filz et fille luy fui ostée, d'autant qu'elle se remaria; à quoy les juges et grands sénateun des parlemens ont esgard, ne permettant aut vefves qâ convolent la tuttelie de leurs enfans ; enoores qa^ n'y a pas longtemps que je sçay des vefves d^assex bonne quallité qui ont emporté leurs filles mineoreSi
i . Les éditions ajoutent ces mots : comme fety ùuy dire à w grand personnage^ qui sont biffes sur !e mantiscrit. '
DES DAMES. S9i
s'estans remariées^ par dessus leurs beaux-frères et autres de leurs parens; mais aussi elles furent gran* dément secourues des faveurs du prince qui les entretenoit. 11 n'y a loy qu'un beauc. ne renverse. De ces subjetz meshuy je m'en despartz d'en parler^ d'autant que ce n^est ma proffessîon^ et que^ pensant dire quelque chose de bon^ possible ne dirois^je rien qui vaille : je m'en remetz à nos grands législateurs.
Or, de nos vefves, les unes se plaisent encor à tourner en mariage, et en ressouder encor le gué, comme les mariniers qui, sauvez de deux, trois et quatre nauffirages, retournent encor à la mer, et comme font encor les femmes mariées, qui, en leur mal d'enfans, jurent, protestent de n'y retourner jamais, et que jamais homme ne leur sera rien, mais elles ne sont pas plustost puriffiées, que les voylà encor au premier branle. Ainsi qu'une dame espaignoUe, laquelle, estant en mal d'enfant, se fit allumer une chandelle de Nostre-Dame de Mont-Sarrat, qui ayde fort à enfanter, pour la vertu de ladite Nostre-Dame. Toutesfois ne laissa d'avoir de grand's doulleurs, et à jurer que jamais plus elle n'y tourneroit. Elle ne fut plustost accouchée qu'elle dist à la femme qui la luy tenoit allutnée : Serra esto cabillo de candela para otra vez; « Sarrez ce bout de chandelle pour « un' autre fois. »
D'autres dames ne se veulent marier; et de celles qui n'en veulent point, plusieurs y en a et y en a eu, lesquelles, venues en viduité sur le plus beau de leur aage, s'y sont contenues. Nous avons veu la reyne mère, en l'aage de trente- sept à trente-huict
ans ^y estant tumbée vefve^ qui s'est contenue tousjours vefVe; et, bien qu'elle fust belle^ bien agréable éL très-aymable^ ne songea pas tant seullement à unsœul pour l'espouser. Mais l'on me pourra dire aussi^ qui eust-elle sceu espouser qui fust esté soriable à sa grandeur et pareil à ce grand roy Henry^ son feu seigneur et mary^ et qu'elle eust perdu le gouvernement du royaume, qui valloit mieux que cent maiys, et dont Tentretien en estoit bien meiUeur et plus plaisant? Toutesfois, il n'y a rien que Tamour ne fasse oublier; et d'autant est-elle à louer, et à estre recordée au temple de la gloire et immortallité, de s'estre vaincue et commandée^ et n'avoir £ait camme une reyne blanche'^ laquelle, ne se pouvant contenir^ vint à espouser son maistre-d'hostel, qui s*apelloit le sieur de Rabaudange ; ce que le roy son filz, pour le commancement^ trouva fort estrange et amer; mais pourtant^ pai^ce qu'elle estoit sa mère il eicosa et pardonna audit Rabaudange pour l'avoir espousée, en ce que^ le jour^ devant le monde, il la serviroîl tousjours de maistre d'hostel^ pour ne priver sa mère de sa grandeur et magesté^ et la nuict elle en fiûroil ce quVlle en voudroit, s'en serviroit, ou de vallet on de maistre, remettant cela à leur discreelion et voluntez et de Fun et de l'autre; mais peusez qu'il mipérioit : car, quelque grande qui soit, venant là, dk est tousjours subjuguée par le supérieur, sekm k
1 . Catherine était née le 13 avril 1519. Elle avoit donc pins de quarante ans à la mort de son mari, arrivée le 10 juillet 159.
2. On donnoit, comme on sait, le nom de reine biamckemt reines devenues veuves, parce que jusqu'au seizième siècle dk» portèrent leur deuil en blanc.
roict de la nature et de la gent en cela. Je tiens ce 3mpte du feu grand cardinal de Lorraine dernier % iquel le faisoit à Poissy au roy François second^ )rsquHl fit les dix-huict chevalliers de Fordre de ainct-Michel, nombre très-grand, non encores veu, y jamais ouy jusques alors'; et, entre autres, il y ut le seigneur de Rabaudange, fort vieux, lequel on 'avoit veu de longtemps à la court, sinon à aucuns oyages de noz autres guerres, s'estant retiré un peu es la mort de M. de Lautreq, de tristesse et de desit, comme Ton void souvant, pour avoir perdu son on maistre, duquel il estoit capitaine de sa garde. Il voyage du royaume de Naples, où il mourut; et isoit encor M. le cardinal, qu'il pensoit que ce M. de abaudange estoit venu et descendu de ce mariage.
y a quelque temps qu'une dame de France espousa )n page aussitost qu'elle l'eust jette hors de page, et ui s'estoit assez contenue en viduité. Laissons' ces lanières de veufv^es, parlons-en de plus hautes et iges.
Nous avons eu nostre reyne de France donna Yzael d'Austrie, qui fut mariée au feu roi Charles neu-
i . Le cardinal de Lorraine n'était pas très au fait de cette his- *ire. Il est très- vrai que la veuve de Charles duc d'Orléans, arie de Clèves , épousa Jean , sire de Rabodanges , capitaine de ravelines, mais elle mourut (1487) onze ans avant que son fils 3uis Xli montât sur le trône.
2. Le 29 septembre 1560, François li créa vingt-deux chevaîrs de Tordre de Saint-Michel dont le Laboureur a donné les >ms dans ses Jdditions aux Mémoires de Castelnau (1731, tome I,
365 et suivantes). Rabodanges ne figura pas parmi ces chevaîrs, comme on pourrait le croire d'après le texte de Brantôme.